Une marche en l’honneur de la Torah à Moscou

publié le dimanche 1er janvier 2006
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Dans la soirée du 13 novembre, les habitants du quartier de Marinaïa Rochtcha, à Moscou, ont pu assister à une procession aux flambeaux et au son du tambour. C’était la communauté juive de Moscou qui célébrait la remise d’un rouleau de la Torah à la synagogue de Marinaïa Rochtcha.

Au XIXe siècle, Marinaïa Rochtcha était considéré comme le quartier juif. Mais il fallut attendre 1926 pour voir sortir de terre une petite construction en bois faisant office de synagogue. Seule synagogue construite sous le pouvoir soviétique, elle a bien résisté aux années difficiles. A la fin des années 80, une yeshiva - la première ouverte en URSS - y fut ouverte. Mais, en 1993, la synagogue fut détruite par un incendie. On a parlé d’incendie criminel, mais cela n’a jamais pu être prouvé. En 1996, on a entrepris de construire, à la place de la synagogue, le centre communautaire juif de Moscou (MEOTs), un bâtiment de six étages, inauguré en 2000 en présence du président de la Fédération de Russie Vladimir Poutine.

Marinaïa Rochtcha est redevenu le quartier juif où les Juifs de tout Moscou viennent prier, étudier, faire du sport ou apprendre une langue étrangère et, bien sûr, célébrer ensemble les fêtes. Au mois d’octobre 2005, un nouveau centre éducatif juif (Beth Schwidler) a été ouvert à dix minutes de marche du MEOTs ; il porte le nom de son principal sponsor, Evgueni Schwidler, ancien président du groupe pétrolier Sibneft. Il comporte un groupe scolaire religieux ainsi qu’un musée juif. Lors de son inauguration, Boroukh Gorine, porte-parole de la Fédération des communautés juives de Russie (FEOR) notait que, "en Russie, il existe des dizaines d’écoles juives, mais toutes ont été aménagées dans des bâtiments déjà existants. Nous ouvrons la première école juive dont le bâtiment a été construit en Russie après la révolution de 1917." Et c’est dans ce bâtiment que s’est déroulée, à la mi-novembre, la cérémonie de remise du rouleau de la Torah, offert par la famille Khaïkine. Ce rouleau, écrit à la main sur un parchemin, selon la tradition, a une valeur de 10 000 dollars environ.

Il faut dire que si, au début des années 90, l’aide à la vie de la communauté juive en Russie était essentiellement fournie par les Juifs des Etats-Unis et d’Israël, le nombre des bienfaiteurs russes est aujourd’hui en augmentation. La famille Khaïkine n’est pas la première à faire don d’un rouleau de la Torah à la synagogue, mais c’est la première fois que la cérémonie était publique et aussi solennelle. Le rouleau a quitté le centre éducatif sous la houppa, au son d’une marche exécutée par les jeunes tambours de l’école juive, accompagné par des danseurs de la communauté, et a été transféré à la synagogue du MEOTs. Certains, dans la foule, disaient à ce moment-là : "c’est notre réponse aux néonazis, qu’ils sachent que la vie juive continue en Russie."

Ont participé à cette fête, non seulement les habitués de la synagogue de Marinaïa Rochtcha, mais aussi quelque cent cinquante rabbins de Russie, des pays de la CEI et d’Europe. Tous étaient venus assister au congrès des rabbins d’Europe, accueilli cette fois par la Fédération des communautés juives de Russie, que dirige le grand rabbin Berl Lazare. C’est au MEOTs que le congrès a ouvert ses travaux.

Lors de l’ouverture du congrès, Moïse Cohen, président du Consistoire de Paris, se disait heureux de voir se développer la communauté juive de Russie. Il attirait l’attention sur la renaissance active de la vie juive en Russie, sur la construction de synagogues et de centres juifs, disait espérer la poursuite de cet essor.

C’était la première fois que le congrès des rabbins d’Europe se déroulait sur le territoire de l’ex. Union Soviétique. C’est la marque d’une haute estime pour les activités du rabbinat russe, du niveau auquel il est parvenu, estimait alors Zeev Wagner, rabbin de la région Centre de la Russie.

Le congrès a été consacré à la définition de normes uniques de vie juive, en partant des lois du judaïsme. Comme le notait le grand rabbin Berl Lazare, "la communauté juive de Russie est entrée dans une nouvelle ère. Les Juifs ont cessé de penser uniquement au rapatriement, ils veulent vivre ici, en Russie... Et, par conséquent, il est nécessaire de répondre à une foule de questions concernant les relations avec les autres confessions, la famille, l’éthique." Aujourd’hui, ajoutait-il, les problèmes que connaissent les communautés religieuses des pays de la CEI sont identiques, pour beaucoup, à ceux des communautés européennes. C’est une autre époque qui règne maintenant sur le territoire de l’ex. URSS, ce n’est plus le temps de se battre pour le droit de respecter les traditions, mais le temps de répondre à la question "comment les respecter au mieux ?".

Selon le rabbin Wagner, certaines questions sont d’actualité pour les rabbins de la Russie comme des autres pays de la CEI ; elles concernent les mariages mixtes et donc les problèmes liés au guiyour, l’institution du mariage civil plus généralement et la question du statut des enfants. La Houppa n’est pas encore la norme même si elle devient populaire parmi les jeunes. Selon le rabbin Wagner, "il n’est pas toujours facile de concilier les traditions religieuses et les habitudes auxquelles les gens se sont conformées sous le pouvoir soviétique." Cela est valable pour tout, ajoute-t-il, de la naissance à la mort. Il faut parfois résoudre un dilemme au sujet des habits du mort : comment respecter la tradition sans offenser la famille abattue par le chagrin ?

Le respect des traditions est particulièrement problématique dans les petites villes où la communauté est de petite taille et n’est pas organisée. En Russie, les rabbins travaillent dans une quarantaine de villes. On ne compte que 200 rabbins au total pour les douze pays de la CEI et ils remplissent leur mission auprès de 82 communautés. Les Juifs se heurtent à une multitude de questions, de problèmes dans leur vie quotidienne, affirme le rabbin Wagner et le congrès, sorte de séminaire où chacun est un peu spécialiste d’un problème en particulier, aura été très utile.

Nombre des rabbins venus assister au congrès se rendent régulièrement en Russie mais l’évolution de la vie communautaire ne cesse de les étonner. La lumière des flambeaux accompagnant le rouleau de la Torah vers la synagogue est devenu, pour une bonne part, le reflet de cette lumière spirituelle qui a illuminé les âmes des Juifs de Russie. De cette lumière du retour à la religion.

(RIA - Novosti)







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