Parasha vayichla’h 5766

Chabbath 17 décembre 2005 - 16 Kislev 5766 - Début : 16 h 36 - Fin : 17 h 46
publié le mercredi 14 décembre 2005
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Lecture de la Torah : Genèse XXXII, 4 - XXXVI, fin. Haphtarah : OBADIA : Châtiment d’ESAÜ-EDOM.

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Commentaires sur la Torah :

« JACOB envoya des messagers en avant, vers ESAÜ. » (Genèse XXXII, 4). Tout ce que nous apprenons de l’histoire de JACOB, c’est qu’elle préfigure celle du peuple d’ISRAËL. Il en est le symbole. Dans toutes ses actions et dans toutes ses paroles, il cherche dès le début à vouloir adoucir le sort de ses descendants, les épreuves, les brimades qui les atteindront. L’envoi de messagers au-devant d’ESAÜ, en voulant l’amadouer par des présents est également ce qui se passera ultérieurement dans les rapports qu’entretiendront ses descendants face à ceux qui leur sont souvent hostiles.

Chaque fois que se dressent contre nous des oppresseurs, se présentent alors réellement contre eux les messagers jadis envoyés par JACOB à son frère. On peut être assuré qu’ils accompliront leur mission constamment, chaque fois que leur démarche sera nécessaire pour calmer ESAÜ ou ceux qui lui ressemblent dans leurs intentions malveillantes, pour faire en sorte que soient écartées toutes les brimades ou les haines. Le verset cité en introduction nous indique bien que JACOB, notre patriarche, par l’envoi de messagers leur a confié notre destinée pour les temps à venir, autrement dit, selon une formule bien connue, il a fait précéder le remède au mal projeté. (Admor R. Abraham Yehochoua HECHEL de APTA.)

« Vous parlerez ainsi à mon seigneur, à ESAÜ, ..... J’ai séjourné chez LABAN » (dito).

Pour quelle raison a-t-il dû envoyer de vrais anges et non de simples messagers ? Pourquoi a-t-il désigné ESAÜ par le terme « Seigneur même quand il n’était pas en sa présence ? L’explication est la suivante : Lorsqu’un Juste, même quand en s’occupant de choses banales et simples, produit des choses élevées, des idées célestes. Tout en s’adressant à son frère qui le haïssait, JACOB adressait en même temps une prière à D.ieu. Il désigna des anges réels, MICKAËL et GABRIEL, comme nous le rapportent des livres saints, car ceux-ci ont toujours plaidé en faveur d’ISRAËL, pour intervenir auprès du Très-Haut et qu’il agrée ses prières. Quand JACOB dit : « Ainsi vous parlerez à mon Seigneur » cela s’adresse à D.ieu.

« A ESAÜ » par des paroles simples. En disant : « J’ai séjourné chez LABAN » ainsi que l’explique RACHI, à savoir « je ne suis devenu ni un prince ni un notable mais un étranger » il veut apaiser ESAÜ.

« J’ai observé les 613 commandements et n’ai pas été influencé par ses mauvaises actions », ce sont des remarques faites pour D.ieu.

« J’ai acquis bœufs et ânes », l’expression étant à comprendre au sens littéral, JACOB veut souligner que cela ne fait partie ni de la rosée du ciel ni des sucs de la terre, ce qui s’adresse à ESAÜ, jaloux de la bénédiction donnée par ISAAC à JACOB et non à ESAÜ.

Le bœuf, est selon le Midrash, symbole du MESSIE issu de JOSEPH tandis que l’âne, symbolise le MESSIE issu du fils de DAVID que nous attendons tous. On nous enseigne ainsi que la libération finale interviendra en deux temps. (NOAM ELIMELEKH - Elimelekh de LIZENSK)

« J’ai séjourné chez LABAN ». Le terme hébraïque GARTI, signifiant séjourner, est expliqué par RACHI, qui inverse les lettres en TARYAG, dont la valeur numérique représente le nombre 613. Selon ce commentaire, JACOB insiste pour dire qu’en ayant séjourné chez son oncle LABAN, il n’a pu s’enrichir, mais qu’il a observé les 613 commandements, malgré des conditions particulièrement, ces commandements que nous ses descendants sommes tenus d’accomplir, dans des conditions bien plus faciles.

