Le président iranien et l’Holocauste

publié le dimanche 1er janvier 2006
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Le président iranien Mahmoud Ahmadinejad continue de prétendre que l’Holocauste est un "mythe" fabriqué par les Européens. C’est ce qu’il a d’abord déclaré lors du sommet de l’Organisation de la Conférence Islamique à la Mecque, avant d’expliquer puis de préciser ses déclarations.

Pour ce qui concerne les précisions, toutes les déclarations tonitruantes d’Ahmadinejad à ce sujet visaient, selon la partie iranienne, à défendre les droits du peuple palestinien. Le président iranien tente ainsi de s’affirmer comme le nouveau leader du monde islamique. Ce dernier le suivra-t-il ? Son point de vue sera-t-il accueilli avec compréhension par les musulmans ? Il semble malheureusement qu’il trouve des partisans. Parmi ceux qui ont condamné les propos tenus récemment par Ahmadinejad, il n’y a pas un seul représentant officiel en vue du monde musulman. Et si l’un d’eux a protesté, l’opinion n’en a pas été avertie.

Pourquoi cette approbation silencieuse de la position du président iranien ? Il est clair que la défense des droits des Palestiniens et une affaire d’honneur pour tout musulman. Mais nul ou presque ne met en doute le droit des Palestiniens à un Etat et à une existence digne. La question porte uniquement sur la manière dont il faut défendre ces droits. Où est la limite de l’acceptable ? Est-il acceptable de s’exprimer comme l’a fait le président de l’Iran, de mettre en doute le fait de l’extermination des Juifs par Hitler et de proposer de déménager Israël en Europe ?

La question palestinienne ou, plus exactement, le conflit israélo-palestinien n’est pas qu’une source de déstabilisation au Proche-Orient, elle est aussi, aujourd’hui, le principal conflit de civilisations. C’est bien la question palestinienne qui fait office de ligne de partage des opinions : qu’est-ce que le terrorisme, la résistance des Palestiniens est-elle acceptable (et sous quelles formes) ? Dans cette guerre de propagande, les transfuges sont moralement fusillés, la neutralité est impardonnable.

Le monde islamique a été longtemps sans pouvoir accepter l’existence d’Israël. C’est bien pourquoi de nombreux Arabes ont mis en doute le fait de l’Holocauste. Mais Ahmadinejad use d’un très vieil argument qui semblait tomber dans l’oubli.

C’est effectivement l’Holocauste, la reconnaissance de la tragédie du peuple juif par l’Europe, les Etats-Unis et l’URSS qui ont fini par imposer la nécessité de créer l’Etat d’Israël. C’est l’Holocauste qui détermine pour une large part, aujourd’hui encore, la politique d’Israël. Mais le fait de l’existence d’Israël ne peut pas découler de l’Holocauste. Israël, comme n’importe quel autre pays, est membre de l’ONU et n’a pas, d’une manière générale, à justifier le fait de son existence. La souveraineté des membres de l’ONU est une donnée historique et celui qui ne veut pas s’en accommoder ou qui fait semblant de ne pas vouloir, se livre tout simplement à des jeux politiques. A des jeux très dangereux.

N’oublions pas la grande leçon de l’année 1947, lorsque l’ONU décida de créer deux Etats, l’un arabe et l’autre juif, sur le territoire de la Palestine, alors sous mandat britannique. C’est à ce moment que les Palestiniens sont devenus les otages des idées du monde arabe, selon lesquelles il était possible de modifier la décision de l’ONU relative à un Etat juif et obtenir tout au lieu d’une partie seulement. C’est, en fait, ce désaccord avec l’ONU qui est devenu l’une des raisons de ce conflit interminable au Proche-Orient. Aujourd’hui, les Palestiniens et les nombreux pays arabes qui ont reconnu le fait de l’existence d’Israël adoptent une attitude différente. Mais il leur a manqué la fermeté pour condamner Ahmadinejad.

Un autre problème fait ici surface. La fameuse "géométrie variable de l’Occident" constitue l’une des raisons qui font que les propos du président iranien ont trouvé un écho au sein de certains groupes de population du monde islamique. C’est elle qui sert de terreau nutritif aux déclarations du genre de celles d’Ahmadinejad. Les principales thèses de la propagande dans laquelle se complait le président concernent non pas l’Holocauste (ce serait plutôt un cas particulier dans sa rhétorique) mais le "pourquoi certains peuvent tout se permettre et pas les autres ?". Qu’il faut traduire, dans ce cas concret : pourquoi Israël pourrait-il avoir ses programmes nucléaires, mais pas l’Iran ? Les déclarations d’Ahmadinejad sont la poursuite du vieux discours sur le terrorisme : pourquoi faire exploser une bombe en Israël, en Europe, en Russie ou aux Etats-Unis est-il considéré comme un acte de terrorisme et condamné comme tel, alors que l’assassinat de civils, consécutif à des opérations militaires menées par des Etats entre dans le cadre de "la guerre, la guerre contre le terrorisme tout particulièrement, effacera tout". Non, elle n’efface pas. Les hommes politiques n’en parlent pas, tout simplement. Selon leurs calculs, ce sont généralement les innocents qui paient, d’un côté comme de l’autre de la fracture des civilisations.

Quoi qu’il en soit, les jeux politiques avec des dépouilles d’êtres humains, ce qu’est la négation de l’Holocauste, ne peuvent trouver de justification en aucune circonstance. De même qu’aucun attentat terroriste ne peut se justifier.

RIA - Novosti



Marianna Belenkaïa
Observatrice politique de l’agence RIA Novosti




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  • Le président iranien et l’Holocauste
    14 février 2006
    Uniquement dans le but de vous exprimer mes sympathies et inquietude partagé que je vous ecrit de Prague (Rép.tch)Sincerement et amicalement.Oleg Langer


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