Parasha vaera 5766

Chabbath Samedi 28 janvier 2006 - 28 Teveth 5766 - Début : 17 h 21 - Fin : 18 h 29
publié le mercredi 25 janvier 2006
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Lecture de la Torah : EXODE VI, 2 - IX, fin : Les premières des dix plaies. Haphtarah : EZECHIEL XXVIII, 25 - XXIX, 21 : PHARAON, l’homme grisé par le succès.

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Commentaires sur la Torah :

Dans notre paracha, nous voyons la confirmation par D.ieu de la mission confiée à MOÏSE et AARON pour se présenter devant le Maître de l’Egypte et lui faire admettre de laisser partir le peuple hébreu réduit à l’esclavage. Le texte de cette semaine nous donne la description des sept premières des dix plaies qui obligeront en fin de compte le PHARAON à se plier à l’ordre divin. Malgré tout, la première apparition des deux frères reste sans effets sur le tyran. C’est alors que commence l’effroyable suite de plaies s’abattant sur l’Egypte. En premier lieu, les fleuves et les cours d’eau sont transformés en sang. Ensuite, les grenouilles envahissent tout le territoire. Puis vient la vermine s’ajoutant aux souffrances des hommes et des bêtes. Ensuite, les fauves se déchaînent contre le pays. La peste, les pustules et la grêle vont encore augmenter le désespoir du peuple égyptien, sans pour autant faire fléchir le Pharaon toujours aussi entêté.

A la question de savoir comment ce despote pouvait-il rester aussi obstiné, malgré les souffrances endurées par son peuple, le Talmud dans Maccoth 10 b, nous dit ceci : « L’homme est conduit dans la voie qu’il veut emprunter. » La série de plaies devait normalement lui servir de leçon dont il n’a pas su tirer profit ce qui conduira son pays à la catastrophe. Selon MAIMONIDE, quand un homme persévère à trois reprises dans ses fautes, cela prouve sa perversité et dans pareil cas, la voie de la pénitence ne lui est plus offerte. (Huit Chapitres - Lois de la Techouva)

Ce cas de figure peut également servir de leçon pour toutes les situations identiques rencontrées dans l’Histoire, dans lesquelles des dirigeants anciens ou modernes ont tyrannisé leurs peuples jusqu’à ce qu’intervienne un changement de régime, rarement plus clément que le précédent. Dans la Bible, l’histoire des rois d’Israël nous en donne d’ailleurs maints exemples. Aussi, nos Maîtres inspirés par la sagesse divine supérieure, nous font-ils sans cesse la recommandation de prendre en compte le passé pour en tirer les leçons nécessaires, et éventuellement ne pas commettre les mêmes erreurs de ceux ayant mal agi précédemment.

Le mauvais exemple de conduite du Pharaon envers ISRAËL s’est reproduit bien souvent par la suite. Si le Pharaon a finalement été vaincu par une force supérieure à la sienne, on peut à coup sûr dire la même chose pour tous ceux qui ont ourdi des complots contre nous ou qui nous ont fait du mal. Malgré les ravages causés, le Mal ne saurait triompher. Et nous continuons toujours à vivre avec cette espérance selon laquelle en fin de compte ISRAËL, peuple ou terre, sera sauvé par la Providence divine.

Cette longue introduction suggérée par le comportement néfaste et despotique du Pharaon ayant été faite, nous abordons à présent quelques passages méritant un bref commentaire.

« Je vous adopterai pour peuple, je deviendrai votre D.ieu, moi qui vous aurai soustraits aux tribulations de l’Egypte. » (Exode VI, 7)

A propos de l’expression « mon peuple », on peut remarquer sur le texte de Nombres XI, 1 où il est écrit : « Le peuple affecta de se plaindre amèrement aux oreilles du Seigneur », le commentaire de RACHI disant : « cette expression est utilisée pour désigner les méchants ». De même, il est écrit : « que ferai-je pour ce peuple ? Peu s’en faut qu’ils ne me lapident » (Exode XVII, 4). Là encore, il s’agit de désigner des méchants. Par contre, quand il s’agit de personnes ayant agi dans le bons sens, le texte les désigne généralement en utilisant la formule « mon peuple », comme il est écrit par exemple : « renvoie mon peuple » (Exode V, 1).

Toutefois, nous savons qu’au moment où fut annoncée à ISRAËL qu’il allait recevoir la Torah au Mont Sinaï, le texte utilise bien l’expression « au peuple ». Dans pareille situation, s’agirait-il de méchants alors qu’ils avaient pourtant été jugés dignes de bénéficier d’un tel privilège ? En vérité selon le Admor R. Abraham de SOCHTZOV, même en utilisant l’expression « au peuple » (Exode VI, 7), dans ce cas présent, il s’agit d’une expression qui lui est favorable. En effet, ayant spontanément dit : « nous accomplirons » avant « nous comprendrons », autrement dit s’étant engagé à appliquer la Torah avant d’en comprendre le sens profond, ISRAËL a d’emblée accepté de suivre D.ieu sans aucune arrière-pensée, méritant bien ainsi d’être appelé peuple de D.ieu.

