« La trêve des confiseurs... »

BILLET DU 25 DECEMBRE 2005
publié le mercredi 28 décembre 2005
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Bonjour,

Qu’on le veuille oui ou non, c’est aujourd’hui Noël ! Je me dis dans le même temps que les fidèles auditeurs qui m’écoutent un lendemain de réveillon à 8h35 ne sont pas ceux qui se sont attablés hier soir rompant momentanément leurs agapes par la messe de minuit. Une semaine après la célébration du centenaire de la loi portant sur la séparation de l’Eglise et de l’Etat, force est de constater que seules des fêtes chrétiennes donnent lieu à des jours fériés (Noël, le lundi de Pâques, le jeudi de l’ascension et le 15 août pour l’Assomption). Cela fait donc quatre jours durant lesquels la République française marque un temps d’arrêt pour se consacrer à ces solennités. Je ne souhaite bien entendu pas polémiquer et je ne peux que souhaiter de bonnes fêtes à nos amis chrétiens. Reste que Noël ou la trêve des confiseurs, c’est selon, est une fête sacrosainte de notre République.

C’est une sérieuse entorse au principe de laïcité. Nous avons tous, à des niveaux différents, été confrontés à la difficulté de se libérer pour des jours de fêtes juives. Cela est vrai dans le monde du travail comme pour les étudiants. Ne faudrait-il pas dès lors créer par exemple un quota de jours fériés que les uns et les autres seraient libres de prendre en fonction de leurs convictions religieuses ? Ainsi l’Etat serait-il garant de la liberté de l’exercice du culte, de tous les cultes.

Vous vous dites, et vous avez certainement raison, que ce vœux est au moins aussi onirique que la fête de Noël. Mais c’est là le principe qui prévaut en ces jours féeriques : rêver et espérer un monde meilleur. Nous nous y préparons à notre niveau en fêtant dès ce soir la fête de Hanoukka. Nous espérons, en ce solstice d’hiver, que la lumière triomphera un jour de toutes les formes de ténèbres et d’obscurantismes. En allumant la première bougie de la hanoukkia, nous pourrons souhaiter que ceux qui ont notre destinée entre leurs mains trouvent une petite lueur qui les éclairera. Nous pourrons souhaiter, comme la prophétie d’Ezéchiel, que l’intelligence, le savoir, l’esprit l’emporteront sur la violence, la force et la démagogie. Nous pourrons imaginer encore un monde plus paisible dans lequel le miracle de la fête de Hanoukka se perpétuera en accordant plus de temps que prévu aux bonnes intentions et aux efforts des uns et des autres pour fraterniser. Nous rêverons une Terre d’Israël où de Jérusalem en passant par Bethleem, Nazareth ou Jéricho la trêve ne sera pas rythmée uniquement par quelques jours sporadiques mais se prolongera.

Sachons donc faire se rejoindre les lumières qui scintillent dans les rues des grandes capitales du monde entier et celles que nous illuminerons ce soir.

Hag Hanoukka Saméah, bonnes fêtes de Hanoukka, Shavouah tov, bonne semaine à tous et à dimanche prochain.



Gabriel Farhi
Rabbin
AJTM - Alliance pour un Judaïsme Traditionnel et Moderne
Aumônier israélite des hôpitaux de l’AP-HP
Chroniqueur sur Judaïques FM 94.8




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