Parasha chemoth 5766

Chabbath Samedi 21 janvier 2006 - 21 Teveth 5766 - Début : 17 h 10 - Fin : 18 h 19
publié le lundi 16 janvier 2006
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Lecture de la Torah : Exode I, 1 - VI, 1 : Esclavage d’Israël ; jeunesse de MOÏSE ; sa vocation. Haphtarah : Achkenazim : ISAÏE XXVII, 6 - XXVIII, 13 et XXIX, 22-23 : Les exilés seront réunis. Sepahradim : JEREMIE I, 1 - 2 - 3 : La vocation. Tunisois : EZECHIEL XVI, 1 - 13 : Comment D.ieu s’est épris de son peuple.

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Commentaires sur la Torah :

Nous recommençons cette semaine la lecture du second livre de la Torah, celui de CHEMOTH. Il est ainsi intitulé car au début de notre paracha, nous sont fournis les noms des membres de la famille de JACOB venus s’installer en Egypte à cause de la famine et à la suite de la reprise des relations entre JOSEPH et toute sa famille. Dans notre texte, nous allons prendre connaissance des dures conditions ayant pesé sur elle et tout le peuple, réduit à un esclavage qui durera deux cent dix ans avant que ne se produisent des miracles en faveur des Hébreux, les conduisant à quitter un pays inhospitalier pour eux, avant d’entreprendre le long cheminement à travers le désert jusqu’à leur entrée en Terre Sainte.

Nous prenons également connaissance des mesures répressives prises par le Pharaon. Elles préfigurent toutes celles prises ensuite contre les Juifs à travers l’Histoire par toutes sortes de tyrannies. C’est en début du livre de CHEMOTH que commence la mission de MOÏSE, devenant plus tard le plus grand de nos prophètes et qui, malgré une élocution défaillante, sut tenir tête au tyran pour l’amener à laisser partir ce peuple d’esclaves, main-d’œuvre bon marché ayant sans doute, selon l’enseignement de la Bible, largement contribué à la construction des Pyramides que l’on s’empresse de nos jours d’aller visiter, sans se douter du sang et des larmes qu’elles ont occasionnées.

Parmi les mesures répressives prises à l’encontre des Hébreux, il y eut celle consistant à mettre à mort tout enfant mâle dès sa naissance. Par miracle, MOÏSE put être sauvé, et après avoir vécu à la cour royale, il deviendra le principal ennemi du Pharaon. Mais rappelons que pour sauver l’enfant MOÏSE, sa mère le plaça dans un berceau bien protégé par du goudron et laissa voguer cette frêle embarcation sur le Nil. La fille du Pharaon le recueille et l’adopte comme son enfant, tout en sachant qu’elle venait de sauver un enfant hébreu. La Torah met l’accent sur la façon tendre par laquelle elle prit cet enfant. Il est écrit en effet : « Elle l’ouvrit (le berceau), elle y vit l’enfant : c’était un garçon vagissant. Elle eut pitié de lui, et dit : « C’est quelque enfant des Hébreux ». (Exode II, 6).

L’un de nos Maîtres, le Admor Rabbi ITSHAK ZELIG MORGENSTERN de SOKOLOV pose la question de savoir pour quelle raison, la fille du Pharaon eut- elle pitié de l’enfant en disant en même temps qu’il était un enfant des Hébreux ? Dans cas semblable, elle aurait dû obéir aux ordres d’extermination auxquels elle devait se soumettre. Disons ici qu’au titre de notre mémoire collective, ainsi que nous le faisons d’ailleurs chaque année à pareille époque, nous avons ici le devoir de rappeler que dans quelques jours, ce sera le soixante-quatrième anniversaire de la tristement célèbre conférence de WANSEE (banlieue de BERLIN) au cours de laquelle (janvier 1942) les nazis mirent au point le plan d’extermination de tous les juifs d’Europe dite « solution finale ». Nous en connaissons le lourd tribut payé par les Juifs durant la seconde guerre mondiale. Faut-il encore insister sur cette question ? Certainement. Car les tentatives de négation du génocide, unique en son caractère effectué contre les Juifs, sont très nombreuses. Actuellement, nous en avons un exemple assez caractéristique, avec les déclarations fracassantes du nouveau président de l’IRAN. Mais heureusement, à l’exemple de la fille du Pharaon, il y eut durant les sombres heures de l’occupations allemande, de nombreuses personnes ou des institutions, qu’elles fussent d’obédiences religieuses ou non, ayant eu le courage de contribuer, souvent au péril de leur vie, à sauver des juifs, parmi lesquels, il y eut heureusement beaucoup d’enfants.

