Parasha vayigash 5766

Chabbath 7 janvier 2006 - 7 Teveth 5766 - Début : 16 h 51 - Sortie : 18 h 01
publié le mercredi 4 janvier 2006
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Lecture de la Torah : Genèse XLIV, 18 - XLVII, 27 : JOSEPH rendu à sa famille. Haphtarah : EZECHIEL XXXVII, 15 - 28 : La réunion des deux royaumes frères.

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Commentaires sur la Torah :

« Alors JUDA s’avança vers lui, en disant : « De grâce, seigneur ! que ton serviteur fasse entendre une parole aux oreilles de mon seigneur, et que la colère n’éclate pas contre ton serviteur ! car tu es l’égal de Pharaon. »

Ce premier verset de notre paracha introduit un plaidoyer que formule JUDA, celui des fils de JACOB qui se portait garant de son plus jeune frère BENJAMIN, pour qu’il ne connaisse pas les mêmes mésaventures survenues à JOSEPH, quelques années auparavant. L’on sait que, contraints par la famine régnant alors en Egypte, les fils du patriarche durent se rendre dans ce pays pour s’y procurer de la nourriture.

N’étant toujours pas encore reconnu par ses frères, JOSEPH décide d’agir durement avec eux pour constater dans quelle mesure ils avaient enfin compris la leçon du passé, en refusant à présent, placés devant une situation presque identique à celle d’autrefois, d’abandonner BENJAMIN aux mains de celui qu’ils considéraient comme le monarque tout puissant du pays. C’est donc dans ce contexte que JUDA plaide en faveur de son jeune frère, allant même jusqu’à offrir de prendre sa place en prison, pour lui permettre de recouvrer la liberté et pouvoir retourner chez leur père JACOB.

A propos de ce plaidoyer dont on ressent l’ardeur du plaideur, en l’occurrence, JUDAH, le commentaire du MALBIM nous fournit l’explication suivante : normalement dit-il, celui qui est traduit en justice, dispose de deux moyens. Soit, il plaide sa cause selon les règles du droit, soit il demande à bénéficier d’un droit de grâce. Mais il existe deux distinctions dans ces cas-là :

a) vouloir utiliser les arguties du droit, suppose la nécessité de fournir des preuves et des arguments, tandis que pour disposer d’un droit de grâce que reconnaissent certaines législations, cela peut se faire sans qu’il soit nécessaire de fournir des preuves, à condition de reconnaître sa faute et d’en demander grâce et pardon.

b) Par la voie de la justice, on peut obtenir gain de cause auprès des juges, tandis que par la formulation d’une grâce, il faut tenter de fléchir le souverain ou l’autorité suprême du pays, seuls en mesure de prononcer une annulation de peine ou d’une condamnation.

Or, JUDAH savait qu’il n’obtiendrait rien par la voie normale de la justice. Qui pourrait-il convaincre de son innocence en la matière, face à une autorité plus forte que la sienne et insensible à ses arguments ? C’est pourquoi, il préférait la voie de la clémence, en s’adressant directement à JOSEPH, seul à avoir le pouvoir royal de prononcer une amnistie. C’est ce que souligne le début de notre verset biblique disant : « Alors JUDA s’avança vers lui (JOSEPH). Au début de l’entretien, tout se passait en présence des assistants du roi, mais ensuite l’entretien se déroula seuls à seuls entre JUDA et JOSEPH. « Il dit : « de grâce, Seigneur ! » sous forme de demande, « que ton serviteur fasse entendre une parole aux oreilles de mon seigneur ! », c’est-à-dire, un mot, non point un plaidoyer argumenté selon les règles de la justice, car je ne demande qu’une grâce, qui pénètre « aux oreilles de mon seigneur », et que l’assistance ne puisse entendre, puisque ses membres n’ont pas le pouvoir d’accorder une grâce. « que la colère n’éclate pas contre ton serviteur », comme si je voulais falsifier le droit et la justice, « car tu est l’égal de Pharaon » et tu disposes du droit de clémence et de grâce.

« Et JOSEPH ne put se contenir, malgré tous ceux qui l’entouraient. Il s’écria : » Faites sortir tout le monde d’ici ! » Et nul homme ne fut présent, lorsque JOSEPH se fit connaître à ses frères. »

« Pour quelle raison s’était-il contenu jusqu’alors et pendant si longtemps, et jusqu’à ce moment précis ? En fait, JOSEPH attendait l’occasion de voir ses frères s’amender, s’humilier au point de les voir le cœur brisé pour les amener à une véritable repentance pour tout le mal qu’ils lui avaient fait subir. Or, à présent, quand JUDA lui dit : « que ton serviteur, à la place du jeune homme (BENJAMIN), reste esclave de mon seigneur », et que JOSEPH vit que son frère, autrefois si dur envers lui, s’abaisse au point de vouloir subir les conditions difficiles de l’esclavage, et qu’il perçut chez lui des regrets sincères, il ne put se contenir davantage devant tant de souffrances réprimées en lui. (CHEM MICHEMOUEL)

« Je suis JOSEPH, est-ce que mon père vit encore, mais ses frères ne purent lui répondre, car il les avait frappés de stupeur. » (Genèse XLV , 3).