(Selon le CHEM MICHMOUEL)

« Ils n’écoutèrent point MOÏSE, ayant l’esprit oppressé par une dure servitude. » (Exode VI, 9) Il existe une catégorie de fidèles patients et intelligents, pourvus d’une âme supérieure, sachant servir D.ieu du mieux possible sans pourtant jamais parvenir à la perfection de leurs qualités. Une autre catégorie d’êtres nous montre des gens à l’esprit étroit, croyant accomplir leurs devoirs sans problèmes.

Ainsi, voyons-nous des fidèles travaillant durement, mortifiant leurs corps par des jeûnes et toutes sortes d’ascèses pour servir D.ieu. Lorsque MOÏSE se rend auprès de ce genre de personnes, elles ne peuvent l’écouter tant elles sont oppressées, car le service divin leur pèse, ne pouvant comprendre, que MOÏSE est en fait leur sauveur et non eux-mêmes, car agissant comme elles le font, elles s’épuisent inutilement. Certes, rien ne nous interdit de tout faire pour améliorer nos qualités, sans pour autant parvenir à des excès inutiles et nuisibles à notre santé.

(NOAM ELIMELEKH)

« Toi, tu diras tout ce que je t’aurai ordonné, et AARON, ton frère, parlera à PHARAON pour qu’il renvoie les Israélites de son pays. Pour moi, j’endurcirai le cœur de PHARAON...... » (Exode VII, 2-3)

Ce passage est surprenant. En effet, le texte nous apprend que D.ieu endurcira le cœur de PHARAON et par ailleurs nous apprenons que « MOÏSE étendit son bâton vers le ciel » (Exode IX, 23). Pour quelle raison D.ieu laissait-Il un répit avant que la plaie ne s’abatte sur l’Egypte le lendemain ? C’était pour permettre aux Egyptiens de faire repentance.

En vérité, D.ieu ne force pas un homme à agir contre sa propre volonté. Aussi, l’endurcissement du cœur de PHARAON, lorsqu’il reçut les deux frères mandatés par D.ieu pour qu’il laisse partir le peuple asservi, était un moyen de l’induire en erreur. En effet, le PHARAON devait être amené à faire le raisonnement suivant : S’il y a un dieu, il doit obligatoirement détenir un pouvoir absolu. Dans ce cas, pourquoi m’adresse-t-il des messagers pour que j’accède à son désir ? C’est pour cela qu’il est écrit : « Tu diras..... ... et AARON ton frère parlera à PHARAON..... et moi j’endurcirai le cœur de PHARAON ». Cela signifie que Toi MOÏSE accompagné de ton frère AARON, en lui présentant votre requête, vous serez la cause de son entêtement et il rejettera tout. En fait, ce despote avait déjà rejeté et nié D.ieu bien avant, lorsqu’il avait dit : « Qui est HACHEM auquel je devrais obéir ? (Exode V, 2). Par cette interrogation, le PHARAON demandait quel est donc ce HACHEM qui m’oblige à laisser partir son peuple ? N’est-il pas capable de réaliser seul ce sauvetage ? On voit par là qu’il n’est de pire sourd que celui qui ne veut pas entendre. Ce fut le cas de PHARAON avec toutes les conséquences terribles qui en découlèrent pour son peuple. Ce genre d’aveuglement est bien celui de nombre de dirigeants à travers le monde qui ont très souvent causé le malheur de leurs peuples. (Selon BINAH la ITIM de R. OBADIA di FEIGO)

« Et MOÏSE était âgé de quatre-vingts ans, AARON de quatre-vingt trois ans, lorsqu’ils parlèrent au PHARAON » (Exode VII, 7)

Pour quelle raison la Torah nous donne-t-elle l’âge de ces deux personnages lorsqu’ils se présentèrent devant le PHARAON ? Qu’est-ce que cela nous apprend ? Nous savons que jusqu’à leur apparition dans l’histoire biblique, nous avions connaissance de l’existence d’un juste cheminant pour accomplir l’œuvre de D.ieu, accomplissant les préceptes et faisant de bonnes actions, servant d’exemple par sa piété, son dévouement et sa crainte de D.ieu. A propos d’ABRAHAM, il est écrit : « Par toi seront bénies les nations de la terre. Si je l’ai distingué, c’est pour qu’il ordonne à ses enfants et aux siens d’avoir à garder le chemin de D.ieu en pratiquant la vertu et la justice. » (Genèse XVIII, 18-19).

