Parasha vayetse 5766

Chabbath 10 décembre 2005 - 9 Kislev 5766 - Début : 16 h 35 - Fin : 17 h 45.
publié le mardi 6 décembre 2005
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LECTURE de la TORAH : Genèse XXVIII, 10 - XXXII, 3 : JACOB à l’étranger. HAPHTARA : Sefardim : OSEE XI, 7 - XIII, 5 - Achkenazim : OSEE XII, 13 - XIV, 10 : Défaillance et réconciliation.

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COMMENTAIRE DE LA TORAH :

Le début de notre paracha nous indiquera que pour fuir la colère de son frère ESAU, qui voulait le tuer à cause de la bénédiction paternelle qui lui avait échappé, le patriarche JACOB doit quitter son foyer familial et se réfugier au loin. En chemin, une échelle lui apparaît dans un songe. Elle est dressée à terre et son le sommet atteint le ciel. Sur cette échelle il voit des anges monter et descendre. Dans ce songe, JACOB voit ensuite apparaître D.ieu qui le rassure quant à son avenir proche et lointain. (Genèse XXVIII, 13-15).

Quel enseignement notre tradition dégage-t-elle à propos de ce rêve qui s’apparente à une forme de prophétie ? Nous savons que l’inspiration est beaucoup plus forte dans la prophétie que dans le songe. Nos Sages qualifient ce dernier de « fruit abortif » tombé avant sa « parfaite maturité. » (Berechith Rabba 17, 5). Pour sa part, MAIMONIDE dit : « L’action de la faculté imaginative pendant le sommeil est la même que dans l’état de prophétie, si ce n’est qu’elle est encore insuffisante et qu’elle n’est pas arrivée à son terme. » (Guide des Egarés -Livre II, chapitre 36).

Il n’est donc pas exclu qu’un même individu puisse percevoir des phénomènes surnaturels, par les deux voies, de telle sorte que « l’intellect actif s’épanche sur lui, selon qu’il y est préparé ». Il va sans dire que nous rêvons tous, mais ce n’est certainement pas suffisant pour nous prétendre être des prophètes. En effet, il y a des conditions pour parvenir à ce stade. Les différences de degré dans les révélations prophétiques dépendent non seulement de la perfection de celui qui les perçoit, mais aussi d’un certain nombre de facteurs extérieurs. Ainsi, parce qu’il en est inévitablement troublé, le prophète frappé par un deuil est-il momentanément empêché de communier avec la force supérieure. Le pays dans lequel on se trouve ou un milieu non-approprié peuvent également constituer une cause momentanée de blocage.

A ce propos, le ZOHAR sur notre paracha dit ceci : « Comment JACOB, qui était un saint et le plus parfait des patriarches et qui, de plus, se trouvait en un lieu saint, n’a-il pu voir l’échelle dans une vision au lieu de la voir dans un songe ? Cela tient au fait que JACOB, à ce moment précis, n’était pas encore marié, alors que son père ISAAC, était déjà marié lorsqu’il eut une vision. On pourrait cependant objecter que JACOB eut des songes par la suite, ainsi qu’il est écrit : « Et j’ai vu en songe » (Genèse 31, 10)

C’est donc bien parce qu’il se trouvait dans un lieu impur, que JACOB eut un songe au lieu d’une vision. Toutefois, lorsqu’il fut entré en Terre Sainte, accompagné des tribus..... après être resté vingt-ans chez son oncle LABAN, la Tora précise : « Et D.ieu apparut à JACOB, encore une fois, après son retour de ‘HARAN » (Genèse XXXV, 9)

Ainsi, MAIMONIDE voit dans l’échelle une allégorie prophétique. Le sommet de l’échelle signifiant la sphère supérieure où se tient celui qui est stable et permanent, le milieu des anges, et la partie inférieure fixée sur la terre, le monde que l’on considérer comme inférieur. « Les messagers de D.ieu sont les prophètes. » Comme pour les anges dont il écrit qu’ils montèrent et descendirent, le prophète, après être monté, descend ensuite avec ce qu’il a appris pour guider les habitants de la terre et les instruire. » (Guide des Egarés Livre Premier, chapitre XV)

