« Une mosquée pas très laïque... »

BILLET DU 11 DECEMBRE 2005
publié le lundi 12 décembre 2005
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Bonjour,

La loi sur la laïcité du 9 décembre 1905 a un siècle. 100 ans de séparation des églises et de l’Etat. Cet anniversaire a donné lieu à diverses manifestations et célébrations, la plus récente étant une marche hier dans les rues de Paris à laquelle participaient les francs-maçons.

C’est dans cette effusion républicaine qu’est dévoilée dans les colonnes du « Nouvel Observateur » une affaire qui n’est guère reluisante dans ce contexte. A Nice, la 5ème ville française, le très nationaliste, ancien parachutiste et membre du Front National, Jacques Peyrat s’oppose, en tant que Maire de la ville à la construction d’une mosquée en centre ville. Plus choquant encore, ce n’est pas tant la construction avec un minaret qui viendrait blesser les âmes bien pensantes qui dérange mais la simple réhabilitation d’un petit immeuble qui permettrait aux musulmans de la ville de prier. Car, chaque vendredi c’est la même scène devant le petit local qui ne peut contenir tous les fidèles qui empiètent au nombre de 500 sur la rue lors de l’appel à la prière.

Jacques Peyrat avait accordé lors des émeutes dans les banlieues une interview au « Monde » en déclarant avec le plus grand sérieux : « Ce n’est pas le moment, face aux violences urbaines et à la montée de l’islam radical, d’installer en plein cœur de Nice une terre d’islam. Je m’opposerai à toute implantation de mosquée à Nice ». Raccourci saisissant qui consiste à voir en chaque musulman une atteinte à l’ordre public.

Jacques Peyrat, celui qui se dit « d’accord à 99% avec Le Pen » est aujourd’hui affilié à l’UMP, et du coté de son parti c’est le silence radio jusqu’à son Président, Nicolas Sarkozy, qui est pourtant Ministre en charge des Cultes. Peyrat n’en est pas à son premier dérapage verbal mais à 1000 kilomètres de Paris cela ne semble pas poser problème. Le Maire ne suscite pas l’indignation de son parti non plus lorsqu’il déclare : « J’ai suffisamment ma dose de peuplade musulmane en France, sans souhaiter l’augmenter ».

Pourtant Jacques Peyrat comprend qu’il a certainement franchi la ligne jaune et invoque précisément la loi de 1905 sur la laïcité pour justifier son refus : « La République ne reconnaît, ni ne subventionne aucun culte ». Sauf que les musulmans niçois ne lui demandent pas un euro mais simplement de ne pas opposer systématiquement son droit de préemption lorsqu’ils désirent faire l’acquisition d’un lieu de culte. Il conviendrait également de rappeler au premier magistrat de la ville que la loi sur la laïcité « garantit le libre exercice des cultes ». De libre exercice du culte il n’en est rien si ce n’est d’accepter ce statu quo de fidèles relégués dans la rue pour prier lorsqu’ils ne sont pas chassés en dehors de la ville dans un foyer Sonacotra.

Il est heureux que le Grand-rabbin et l’Évêque de Nice aient pris position contre le Maire, l’appelant à permettre aux musulmans d’exercer leur culte. Car dans cette affaire ce n’est pas seulement une communauté qui est insultée et bafouée mais c’est la République toute entière. On ne peut pas d’un côté invoquer la laïcité et de l’autre refuser le fait religieux, quel qu’il soit.

Shavouah tov, bonne semaine à tous et à dimanche prochain.



Gabriel Farhi
Rabbin
AJTM - Alliance pour un Judaïsme Traditionnel et Moderne
Aumônier israélite des hôpitaux de l’AP-HP
Chroniqueur sur Judaïques FM 94.8




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