Hanoucca, un miracle pour les juifs de Russie

publié le dimanche 1er janvier 2006
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Le fait que cette fête soit maintenant célébrée en Russie est considérée comme un miracle par les organisations juives de Moscou. Il y a une quinzaine d’années seulement, personne n’aurait pu croire que les fêtes juives seraient célébrées publiquement.

Depuis plusieurs années maintenant, un chandelier de Hanoucca est dressé en plein centre de Moscou, sur la place du Manège, à côté des murs du Kremlin. La tradition veut que ce soit le maire de Moscou, Youri Loujkov, qui allume la première bougie. Une tradition que Moscou a transmis à des dizaines d’autres villes. A Moscou, encore, la communauté juive de l’arrondissement Ouest de la capitale a dressé une hanouccia de 9 mètres en face d’une maison de la culture. L’important, ce ne sont pas ses dimensions (aussi grande que celle dressée à Washington, devant la Maison Blanche, et qui passe pour être la plus grande au monde), mais la possibilité de célébrer cette fête.

Selon Lev Levaev, président de la Fédération des communautés juives de la CEI, les cérémonies qui ont lieu au centre de Moscou montrent que "après toutes ces années de communisme, d’interdit de toutes les religions, la lumière finit quand même par vaincre". Levaev se souvient de son grand-père, qui fut envoyé en Sibérie pour avoir enseigné à des enfants la tradition juive et l’hébreu. La situation en URSS, dit-il, rappelait celle qu’ont vécue les Juifs de Palestine du temps du tsar Antioche (IIe siècle avant notre ère). Il leur était interdit de respecter les traditions, mais ils se révoltèrent pour défendre leurs droits. Cette fois-ci, il n’y a pas eu besoin de révolte.

Le miracle de Hanoucca qui, selon le grand rabbin de Russie Berl Lazare, symbolise "la victoire de l’esprit sur la force" est compréhensible pour tous les Juifs de l’ex-URSS. Ils ont survécu et ont redonné vie à leur culture, sont revenus à la religion. C’est pourquoi Hanoucca est l’occasion de rendre hommage aux générations précédentes qui ont su préserver l’identité nationale. C’est aussi l’occasion de se souvenir de ceux qui ont combattu durant la Seconde guerre mondiale, qui ont sauvé le monde du fascisme. De ceux qui sont morts dans les ghettos et les camps de concentration fascistes, de ceux qui ont survécu et porté jusqu’à nous la culture juive.

Ce n’est pas un hasard si, à la veille de Hanoucca, la Fédération des communautés juives de Russie (FEOR) décerne ses prix de l’Homme de l’année. Selon Berl Lazare, "nos lauréats apportent aux gens la lumière et le bien, ce sont des gens de l’esprit" et cela convient bien à la symbolique de Hanoucca. Les prix de la FEOR sont décernés à des personnalités, dont l’apport est réel et reconnu au développement de la vie culturelle et sociale du pays, quelles que soient leur origine ethnique et leur confession.

Lors de la troisième édition de cette manifestation, les prix ont été décernés notamment à Lioudmila Alexeeva (présidente du groupe Helsinki de Moscou), Ekaterina Guenieva (directrice générale de la Bibliothèque d’Etat de littérature étrangère Rudomino) et à l’éditeur Andreï Sorokine pour la traduction et la publication d’une Encyclopédie de l’Holocauste constituée par des historiens américains, à Lioudmila Viougova (réalisatrice) et à Oleg Dobrodeev (directeur général du holding médiatique VGTRK) pour un documentaire télévisé sur le Secret du ghetto de Vilne, au réalisateur Pavel Lounguine pour son film Familles à vendre.

Le metteur en scène Kama Guinkas a, comme d’autres lauréats, dédié son prix à ses parents. Né six semaines avant le début de la Grande guerre patriotique, il a passé son enfance dans le ghetto de Kaunas. "Kama tu vis pour le plus grand dépit de Hitler", lui a répété sa mère toute sa vie. Aussi, lors de la cérémonie de remise des prix, a-t-il déclaré que toute la vie que connaissent aujourd’hui les Juifs sur le territoire de l’ex-URSS était "pour le plus grand dépit de Hitler, des néonazis et de tous ceux qui tentent de semer la haine interethnique." En dépit des efforts de ces gens-là, des bougies de Hanoucca ont été allumées dans toutes les villes de Russie, de nouvelles synagogues et de nouvelles écoles juives ouvrent leurs portes. C’est ainsi que la synagogue de Rostov-sur-le-Don vient de rouvrir après des travaux de restauration. La veille, Youri Roubine, président de la communauté juive de cette ville avait reçu le prix de l’Homme de l’année pour sa contribution au développement de la vie de la communauté. Edouard Rossel, gouverneur de la région de Sverdlovsk a lui aussi été distingué pour son soutien à la communauté juive.

Si, le premier jour de Hanoucca, dont les cérémonies avaient été organisées par la FEOR à Moscou, fut un jour de mémoire et d’hommages, le second jour fut consacré à l’avenir. Le Congrès juif de Russie (REK) avait réuni dans une des plus belles salles de Moscou divers représentants de la communauté juive. Etaient assis côte à côte des oligarques, des rabbins, des artistes, des enseignants des écoles juives de Moscou. Et les enfants ont été les principaux héros de la fête. Viatcheslav Kantor, récemment élu à la tête du REK, a noté, en allumant les bougies de Hanoucca, que "les enfants sont notre avenir et notre devoir est de leur offrir un avenir de dignité."

C’est à l’avenir également que fut consacrée la soirée organisée par le Congrès des organisations et associations religieuses juives de Russie. Le concert donné au théâtre Vakhtangov inaugurait en effet les diverses manifestations qui seront consacrées au centenaire de la principale synagogue de Moscou. Les cérémonies officielles auront lieu l’été et l’automne prochains. Les derniers travaux sont en voie d’achèvement.

Chaque organisation juive de Russie a fêté Hanoucca à sa manière. La lumière des bougies de Hanoucca a réchauffé l’hiver russe et incité une fois encore à réfléchir sur le fait que les miracles sont artificiels. L’essentiel est d’y croire.

Marianna Belenkaïa (RIA - Novosti)







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  • Hanoucca, un miracle pour les juifs de Russie
    2 juin 2009, par drovié

    Je viens de lire cet article. Française, d’origine polonaise, hongroise (par ma mère) et polonaise et russe (par mon père) ; je me suis investie ces derniers temps à redécouvrir mes origines ainsi que celles des pays dont je suis issue. Le rôle important des personnes de confession juive à l’est reste considérable et à tout point de vue.

    Bien que chrétienne, je suis contente que les juifs puissent enfin exercer leur religion au sein de la Russie et entreprendre, par là-même, une réconciliation avec les russes orthodoxes. Cette action montre -t-elle un esprit de tolérance russe ? Je ne peux répondre à cette question. Toujours est-il que la Russie fait un pas énorme vers la communauté juive qui reste sans commune mesure avec les autres pays occidentaux où règnent intolérance (c’est ce que je ressens) et surtout paranoïa.

    Comment cette avancée est-elle perçue par Israël ? Là aussi, je ne peux répondre à cette question...



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