« Malheur à nous, au jour du Jugement dernier, malheur à nous au jour de la réprimande. JOSEPH était l’un des plus jeunes parmi les tribus et ses frères ne surent comment se tenir devant lui lorsqu’il se fit reconnaître à eux. A plus forte raison encore, quand D.ieu viendra nous réprimander, chacun selon ce que nous avons fait. » (BERECHITH RABBAH). On ne trouve en fait aucune formule de reproche dans les propos de JOSEPH. A-t-il grondé ses frères ? D’autre part, pour quelle raison leur demanda-t-il si leur père était encore vivant ? Ils le lui avaient pourtant déjà clairement indiqué.

En fait, les propos de JOSEPH contenaient bien une forme de reproches et d’admonestation à partir des termes que venait d’employer JUDA, en se proposant d’être mis en esclavage à la place de BENJAMIN. JUDA tentait de fléchir la rigueur du monarque auquel il s’adressait, par des formules destinées à l’apitoyer sur le sort du vieux père JACOB en faisant comprendre que celui-ci mourrait de chagrin si BENJAMIN ne lui était pas rendu. C’est alors seulement que JOSEPH se laissa fléchir en disant : « Je suis JOSEPH que vous avez vendu pour l’Egypte » (Genèse XLV, 4). Si vous avez à présent tant de soucis pour notre père, pourquoi n’en aviez-vous pas autrefois, sans vous demander s’il supporterait ma disparition ? Comment est-il possible de rester en vie quand on subit un tel malheur ? » C’est après avoir entendu ces reproches « qu’ils ne purent lui répondre. »

A vrai dire, c’est également ce qui se passera au jour du Jugement Dernier lorsque nous devrons répondre de nos actes. Lorsqu’une personne prétextera par exemple, n’avoir eu que des ressources limites, pour justifier son manque de générosité en matière de dons charitables, on lui demandera d’où elle tenait tout le superflu non indispensable à sa subsistance quotidienne, et pour quelle raison elle galvaudait son argent pour des plaisirs futiles ? Ce seront ses propres actes et son comportement qui seront mis en jugement sans pouvoir trouver de justification plausible.

Beth Halevy - de R. YOSSEF BER SOLOVEITCHIK

« Pour BENJAMIN, il lui fit présent de trois cents pièces d’argent et de cinq habillements de rechange. » (Genèse XLV, 22). N’ayant donné qu’un habit de rechange à ses autres frères et favorisé BENJAMIN en lui donnant cinq habillements de rechange, le Talmud MEGUILA l6 a, à propos de ce verset, se pose la question de savoir comment est-il possible, alors que JACOB avait déjà commis l’erreur de montrer se préférence à JOSEPH, que celui-ci recommence de la même manière en manifestant plus d’attentions à son frère BENJAMIN par rapport aux dix autres frères ? Pourtant, JOSEPH avait déjà eu à souffrir de la différence à son profit qu’avait marquée JACOB. Voici quelle est la réponse : Ce faisant, JOSEPH a voulu faire une allusion à BENJAMIN selon laquelle, bien plus tard, l’un de ses descendants, en l’occurrence MARDOCHEE, descendant de la tribu benjaminite, serait à la demande du roi ASSUERUS (histoire de Pourim), revêtu de cinq vêtements royaux.

La question posée en introduction subsiste malgré tout. On peut y répondre plus subtilement. En effet, le Talmud Guittine 44 nous fournit l’enseignement suivant, corroboré par MAIMONIDE - Lois de l’esclavage, chapitre 8, hala’ha 1 : « Celui qui vend son esclave à un étranger, on contraint le propriétaire initial à racheter de cet étranger son esclave, et ce, jusqu’à une valeur dix fois supérieure. Selon la Torah, le prix d’un esclave était évalué à trente sicles (chekalim) selon le texte de Exode XXI, 32. Du fait que ses frères avaient vendu JOSEPH à des étrangers, ils étaient chacun tenus de le racheter pour une valeur dix fois supérieure, autrement dit, ils auraient dû payer trois cents sicles. Toutefois, JOSEPH renonça à exiger une telle somme e la part de ses frères. Mais BENJAMIN n’ayant pas été impliqué dans la vente de JOSEPH, en contrepartie, celui-ci lui fit don de trois cents pièces d’argent, de sorte que cela ne devait occasionner aucune forme de jalousie de la part des autres frères.