Le Maître que nous venons de mentionner précédemment, à partir du verset biblique cité plus haut, nous fournit le commentaire suivant. Il dit ceci : « Il est écrit : « Elle ouvrit (le berceau), vit l’enfant qui pleurait. » Or, selon les Maîtres du Midrash, en ouvrant ce berceau, la fille du Pharaon, vit que l’enfant était entouré par la CHEKHINA (présence divine), tellement grande en effet, était la lumière qui l’entourait. Or, l’on sait que celle-ci n’est pas totalement présente dans un lieu où règne la tristesse. Mais, voyant l’enfant pleurer et constatant ce halo de lumière entourant le bébé, elle comprit qu’il y avait là un phénomène particulier. Et à la vue de ce spectacle, elle ne put que s’en réjouir.

En conséquence, un sentiment de pitié l’envahit et elle ne put accepter de se soumettre aux ordres iniques d’extermination décrétés par son père. En disant : « c’est quelque enfant des Hébreux », elle se parlait à elle-même ou s’adressait à ses suivantes, comme pour bien souligner que la présence lumineuse de la CHEKHINA ne pouvait être compatible avec les pleurs de cet enfant en danger. » Certes, en pensant à tous les innocents de notre peuple, si lâchement massacrés par les nazis, nous sommes incapables de trouver la moindre explication à leurs funestes machinations. Disons humblement que ce n’est pas D.ieu qu’il faut mettre en cause, mais les hommes de tous les temps n’ayant pas compris le caractère sacré que représente chaque existence humaine. De ce fait, nous continuerons toujours à proclamer notre Foi en D.ieu, mais nous avons également le droit de Lui demander des comptes afin qu’il exerce Sa justice envers ceux, qui, à travers les crimes commis à l’encontre d’autres êtres humains, ont du même coup porté atteinte à D.ieu lui-même.

« Il reprit : « N’approche point d’ici ! Ote ta chaussure, car l’endroit que tu foules est un sol sacré ! » (Exode III, 5) Quelle leçon pratique et toujours actuelle peut-on tirer de ce verset ? Nos Maîtres enseignent au nom de HILLEL, dans les PIRKE AVOTH, chapitre II, michna 5 : « Ne dis pas : « j’étudierai quand j’aurai le temps ; peut-être n’auras-tu pas le temps. » Ainsi, l’homme s’imagine-t-il que D.ieu lui donnera plus de possibilités ultérieurement, en améliorant sa situation pour qu’il trouve du temps pour l’étude. Il arrive cependant que les temps soient durs, que l’on ne trouve pas assez de temps pour répondre à ses aspirations spirituelles. Aux arguments fallacieux que l’on cherchera pour justifier ses lacunes en matières religieuses et le défaut d’études, on pourra objecter qu’il s’agit là d’un « endroit sacré » ne prêtant pas à discussions ni à compromissions. Nous devons savoir que la volonté divine sollicite de notre part une disponibilité totale, liée à des souffrances et des conditions pécuniaires difficiles. A cela nos Maîtres disent dans le Midrash Rabbah chapitre huit de CHIR HACHIRIM : « Celui qui étudie la Torah dans la douleur recevra en récompense mille fois plus. » N’oublions pas également ce que nous disent dans ce même ordre d’idées les Pirké Avoth, chapitre V, michna 26 : « La récompense sera proportionnée à la peine ». (selon un commentaire de ‘HAFETZ ‘HAYIM).

« Et le peuple y eut foi ; ils comprirent que l’Eternel s’était souvenu des enfants d’Israël » (Exode IV, 31)

Rabbi ELIEZER disait que les cinq lettres de l’alphabet hébraïque se trouvant redoublées dans un même mot appartiennent au secret de la Rédemption. Voici ces lettres : KAF - MEM - NOUN - TSADEH - PEH. C’est par la lettre KAF qu’est marquée la délivrance d’ABRAHAM de OUR en Chaldée où il faillit être brûlé sur ordre de NEMROD. Il est écrit en effet : « Quitte ton pays - LEKH LEKHA (Genèse XII, 1). C’était là le point de départ de la vocation d’ABRAHAM, avec la répétition à la fin de deux mots de la lettre KH - KHAF.

