Parasha vayeshev 5766

Chabbath 24 décembre 2005 - 23 Kislev 5766 - Début : 16 h 39 - Fin : 17 h 49
publié le mardi 20 décembre 2005
Partagez cet article :



Lecture de la Torah : GENESE XXXVII, 1 - XL, fin : JOSEPH à l’école de la souffrance. Haphtara : AMOS II, 6 - III, 8 : D.ieu révèle son dessein à ses prophètes.

publicité

Commentaires sur la Torah :

« JACOB demeura dans le pays des pérégrinations de son père, dans le pays de CANAAN. » (Genèse XXXVII, 1)

Sur ce premier verset de notre paracha, RACHI nous présente le commentaire suivant : « JACOB voulait demeurer en paix, mais des tourments lui viendront de JOSEPH. Les Justes ne se contentent donc pas de ce qui leur est réservé dans le monde à venir, ils voudraient encore la paix dans ce monde-ci ! » C’est d’une certaine manière toute la tragédie du peuple juif. A peine étions-nous installés dans un pays ou une région, qu’il nous fallait rapidement les quitter en raison des persécutions dont nous étions l’objet. Commentant ce verset, le Midrash cite le texte suivant tiré de JOB III, 26 disant : « Je ne connais plus ni paix, ni sécurité, ni repos : les tourments m’ont envahi. » On serait en droit de vouloir vivre en paix, sans faire l’objet d’aucune menace. Les circonstances ont voulu qu’au cours de l’Histoire, il en fût souvent autrement.

Revenant sur le commentaire de RACHI déjà cité, on peut légitimement se demander pour quelle raison les Justes n’auraient pas le droit de vivre dans la quiétude dans ce bas-monde ? On ne peut blâmer JACOB, qui, après des années de vicissitudes, voulut enfin trouver un peu de repos. C’est ce qui correspond au terme hébraïque SHALVA = tranquillité utilisé par le Midrash et repris par RACHI. Ce n’était pas demander grand chose. Il n’a pas demandé à vivre en CHALOM = paix. La première notion est plus restreinte comme le démontre le passage suivant : « Mieux vaut du pain sec, mangé en paix, qu’une maison pleine de festins, (accompagnée de disputes) » (Proverbes XVII, 1). Quelle est significative la sagesse du Roi SALOMON, auteur de cet adage ! Nous y trouvons tous les problèmes que connaît notre société, la lutte entre les nantis et les plus démunis, entre l’abondance régnant dans l’hémisphère nord et la famine et la misère vécues dans l’hémisphère sud, objets des conflits dont nous sommes quotidiennement les témoins, comme nous le prouve la récente réunion de l’O.M.C. qui vient de se tenir à HONG-KONG.

Quant à JACOB, il n’aspirait en fait qu’à un minimum vital, un peu de pain et de quoi se vêtir (Genèse XXVIII, 20). Toutefois, en raison de l’amour que D.ieu porte aux Justes, Il souhaite également les voir vivre dans la quiétude dans ce bas-monde. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, ce n’est pas antinomique. Les Justes, tout en recevant les récompenses qui leur seront réservées pour le monde futur, ont également le droit de profiter un peu de ce qu’ils trouvent ici-bas, car le monde fut créé en leur faveur. Ce qu’ils souhaitent, c’est en goûter un peu. Nous savons, dans le cas de JACOB, que l’essentiel de son existence et des plaisirs qu’il a pu avoir se trouvait concentré dans les dix-sept dernières années de sa vie en EGYPTE, lorsque son fils préféré, JOSEPH, fut nommé vice-roi de ce pays, lui faisant ainsi oublier toutes les peines qu’il avait connues précédemment.

« Or, ISRAËL préférait JOSEPH à ses autres enfants, parce qu’il était le fils de sa vieillesse ; et il lui avait fait une robe longue. » (Genèse XXXII, 3)

En vérité, JACOB pensait-il sérieusement susciter la haine entre les frères ? De quelle manière peut-on manifester son amour et la différence, dans les plaisirs et les futilités de ce monde-ci, est-ce simplement par une robe longue - KETONETH PASSIM ? Le Talmud Chabbat 145 a, nous fournit une réponse. « De quelle manière les savants vivant en Babylonie se distinguent-ils ? Ils revêtent de beaux habits pour qu’on les honore, parce qu’on ne les reconnaît pas à la valeur de la Torah dont ils sont censés être porteurs. (RACHI) C’est de cette manière seulement qu’on les distingue.

JACOB préférait JOSEPH à tous ses autres enfants et lui a confié les secrets de la Torah. JACOB eût peur que ses frères s’en rendent compte et en éprouvent de la jalousie. C’est pourquoi il lui confectionna un bel habit, de manière qu’on puisse penser qu’il ne connaissait pas bien la Torah et ainsi ses frères ne seraient pas jaloux de lui. Toutefois, « ses frères virent » (verset 4), avec les yeux de l’intelligence, c’est-à-dire qu’ils comprirent que leur père aimait davantage JOSEPH, ce qui provoqua leur jalousie, malgré toutes les précautions prises par leur père. (‘HATAM SOFER)

« Et voici que nous composions des gerbes dans le champ, soudain ma gerbe se dressa , elle resta debout ; et les vôtres se rangèrent à l’entour et s’inclinèrent devant la mienne. » (Verset 7)

Ce rêve exprimé par JOSEPH à ses frères peut nous surprendre, puisque nous savons qu’ils étaient bergers et non agriculteurs. On peut penser que c’est là la pierre d’achoppement entre JOSEPH jalousé par ses frères, comme nous l’avons déjà vu plus haut.