En quoi le fait d’avoir dit cela pouvait-il avoir une influence sur ESAÜ et apaiser ainsi sa colère ? Uniquement en soulignant l’aspect matériel de sa condition, à savoir qu’il ne s’était pas enrichi, seul motif de la haine que lui portait ESAÜ, puisque les bénédictions à caractère matériel accordées par le père ne s’étaient pas réalisées. Celui-ci aurait pu penser, bien que cela n’entrait généralement pas dans ses préoccupations habituelles, que JACOB ne s’était pas enrichi car il n’avait pas suffisamment été attentif à l’observance des commandements religieux. C’est pourquoi, par son affirmation selon laquelle il avait fidèlement observé les mitzwoth, JACOB pensait sérieusement pouvoir apaiser la colère de son frère. (Rabbi LEVI de BERDITCHEV - KEDOUCHAT LEVI)

« Je suis peu digne (trop petit) de toutes les faveurs » (Genèse XXXII, 11). Dans le Traité talmudique de SOTAH 5 a, RAV nous enseigne qu’un TALMID ‘HAKHAM (un savant) doit posséder en lui un huitième de huitième (quantité minime) d’orgueil pour affirmer son autorité et ne pas se dévaloriser, selon le commentaire de RACHI. Nous savons bien que l’orgueil est un vilain défaut qu’il convient de combattre. Malgré cela, un savant doit en posséder un peu. Pourquoi parle-t-on d’un huitième de huitième ? Parce que notre paracha de VAYICHLA’H est la huitième du livre de la Genèse, et que notre citation est tirée du huitième verset de la paracha. C’est pourquoi, le savant doit se référer à ce passage pour adopter la conduite de modestie préconisée, à laquelle se mêle malgré tout un peu d’orgueil. Quel enseignement peut-on alors retirer de cet exemple ? Celui de savoir qu’un savant, même s’il réussit en quelque domaine que ce soit, et serait ainsi tenté d’en tirer gloire, doit toujours se souvenir que tout ce qu’il obtient n’est dû qu’à la bienveillance divine. Il doit toujours estimer en son for intérieur, être peu digne des faveurs dont il est l’objet. (GAON de VILNA)

« L’ange (qui luttait contre JACOB) lui dit : « JACOB ne sera plus désormais ton nom, mais bien ISRAËL, car tu as jouté contre des puissances célestes et humaines, et tu es resté fort. » (Genèse XXXII, 29)

Le Talmud BERA’HOT 13 a, nous enseigne que le changement de patronyme de JACOB en celui d’ISRAËL ne signifie pas que le premier soit effacé. Il devient simplement secondaire. On peut en tirer la leçon suivante : D.ieu s’est choisi pour peuple JACOB et ses descendants, pour deux raisons : d’une part, du fait que leurs actes sont appréciés par D.ieu, puisqu’ils agissent avec piété et justice. D’autre part, Il accorde aussi une importance relationnelle. ISRAËL en effet, dépasse les autres nations, même si parfois il se conduit mal. D.ieu le même préfère quand même, parce qu’ISRAËL se distingue toujours par son comportement au plan moral.

Le nom de JACOB est lié au fait qu’à sa naissance, il tenait le talon -EKEV de son frère, voulant signifier par là que le comportement d’ESAÜ est généralement méprisable alors que JACOB est considéré comme relativement plus JUSTE, comme un TSADIK. C’est ce que souligne le texte suivant : « Car le Seigneur a fait choix de JACOB ; d’ISRAËL il a fait son peuple d’élection. » (Psaumes CXXXV, 4)

Le terme CHOISIR signifie qu’il existe une alternative permettant de donner la préférence entre deux éléments distincts. C’est ce qui s’est produit à l’avantage de JACOB dont ses descendants tentent de se comporter mieux que d’autres, malgré certains défauts. Mais le choix porté sur ISRAËL (en tant que peuple) constitue pour D.ieu un trésor, de manière intrinsèque, et qu’Il apprécie pour ce qu’il représente.

Aussi, après venu le combattre, ayant vu la piété de JACOB, le préféré parmi les patriarches, en raison de tout ce qu’il avait enduré, l’ange dit alors : « c’est par le nom d’ISRAËL qu’on te remarquera, car tu es saint, pur, par toi-même. Tu incarne ces vertus. » En principe cela concerne effectivement ce patriarche. Mais qu’en est-il de nous, ses descendants ? En raison de toutes nos turpitudes et déviations, ne devons-nous pas nous affirmer par nos propres qualités et vertus, sans vouloir user du mérite de nos pères ? A cela nos Maîtres répondent qu’en cas de défaillances, même si JACOB paraît secondaire par rapport au nom d’ISRAËL, nous saurons nous référer au premier des ces prénoms, non pour ruser mais pour s’attacher à ses pas - EKEV - en tentant de lui ressembler par les vertus qu’il incarnait dans tout ce que cela représente de bien. (Selon Rabbi JACOB ORENSTEIN, auteur du livre YECHOUOTH YAACOV).

