Parasha Miketz 5766

Chabbath 31 décembre 2005 - 30 Kislev 5766 - Début : 16 h 44 -Fin : 17 h 54
publié le samedi 24 décembre 2005
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Lectures de la Torah : Genèse XLI, 1 - XLIV, 17 : JOSEPH, maître de l’Egypte. 2ème Rouleau : Nombres XXVIII, 9 - 15. (Roch-Hodech) 3ème Rouleau : Nombres VII, 42 - 47 (Hanouccah) Haphtarah : ZACHARIE II, 14 - IV, 7 : « Non par la force, mais par mon esprit ! »

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Commentaires sur la Torah :

« Au terme de deux années, PHARAON eut un songe. » (Genèse XLI, 1) Voulant tirer la leçon de la naïveté et de la faiblesse passagère de JOSEPH ayant cru que le maître échanson, une fois libéré de prison, plaiderait sa cause auprès du Pharaon, ce qui ne se produisit qu’après un intervalle de deux années supplémentaires de captivité pour JOSEPH, le Midrash présente la citation suivante tirée de Psaumes XL, verset 5 : « Heureux l’homme qui cherche sa sécurité en l’Eternel, et ne se tourne pas vers les orgueilleux et les amis du mensonge ! »

Ce dernier verset semble s’appliquer à JOSEPH qui, par son comportement, quand il était en prison, a voulu faire confiance à l’échanson, croyant que celui-ci pourrait le tirer d’affaire, au lieu de rester ferme dans ses convictions et de remettre sa destinée entre les mains de la Providence divine. Il est vrai que nous avons un principe selon lequel on ne doit pas compter sur un miracle pour se sortir d’une situation difficile. « EIN SOMKHINE AL HANESS », car il convient d’entreprendre tout ce qui est possible pour surmonter une difficulté. C’est ce que JOSEPH avait momentanément perdu de vue, tant il était malheureux d’être séparé des siens. Il a donc payé son erreur d’appréciation de deux années supplémentaires d’emprisonnement, jusqu’au terme que lui avait fixé D.ieu pour mettre fin à ses souffrances.

Le Midrash reproche donc son attitude à JOSEPH, car il veut laisser entendre que D.ieu juge la moindre défaillance de Ses élus, en raison de leur haut niveau moral. Aussi, au lieu de solliciter l’intervention de l’Egyptien (que l’Ecriture appelle RAHAV - l’orgueilleux), aurait dû placer ses espérances exclusivement dans la Sollicitude divine. Car il y avait apparemment une contradiction dans son attitude. JOSEPH est généralement présenté comme un JUSTE s’inclinant devant la sagesse divine, acceptant les épreuves qu’il doit subir, tout en demandant à un moment donné, l’aide d’un simple mortel.

Mais en réalité, JOSEPH est bien ce personnage que décrit la tradition, « l’homme qui place sa confiance en l’Eternel ». La preuve en est, selon le Midrash, qu’une fois qu’il eût perdu de vue l’échanson, JOSEPH ne pensa plus à lui et ne s’adressa à qui que ce soit d’autre, pour obtenir sa libération. Et selon RACHI, JOSEPH, sous le sceau de la plus parfaite discrétion, a accompli la sanctification du Nom de D.ieu, en refusant notamment de céder aux avances de la femme de PUTIPHAR, son maître, ce qui lui valut la peine de prison dont parle le texte biblique. Lorsque viendra le dénouement heureux de sa condition, JOSEPH fera même l’objet d’une appréciation flatteuse à son égard de la part du PHARAON, celui-ci allant jusqu’à dire : « Pourrions-nous trouver un homme tel que celui-ci, plein de l’esprit de D.ieu » ? (Genèse XLI, 38)

Mais il faut savoir qu’au moment de se rendre chez le Pharaon, le texte nous indique que JOSEPH ignorait la raison pour laquelle il était mandé chez le maître de l’Egypte. Nous lisons le verset suivant : « PHARAON envoya quérir JOSEPH, qu’on fit sur-le-champ sortir de la geôle ; il se rasa et changea de vêtements, puis il parut devant PHARAON. » (Genèse XLI, 14). Tous ces préparatifs, selon le Midrash étaient destinés à marquer du respect pour la majesté royale, de la part de JOSEPH.