JOSEPH a imaginé la possibilité de grands changements, lorsque la situation économique de son père et de ses frères sera modifiée et qu’ils seront obligés de changer leurs occupations. Dans la famille de JACOB était largement répandue la tradition selon laquelle il avait été dit à ABRAHAM lors de « l’alliance des morceaux » (Genèse XV, 7 - 16), « ta postérité séjournera sur une terre étrangère. » (Genèse XV, 13) Un exil terrible devait attendre ses descendants. JOSEPH a cependant ressenti la nécessité de se préparer pour cette nouvelle période dont personne ne pouvait au départ prévoir les dangers, alors que ses frères n’y pensaient pas. Ils croyaient que leur statut de bergers durerait à jamais, de sorte qu’ils se moquèrent des rêves de leur jeune frère.

On pourrait transposer cela vers notre époque actuelle. Les pionniers du MIZRAHI (mouvement de la jeunesse sioniste religieuse) d’il y plus de soixante ans pourraient être comparés à JOSEPH. Devant le danger qui menaçait alors le judaïsme européen, ces pionniers demandèrent aux juifs de l’Europe de l’Est, de se préparer à monter en Terre Sainte. Mais face à eux se dressèrent les représentants des mouvements orthodoxes (AGOUDATH ISRAËL) estimant devoir adopter une position contraire, car ils pensaient que le temps du retour du peuple juif sur sa terre n’était pas encore arrivé. Comme les frères de JOSEPH, ils faisaient confiance aux régimes des pays dans lesquels ils vivaient. Ils voyaient les grands centres tels VILNA, VARSOVIE, KOVNO et LVOV. Qui aurait pu croire alors que de tout cela finirait sonner la fin du judaïsme européen dont il ne resterait qu’un triste souvenir ?

Finalement, comme pour JOSEPH ayant réussi à s’imposer, la thèse du MISRAHI l’emporta. Beaucoup de ses jeunes militants partirent vers la Palestine, et contribuèrent non seulement à la création de l’Etat d’Israël, et avec lui, à la miraculeuse renaissance des nombreuses yechivoth, venues remplacer celles malheureusement disparues en Europe. (Rav Joseph Ber SOLOVEITCHIK de BOSTON)

« Ils prirent la tunique en soie de JOSEPH, égorgèrent un chevreau, et trempèrent la tunique dans le sang » (verset 31).

Se fondant sur la Tradition rabbinique, MAIMONIDE nous propose l’explication suivante : « le chevreau était l’animal régulièrement offert dans le Temple pour les fautes commises par la communauté d’Israël. Ceci fait référence au chevreau égorgé au moment où ses frères voulurent faire disparaître JOSEPH, car le sang de cet animal ressemble à celui d’homme. Il ne faut pas considérer cela de façon légère.

En effet, le but de ces offrandes consistait à apaiser l’âme de celui qui avait péché et était dans l’amertume, pour qu’il se souvienne constamment de sa faute, ainsi qu’il est dit : « mon péché est sans cesse sous mon regard. » (Psaumes LI, 5) Ceci signifie qu’il faut racheter la faute commise, ce rachat incombant à la personne coupable, mais aussi à tous ses descendants. Pour cela, il convient de réparer la faute commise, soit par des dons si la faute portait sur une question d’argent, soit par le jeûne, en veillant tard la nuit pour se priver de sommeil, pour réparer les fautes morales. » (Guide des Egarés - troisième partie - chapitre 46)

« Le maître-échanson ne se souvint plus de JOSEPH » (Genèse XL, 23)

Il faut rappeler que JOSEPH, ayant été vendu par ses frères en raison de leur haine à son égard et dont nous avions parlé au début, se retrouva en prison. Il avait été calomnieusement accusé par la femme de PUTIPHAR, son maître. En prison, sollicité par ses compagnons de captivité, il parvint à expliquer les rêves qu’avaient eu deux des serviteurs du Pharaon, le maître-panetier et le maître-échanson. L’interprétation des rêves fournie par JOSEPH se révéla exacte. Le premier, pour avoir laissé un caillou dans la pâte, fut pendu. Le second, bien qu’ayant laissé une mouche dans le vin servi, fut malgré tout gracié et remis en liberté. JOSEPH osa lui demander d’intercéder en sa faveur auprès du PHARAON. Mais le maître-échanson oublia JOSEPH. Celui-ci passa donc deux années supplémentaires en prison. C’est à cela que fait allusion le verset cité plus haut.