HAPHTARA :

Ce texte a été choisi comme support de notre Haphtara, car il contient au verset 18 du seul chapitre que la Bible a retenu du prophète OBADIA le texte suivant : « La maison de JACOB sera un feu, la maison de JOSEPH une flamme, la maison d’ESAÜ un amas de chaume : ils le brûleront, ils le consumeront, et rien ne survivra de la maison d’ESAÜ. »

Ces deux personnages antagonistes qu’étaient les frères jumeaux, JACOB et ESAÜ dont nous avions déjà parlé lors de la paracha TOLEDOTH, sont donc au centre de notre texte. Nous savons que ESAÜ est ensuite personnifié par EDOM, cette nation souvent hostile à ISRAËL dont nous trouvons l’indication dans les prédictions énoncées par BALAAM, quand il voulut maudire ISRAËL, selon le passage de Nombres XXIV, verset 18.

Or nos Sages voient en ROME la personnification d’EDOM. Nous savons par expérience et selon l’Histoire, que ROME ne respectait ni le droit ni le sens de l’humain en utilisant notamment tous les moyens de la violence et de la ruse, parvenant ainsi à une force rarement égalée. Il existe donc, selon notre Tradition, deux moments caractéristiques d’ESAÜ-EDOM. La première fois, c’est lorsque ESAÜ met du gibier dans la bouche de son père ISAAC. (Genèse XXV, 28). Pour ce faire, il utilisait non seulement l’arc et la flèche pour chasser du gibier, mais il se servait également de sa bouche, connaissant l’art de la ruse, pour amadouer et tromper son père et tout son entourage. En second lieu, selon la bénédiction paternelle (Genèse XXVII, 40), il utilisait la force militaire pour assurer sa puissance. L’empire romain que les Rabbins du Talmud désignent par le nom de EDOM, théoriquement créé pour une durée éternelle, s’effondra en prouvant de la sorte qu’il était incapable de régner en se servant de la ruse et de la force.

En référence à l’Histoire nous savons qu’à l’exemple d’ESAÜ envers JACOB, ROME fut intraitable et impitoyable pour le peuple juif. Par contraste, nous savons que chez JACOB - ISRAËL, règnent les principes de la justice, de l’amour du prochain souvent poussés à l’extrême, tant on tient à agir avec scrupules.

Par cette analyse, on comprend mieux le texte du prophète OBADIA. Lui-même connut des temps troublés à l’époque du Roi ACHAB (875-853 avant l’ère vulgaire) comme ceux que le peuple d’ISRAËL connut au cours des siècles. Ce prophète décrit à grands traits l’histoire de ses descendants. Il annonce quelques siècles à l’avance, la chute de l’Empire Romain alors que celui-ci occupa le devant de la scène mondiale pendant une très longue période. Comment ne pas comparer ce fait historique avec ce qui se produisit bien plus tard, pour ce qui est des régimes nazis ou communistes. Tous ont fini par tomber et sombrer.

C’est ce que veut souligner le prophète OBADIA en disant au verset 16 : « Oui, comme vous avez bu sur ma montagne sainte, ainsi les nations boiront sans discontinuer ; elles boiront et en perdront la raison, elles seront comme si elles n’avaient été. » Face à cette prophétie, on est donc en droit de penser que l’histoire du monde se déroule selon un plan divin dont nous ne connaissons pas tous les détails. Certes, il y eut de grandes puissances mondiales, telles que l’Egypte, la Babylonie, les Grecs et les Romains pour ne citer que les principales. Plus près de nous il y en eût d’autres, dont nous avons eu plus ou moins à souffrir.

En fin de compte, l’existence du peuple juif, si menacée qu’elle ait pu être n’a due sa servie que par la Providence Divine, dont il faut admettre qu’elle n’a cessé d’intervenir en notre faveur. Tous ceux qui n’ont cessé de nous combattre ont dû se rendre à l’évidence qu’ils ne pouvaient réussir dans leurs funestes desseins. C’est cela que le prophète OBADIA veut nous enseigner dans ce magnifique passage que nous relisons chaque matin dans nos prières, lorsqu’il déclare : « Et des libérateurs monteront sur la montagne de SION, pour se faire les justiciers du mont d’ESAÜ ; et la royauté appartiendra à l’Eternel. »

Il nous semble que cela annonce quelque peu ce que nous sommes en train de vivre à l’occasion du quarantième anniversaire de la Déclaration Conciliaire de VATICAN II intitulée NOSTRA AETATE, rendant enfin justice au peuple d’ISRAËL après tout ce qu’il avait subi de la part de l’Eglise. Seul l’avenir nous dira, malgré de nombreux nuages persistant encore, une réconciliation totale et sincère entre JACOB et ESAÜ est possible et réalisable. Cela dépendra de chacun, avec l’aide de la Providence Divine à laquelle nous faisons toujours entière confiance.

La lecture de nos textes anciens nous invite donc d’en faire l’objet de nos réflexions permanentes, à la lumière des événements se déroulant sous nos yeux.



Alain Goldmann
Grand Rabbin




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