Comme nous venons de le dire, JOSEPH ne savait pas pour quelle raison il devait se présenter chez le roi. Etait-ce à la suite du complot ourdi contre lui par la femme de PUTIPHAR dont nous avons parlé plus haut ? Dans ce cas-là, il aurait pu se contenter de se présenter sous un aspect pitoyable pour émouvoir le monarque en raison des tourments qu’il avait subis, malgré son innocence. Mais, au lieu de s’attacher à la défense de ses propres intérêts, il considéra de son devoir de marquer de la déférence à l’autorité royale et finit par se préparer par une toilette complète et en mettant des vêtements convenables..

Pour justifier l’attitude adoptée par JOSEPH avant de se rendre chez le Pharaon, le ‘HAFETZ ‘HAYIM, explique que celui-ci ne voulait obéir à l’ordre qui lui avait été donné, pensant que le temps de sa libération ne pouvait être déjà arrivé. Cependant, un ange intervint pour le forcer à quitter sa prison. On peut penser que lorsque dans les desseins de HACHEM, l’heure de la délivrance a sonné, elle s’impose sans retard et on ne peut aller à son encontre. Le texte de notre paracha laisse entendre que « l’on fit sortir JOSEPH en toute hâte ». C’est ce qui s’est produit pour les Hébreux à leur sortie d’Egypte, ainsi qu’il est écrit : « C’est avec précipitation que tu as quitté le pays d’Egypte » (Deutéronome XVI, 3). Et c’est également ce qui arrivera aux temps messianiques, lorsque la Rédemption se manifestera, alors qu’on ne désespérait de la voir venir.

« En vérité, nous sommes punis à cause de notre frère » (Genèse XLII, 21). Ce passage s’inscrit dans le cadre de la rencontre de JOSEPH et de ses frères. Ceux-ci s’étaient rendus en Egypte pour se procurer de la nourriture, en raison de la famine régnant alors aussi bien dans ce pays que dans celui de CANAAN où résidait encore la famille de JACOB. Les frères furent mal reçus par celui des leurs qu’ils n’avaient pas reconnus, puisqu’ils l’avaient lâchement abandonné à l’âge de dix-sept ans, alors qu’à présent, il en avait trente. Il ne pouvait donc être reconnu, en raison de sa tenue royale et parce qu’il avait physiquement changé. Il portait à présent une barbe ce qui le rendait méconnaissable. Ils se rendaient bien comptent qu’ils ne contrôlaient pas les événements. C’est donc dans ce contexte, qu’ils ont prononcé les mots que nous venons de citer.

Ainsi que le souligne le CHEM MICHEMOUEL, on peut se demander pour quelle raison les frères n’avaient pas prononcé ces mots de regret quand ils avaient été mis en prison alors qu’ils se trouvaient dans un moment de grand danger. Il semble poursuit-il, que lorsqu’on est en pleine faute, dans le cas présent, celle d’avoir vendu leur frère, on peut être aveuglé au point de trouver toutes sortes d’excuses empêchant de trouver le chemin du repentir.

Mais lorsque la faute est un peu expiée, les yeux du pécheurs s’ouvrent et lui permettent d’atteindre le seuil de la pénitence. Ainsi, avant que les frères ne fussent mis en prison (Genèse XLII, 17), ils n’avaient pas ressenti le besoin de faire pénitence pour la grave faute commise envers leur jeune frère. Ils pensaient être dans leurs droits, estimant n’avoir rien commis de grave, jusqu’à ce qu’au terme de trois jours d’emprisonnement, leur corps, leur âme et leur esprit aient ressenti le besoin de s’amender. Au bout de ces trois jours de réflexion salutaire, ils eurent comme un sentiment de résurrection et se rendirent compte qu’ils n’avaient pas bien agi envers leur frère qui les avaient pourtant supplié un à un de ne pas lui faire de mal. Malgré un début de remords, il leur faudra encore attendre un certain temps, jusqu’à ce que JOSEPH finisse pas se faire reconnaître d’eux et leur dise ouvertement qu’il leur pardonnait. Ils furent alors rouges de confusion, ce qui traduisait en fin de compte qu’ils étaient parvenus au stade d’une repentance totale. A partir de tout cet épisode tragique, nos Maîtres veulent tirer un enseignement général sur ce que nous devons ressentir lorsque nous voulons réellement obtenir le pardon pour une quelconque faute commise.

En effet, le Talmud nous enseigne qu’en lisait le verset de Genèse XLV, 3 disant que les frères furent confus quand JOSEPH se fit reconnaître d’eux, Rabbi ELAZAR se mettait à pleurer en disant : « Si déjà pour des fautes commises envers nos semblables nous pouvons difficilement trouver des justifications valables, à plus forte raison quand D.ieu nous adresse ses reproches. » (HAGUIGUA 4 b). Cet épisode biblique, avec l’heureux dénouement qui en résultera, doit nous donner à réfléchir quand nous voulons comprendre l’impérieuse nécessité de parvenir à des relations harmonieuses avec nos semblables en acceptant nécessairement de savoir nous remettre en cause, pour dissiper toute cause de disputes ou de malentendus.