La lettre MEM se retrouve doublée à propos du patriarche ISAAC lorsqu’il eut des difficultés avec ses voisins Philistins à propos de puits d’eau contestés et qu’ils lui dirent : « Cesse d’habiter avec nous car tu es trop puissant pour nous - MIMENOU. La lettre NOUN s’attache à la personne de JACOB qui s’exprima en ces termes pour implorer l’aide divine en disant : « Sauve-moi, de grâce - NA, de la main de mon frère, de la main d’ESAÜ » (Genèse XXXII, 12). La lettre PEH se rapporte à nos ancêtres sauvés d’Egypte ainsi qu’il est écrit : « J’ai fixé mon attention sur vous - PAKOD PAKADETI » (Exode III, 16).

Enfin, la lettre TSADEH sera la lettre indiquant la future délivrance par D.ieu du peuple d’Israël selon la parole du prophète ZACHARIE VI, 12 : « Voici un homme dont le nom est Rejeton - TSEMA’H, et il germera (YITSMA’H) de sa place pour bâtir le temple de l’Eternel. »

Le secret de ces lettres n’a été confié qu’à ABRAHAM lequel l’a transmis à ISAAC, celui-ci à JACOB lequel l’a confié à JOSEPH, celui-ci le transmettant alors à ses frères. ACHER le fils de JACOB transmit ce secret à sa fille SERA’H. Lorsque MOÏSE et AARON s’étant rendus auprès des Anciens d’Israël pour présenter les signes justifiant la délivrance prochaine, ceux-ci se tournèrent vers SERA’H en lui disant : « Un homme est venu. Il a accompli des prodiges. » Elle leur dit : « Il n’y a rien de réel dans cela ». Les Anciens dirent alors : « Ne nous a-t-il pas dit : « J’ai fixé mon attention sur vous » ? Après quoi elle leur dit : « C’est bien l’homme qui dans le futur sauvera le peuple d’Israël d’Egypte. C’est ce que j’ai appris de mon père qui a utilisé cette même formule. » En conséquence le peuple eut foi en D.ieu et en MOÏSE, comme il est dit : « Et le peuple y eut foi ; ils comprirent que l’Eternel s’était souvenu des enfants d’Israël, qu’Il avait considéré leur misère, et ils courbèrent la tête et se prosternèrent. » (Exode IV, 31). Pirké de Rabbi ELIEZER - chapitre 48.

HAPHTARA :

Selon le texte du prophète ISAÏE qu’utilisent pour la lecture de la Haphtara les fidèles de rite achkenaze, celui-ci s’adresse à ses contemporains pour leur reprocher d’avoir, par leur comportement, provoqué le désastre de la destruction de JERUSALEM. Mais le prophète ne réussit pas à se faire entendre, car ils se livraient aux plaisirs terrestres et ils étaient enivrés par la boisson. Ne se laissant pas décourager, le prophète n’en poursuit pas moins sa mission et va jusqu’à s’exclamer : « Aux temps futurs, JACOB étendra ses racines, ISRAËL donnera des bourgeons et des fleurs, et ils couvriront de fruits la surface du globe. » (ISAÏE XXVII, 6).

Quand on observe de nos jours le rayonnement technologique et scientifique d’ISRAËL à travers tous les continents, on ne peut manquer d’en trouver la justification dans ce verset que nous venons de citer. Il pourrait notamment s’appliquer au prodigieux développement des relations entre ce pays petit par sa superficie avec deux des plus grands pays de la planète tels que la CHINE et l’INDE.

Mais le prophète exprime également une vision messianique, selon laquelle il sera mis fin à la fin des temps aux souffrances endurées par tous les réprouvés, tous les exclus. Cela avait déjà été l’espérance de ceux qui avaient connu l’esclavage en Egypte.

Nous avons connu des temps difficiles en Egypte et plus près de nous, il y a à peine plus de soixante ans, la dure période de NUIT et BROUILLARD. Quelques décennies après la sortie d’Egypte, il y eut l’entrée en Terre Sainte, comme il y eut la renaissance miraculeuse du pays d’Israël quelques années après la fin du cauchemar d’AUSCHWITZ, symbole de tous les camps de la mort. Nous avons toujours bénéficié de l’aide providentielle de D.ieu. Malgré les temps incertains que nous vivons, gardons toujours espoir en songeant à ce magnifique verset du Psalmiste : « Non certes, il ne s’endort ni ne sommeille, celui qui est le gardien d’ISRAËL » (Psaumes CXXI, 4).

Par notre action nous pouvons contribuer à faire cesser toutes les formes d’esclavage et d’oppression, sachant qu’un jour sonnera enfin l’heure de la délivrance finale pour tous les êtres humains pouvant alors vivre dans une plénitude de paix et de bonheur.



Alain Goldmann
Grand Rabbin




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