Ce commentaire peut être intéressant pour ceux qui pratiquent la casuistique talmudique. Nous l’avons présenté ici à titre documentaire mais il appelle de notre part l’observation suivante, plus en rapport avec certains problèmes modernes. En effet, la situation de JOSEPH en prison après avoir fait l’objet d’une haine injuste et d’accusations mensongères n’est pas sans rappeler ce que nombre d’entre ses descendants ont pu connaître, sous différents régimes totalitaires. C’est dire aussi combien plus que d’autres, nous sommes sensibles à l’expression de la liberté des personnes et de la liberté de penser, autant de libertés qui nous furent souvent refusées et déniées, notamment au cours de la seconde guerre mondiale. Il me paraissait donc utile de fournir ces indications en complément à nos commentaires hebdomadaires.

HAPHTARA :

Environ un siècle et demi après la destruction de SAMARIE, capitale du royaume d’ISRAËL disparu en 722 avant l’ère vulgaire, le prophète EZECHIEL dont est tiré le texte de notre Haphtara, vient nous parler d’une vision relative à l’union des deux royaumes, celui de JUDA et celui d’ISRAËL, tous deux créés à la mort du roi SALOMON. Ce texte a été choisi par nos Maîtres en complément de la paracha VAYIGASH où nous avons assisté à la réconciliation de JOSEPH et de ses frères. Il m’est toujours apparu comme source d’enseignements dans toutes les situations conflictuelles internes à notre communauté, comme il s’en produit hélas, trop souvent.

Mais revenons à notre texte. Le prophète ne désespère pas de la réunion des deux royaumes. Celui d’ISRAËL regroupant dix tribus, ne lui semblait pas définitivement perdu ou anéanti. Bien au contraire, sa résurrection lui semblait imminente et devait se réaliser en même temps que celle de JUDA, disparu lors de la destruction du premier Temple de JERUSALEM dont il fut le contemporain. Aussi, dans sa vision selon laquelle il était chargé de rassembler deux morceaux de bois, reçut-il le message suivant : « Rapproche ces pièces l’une de l’autre, pour n’avoir qu’une seule pièce, et elles seront réunies dans ta main. » (EZECHIEL XXXVII, 17).

Un peu plus loin, le prophète nous informera que ce miracle pourrait être possible grâce à la soumission aux lois divines dont les conséquences seront : « Et ils deviendront UN dans ma main. » (verset 19). L’on comprend ainsi le rôle que peut jouer un prophète dont la mission consiste à préparer le peuple à l’union, afin que survienne l’époque messianique. Toute proportions gardées, c’est également à cette fonction d’édification morale que s’attache les rabbins à travers tous les siècles. Mais, hélas, devant tous les signes de désaccords que nous constatons quotidiennement dans nos sociétés, civiles ou religieuses, nous sommes encore bien loin de cette période idyllique.

De quelle manière EZECHIEL envisage-t-il l’avenir ? Parlant du peuple juif dont il se fait l’interprète, il déclare ceci : « Je les purifierai : alors ils seront pour moi un seul peuple et moi, je serai pour eux un D.ieu. Mon serviteur DAVID règnera sur eux, et il n’y aura qu’un berger pour eux tous ; ils suivront mes lois, ils garderont mes statuts et s’y conformeront. Ils habiteront le pays que j’ai donné à mon serviteur JACOB, qu’ont habité vos pères ; ils y demeureront, eux et leurs enfants et leurs petits-enfants pour toujours, et DAVID, mon serviteur, sera leur prince pour toujours. » (versets 23-25).

Selon le commentaire de RADAK, le rappel du dernier des trois patriarches, JACOB, était destiné à confirmer l’héritage du pays accordé exclusivement à ISRAËL et non aux autres descendants d’ABRAHAM et d’ISAAC. Pour ce qui est de la répétition à deux reprises dans ce même texte du nom de DAVID, il s’agissait de souligner la certitude selon laquelle le MESSIE serait bien un descendant de DAVID, celui-là même « pour qui aucun terme de venue n’avait été fixé au ciel ». (BERECHITH RABBA 39, 11). Selon une tradition midrachique,, nous savons que le premier homme ADAM aurait dû vivre mille ans. Il a cédé soixante-dix ans de son existence à DAVID, lequel n’a pas dépassé cet âge. Selon le Talmud de ’HAGUIGA 22 b, ce roi illustre dans notre foi religieuse, à l’image des lumières supérieures, n’aurait pas eu de vivre qui lui soit propre sans les années que lui a concédées le premier des hommes figurant dans l’histoire biblique.

C’est sans doute pour marquer la pérennité de sa royauté, dominant le temps et l’espace, que le ZOHAR sur la paracha VAYE’HI que nous lirons la semaine prochaine, nous fournit l’enseignement suivant : « Toutes les bénédictions d’EN HAUT sont confiées au niveau de DAVID. Toutes les joies et toutes les faveurs que connaîtront ses descendants seront concentrées à son niveau de spiritualité. C’est donc essentiellement de nous tous que dépend l’événement d’une ère de paix et de bonheur universels, quand il existera une entente cordiale et totale entre les hommes.



Alain Goldmann
Grand Rabbin




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