HAPHTARA :

Comme nous l’avons indiqué en début de nos commentaires, ce chabbat est assez exceptionnel. En effet, nous lirons dans trois rouleaux de la Torah. Dans le premier, nous lirons les textes de la paracha de MIKETZ. Dans le second, nous lirons le passage relatif à ROCH-HODECH. Enfin, dans le troisième, nous lirons le passage concernant HANOUCCAH qui sera ce chabbat, le sixième jour de la fête. En conséquence, le texte retenu pour la lecture de la Haphtara est tiré du prophète ZACHARIE (VI° s.), car il mentionne le chandelier qui avait une place essentielle dans le premier et dans le second Temple.

Pour mieux comprendre ce que décrit notre texte, il convient de rappeler brièvement l’histoire des événements ayant conduit à la victoire des Hasmonéens ayant donné lieu à l’instauration de la fête de HANOUCCAH. L’époque du prophète ZACHARIE est celle de la reconstruction du second Temple, détruit en 586 avant l’ère vulgaire, par NABUCHODONOSOR, roi de Babylone de 605 à 562. La première pierre du nouveau Temple fut solennellement posée en décembre 520. (‘HAGGAÏ II, 18 - ZACHARIE IV, 9). Les travaux de restauration furent achevé en quatre années et demies (août 520 à mars 515).

C’est ce même Temple qui fut souillé lors de l’occupation de la Terre Sainte par les armées grecques. Les JUDEENS (terme utilisé pour désigner les habitants de la JUDEE), se révoltèrent sous le commandement de JUDAH MACHABEE et ses frères. On les désigne également sous le nom de HASMONEENS. La source la plus ancienne relatant brièvement ces événements se trouve dans le Talmud Chabbat 21 a. Quant à la fête de HANOUCCAH que mentionne ce texte talmudique, nous en retrouvons le récit dans le Second Livre des MACCABEENS, chapitre X, versets 5 à 8. Ce livre ne fait cependant pas partie de notre canon biblique hébraïque.

Quel est donc le sens de notre Haphtara ? Que voulait exprimer ZACHARIE ? Il avait pour objectif d’annoncer le retour de la prophétie en ISRAËL, à une époque où tout semblait définitivement perdu pour la perpétuation du message divin à travers les prophètes reconnus dans le peuple juif. Ce prophète, comme beaucoup d’autres, tenait à rassurer ses contemporains vivant dans un monde de violences, d’incrédulités, en une époque qui n’aurait hélas, rien eu à envier à la nôtre. Il voulait les convaincre de la permanence et de la valeur de la parole divine sacrée, alors que l’on en n’a pas toujours une perception claire et directe.

La parole très forte jaillissant des lèvres de ZACHARIE restera à jamais cette célèbre phrase : « Ceci est la parole de l’Eternel à ZOROBAVEL : « ni par la puissance ne par la force, mais bien par mon esprit ! » dit l’Eternel Cebaot. » (ZACHARIE IV, 6). Rappelons au passage que ce verset figure devant la Synagogue de la Paix à STRASBOURG, laquelle a remplacé celle détruite par les Allemands en décembre 1941. Ce texte biblique était la seule réponse qu’il fallait donner pour blâmer ceux qui avaient programmé la destruction du peuple juif par la solution dite finale. Depuis lors, heureusement, de nombreux édifices religieux ou établissements scolaires ont été construits, comme gages de notre volonté de transmettre notre foi et notre espérance pour la construction d’un avenir meilleur.

Notre verset est donc chargé de beaucoup de sens. Il entend surtout nous rappeler qu’un jour viendra où le centre de la spiritualité sera situé dans une JERUSALEM restaurée et pacifiée. Cette vision du prophète ZACHARIE annonce l’ère messianique à laquelle nous devons sans cesse nous préparer. Il s’agit donc de travailler à la paix dans le monde, à la paix entre les hommes, pour que vienne le règne du D.ieu Un selon le texte des prières que nous récitons quotidiennement à trois reprises, selon lequel : « L’Eternel sera roi sur toute la terre ; en ce jour, l’Eternel sera un et unique sera son nom. » (ZACHARIE IV, 9).



Alain Goldmann
Grand Rabbin




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