C’est à partir de MOÏSE et d’AARON que débute l’exemple-type du libérateur et du guide brisant la tyrannie et les tyrans, soutenant les faibles, cassant les entraves et libérant les enchaînés en les ramenant à la liberté. Ils sont capables de fendre les mers pour les amener au SINAÏ, pour y recevoir la Torah. C’est depuis ce temps que s’est ouverte une page nouvelle dans l’Histoire du peuple d’ISRAËL et de toute l’humanité. Le texte biblique tient donc à nous préciser que ce temps remonte à l’époque où s’adressant au PHARAON, ils acceptèrent cette mission divine nouvelle. (Selon le AKEDATH ITSHAK de R. ISAAC ARAMA)

HAPHTARA :

Notre texte tiré du prophète EZECHIEL, a de toute évidence un lien étroit avec notre paracha. Il faut se souvenir que dans les textes bibliques, l’Egypte est souvent qualifiée de crocodile. C’est bien ce reptile auquel pensait PHARAON. Or, nous savons que la première des dix plaies ayant frappé l’Egypte à l’époque de MOÏSE et d’AARON dont nous avons amplement parlé dans notre commentaire sur la Torah, nous racontait que le bâton de MOÏSE s’était transformé en serpent. Par ce phénomène surnaturel, PHARAON devait être amené à comprendre le sens du message divin alors que lui-même se voulait crocodile, ainsi que nous le dit EZECHIEL XXIX, 3 en ces termes : « Je m’en prends à toi, grand crocodile, couché au milieu de tes fleuves, toi qui dis : « mon fleuve est à moi, c’est moi qui me le suis fait. »

Nous savions déjà par notre paracha, de quelle manière le Pharaon s’était entêté, refusant notamment de recevoir le message divin transmis par MOÏSE d’avoir à libérer le peuple d’ISRAËL du dur esclavage auquel il l’avait soumis depuis si longtemps. C’est donc en réponse à ces conditions inhumaines avec lesquelles il traitait ses sujets juifs que le Pharaon devait payer les conséquences de son obstination.

En analysant bien notre Haphtara, nous retiendrons surtout que contrairement à ce que l’on nous laisse souvent entendre, l’indépendance économique seule ne saurait sauver un pays pour le rendre viable. Ceci est encore plus exact si l’on songe à tous les pays qui doivent actuellement surmonter leurs difficultés face au mondialisme et qui sont de ce fait contraints d’évoluer pour rester compétitifs. Malgré tout un crise forte existe, le nombre élevé de chômeurs en est un des facteurs. Aussi, l’orgueil des pays plus riches et mieux nantis semble mal placé. Ce qui compte bien davantage pour en tirer une quelconque gloire et assurer la pérennité d’une nation, ce sont ses valeurs morales et son esprit d’équité et de justice. Pour en revenir au texte de notre Haphtara, nous y voyons la mention du châtiment que D.ieu infligera aux détracteurs d’ISRAËL renaissant, quand le prophète s’adresse notamment à l’EGYPTE d’autrefois en ces termes : « Ainsi parle le Seigneur D.ieu : Voici, je m’en prends à toi, Pharaon, roi d’EGYPTE, grand crocodile, couché au milieu de tes fleuves, toi qui dis : « mon fleuve est à moi, c’est moi qui me le suis fait... Je rendrai le pays d’Egypte désolé entre les pays désolés... (EZECHIEL XXIX, 3 et 12).

Ce passage mentionnant un fleuve pourrait nous faire penser aux pays producteurs de pétrole dont les dirigeants se croient au-dessus des lois, menacent l’économie d’autres pays de mesures de rétorsion ou d’embargo, alors que viendra peut-être un jour le tarissement des puits, dont l’énergie devra faire place à une autre source, l’énergie solaire par exemple. Comme au temps de la domination babylonienne dénoncée par le prophète, sa vision peut s’appliquer aux périodes ultérieures. En citant le texte suivant : « Je veux les diminuer pour qu’ils ne dominent plus les peuples » (v. 15) , nous pouvons penser à tant de nations puissantes telles que l’Egypte ancienne, la Perse, la Grèce antique ou encore l’empire de ROME, ayant toutes perdu de leurs forces, comme bien d’autres puissances modernes. En somme, rien n’est définitif dans le destin des hommes ou des peuples, tout étant, selon nous, entre les mains de D.ieu. Le Pharaon de la bible ne l’avait pas compris en son temps, et malheureusement bien des despotes ayant longtemps dominé leurs peuples, par la terreur et la violence.



Alain Goldmann
Grand Rabbin




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