Non seulement, ce fonctionnaire royal ne mentionna pas verbalement le nom de JOSEPH, mais il l’oublia même dans son cœur. (IBN EZRA). Quelle en est l’explication ? On peut connaître un grand personnage et être fier de sa grandeur et de son intelligence. On vante alors ses talents et ses dons. On peut aussi connaître une personne réputée pour sa générosité, sans autres qualités intellectuelles. On ne saurait néanmoins l’oublier. Or, dans le cas de JOSEPH, non seulement l’échanson n’a pas mentionné ses dons d’interprétation des rêves, mais de plus, il l’avait totalement effacé de sa mémoire, malgré la dette de reconnaissance qu’il aurait dû lui témoigner. C’est donc cela que vient souligner notre verset.

(KETAV SOFER)

En complément à ce qui vient d’être dit, c’est plutôt JOSEPH qui avait oublié le bien qu’il avait fait à l’échanson, et ne comptait rien attendre de lui. (BINAH LEITTIM). A partir de cet exemple, il faudrait presque aller jusqu’à demander pardon à ceux à qui l’on fait du bien, car ils nous en veulent de notre soutien et de notre compassion. Il s’agit là d’une expérience personnelle souvent vécue.

HAPHTARA :

Nous savons que le Prophète AMOS dont est tiré le texte de notre Haphtara commence par faire de graves reproches à ses contemporains de la tribu de JUDAH pour avoir méprisé la Loi de l’Eternel et violé ses statuts, « parce qu’ils se sont laissé égarer par leurs mensongères idoles, que leurs pères eux-mêmes avaient suivies. (II, 4). Ensuite, s’adressant à ceux du royaume d’ISRAËL, il leur fait le reproche « de vendre le juste pour de l’argent et le pauvre pour une paire de sandales. (verset 6). De ces deux passages, nous comprenons que le prophète condamne tout autant ceux qui commettent des fautes relevant de nos relations avec D.ieu que celles en rapport avec nos responsabilités exercées dans le domaine social ou humanitaire, ce qui signifie à quel point nous devons être vigilants dans tous nos comportements.

Précisons ici qu’à l’époque de ce prophète, les gens du royaume de JUDAH mettaient davantage l’accent sur les commandements à caractère religieux. Ce faisant, ils croyaient pouvoir se dispenser de leurs obligations envers leurs semblables. Ils respectaient scrupuleusement le culte sacrificiel, se rendaient en grand nombre au Temple, célébrant avec ferveur et minutie le Sabbat et les jours de fêtes, étant toujours très attentifs à observer les règles de pureté familiale. Tout aurait donc dû être parfait, et pourtant le prophète ne cessait de les fustiger, car dans le comportement de ses fidèles, tout n’était qu’apparence. Ils étaient négligents dans leurs relations avec leurs semblables.

Par ailleurs, les habitants du royaume d’ISRAËL, avaient trop longtemps subi l’influence des mœurs païennes de leur environnement. Les pratiques religieuses étaient trop souvent tournées en ridicule ou négligées. Seules comptaient les règles de convenances sociales. Or, le tout forme un ensemble cohérent et complet sur lequel nous devons constamment prêter toute notre attention. La Torah nous fait bien la recommandation suivante : « N’ajoutez rien à ce que je vous prescris et n’en retranchez rien..... » (Deutéronome IV, 2)

Nous ne sommes donc nullement autorisés à faire un choix entre les commandements divins, sous prétexte qu’ils ne semblent pas d’actualité ou qu’ils sont contraignants. Agissant de la sorte, par méconnaissance des valeurs fondamentales de la Torah, finirait par créer sa propre religion, avec toutes les dérives possibles que l’on peut imaginer. L’interprétation du passage suivant tiré du prophète AMOS est de ce point de vue importante, lorsqu’il nous transmet le message divin suivant : « C’est vous seuls que j’ai distingués entre toutes les familles de la terre. » (AMOS III, verset 2)

Nous découvrons là les relations étroites établies entre D.ieu et ISRAËL. Celui-ci est devenu unique par sa destinée, car indéniablement, les conditions de sa survie ne tiennent qu’à la protection divine constante dont il fut l’objet. Par voie de conséquence, à moins de renier notre passer et de vouloir nous fondre totalement parmi les autres nations de la terre, nous sommes contraints de poursuivre notre chemin en restant attachés à la Loi de D.ieu reçue au Mont Sinaï, avec des responsabilités plus grandes, illustrées par le principe : « Je veux être sanctifié par ceux qui m’approchent. » (Lévitique X, 3). C’est nous qui sommes visés par ce texte, constituant l’un des enseignements fondamentaux et permanents du Judaïsme.

La prochaine fête de HANOUKAH, fête des lumières, vient opportunément nous rappeler l’un de ces miracles ayant conduit à la survie physique et spirituelle du peuple juif. N’ayons garde de l’oublier, lorsque nous allumerons durant les huit jours de la fête, les lumières brillant sur nos chandeliers. Bonnes et joyeuses fêtes de HANOUKAH à tous.



Alain Goldmann
Grand Rabbin




blog comments powered by Disqus



Articles incontournables