La signification de l’échelle ainsi fournie par le ZOHAR est donc la suivante : « Que signifie cette échelle ? C’est ce degré de l’essence divine de laquelle dépendent les autres : c’est la base du monde. C’est pourquoi le sommet de l’échelle touchait au ciel. Les anges, sont les chefs célestes des autres peuples qui montent, descendent sur cette échelle. Tant qu’ISRAËL reste dans le péché, ce sont les anges des autres peuples qui montent sur cette échelle. Mais quand ISRAEL se corrige, l’échelle est enlevée et le pouvoir des anges, dirigeant les peuples, prend alors fin. » (ZOHAR sur Vayétsé)

Pour NACHMANIDE (commentateur du 13° siècle), le songe qu’il a, permet à JACOB de comprendre que toute la terre dépendait des forces supérieures émanant de D.ieu, autrement dit des anges, tandis que lui, JACOB, était directement soumis à D.ieu, ainsi qu’il est écrit : « Oui, je suis avec toi ; je veillerai sur chacun de tes pas.... ». (Genèse XXVIII, 15). Toujours selon ce même commentateur citant l’opinion de Rabbi ELIEZER le GRAND, D.ieu fit voir à JACOB, comme il le fit pour ABRAHAM, dans l’alliance des morceaux dépecés (selon Genèse XV, 9-10), le règne de quatre empires — l’Egypte, la Perse, la Grèce et les Romains, leur hégémonie et leur chute. D.ieu l’assure alors que durant tout l’exil, Lui-même, Béni soit-Il, se trouvera au milieu de ses descendants, les protègera et les sauvera toujours. C’est d’ailleurs forts de cette assurance, que nous tous, lointains descendants des patriarches, n’avons cessé de croire et d’espérer dans la protection constante du Très-Haut. C’est bien là le mystère et le secret de notre survivance.

Un autre de nos exégètes, SFORNO, estime que l’échelle est le symbole du lien direct entre les hommes et D.ieu, car de cet endroit les prières montaient directement vers D.ieu pour être exaucées.

Enfin IBN EZRA, un autre de nos exégètes traditionnels, (né à TOLEDE en 1092 et mort à CALAHORRA - Espagne en 1167) dit au nom de Rabbi SALOMON d’Espagne, que l’échelle fait allusion à l’intellect et les anges de D.ieu aux idées supérieures. Citant Rabbi JOSUE, il dit que l’échelle, par sa montée, représente les prières qui atteignent D.ieu, et par sa descente — le secours qui vient d’en haut. Rien de ce qui se passe sur terre n’est ainsi caché au Maître du monde. Il est renseigné par les anges qui montent, tandis que ses ordres sont ramenés par les anges qui reviennent d’en haut.

Après cette brève présentation du passage biblique relative à l’échelle que JACOB vit dans un songe, il convient de préciser que le lieu où il s’arrêta pour y passer la nuit, est selon la Tradition, l’endroit où plus tard fut érigé le Temple de Jérusalem, autrement dit, le célèbre Mont Moriah où ABRAHAM, répondant à l’appel du Seigneur, fut prêt à sacrifier son fils ISAAC. Heureusement que sa main fut arrêtée au dernier moment par un ange du ciel. Aussi, ce lieu sur lequel de nos jours encore s’élèvent les vestiges du Temple, c’est-à-dire, le Mur Occidental improprement appelé Mur des Lamentations, garde-t-il une valeur sacrée pour tous les croyants venant y prier ou s’y recueillir dans le souvenir des patriarches. Rappelons simplement que durant près de deux millénaires, les Juifs du monde entier n’eurent d’autre espérance que celle de pouvoir s’en approcher d’assez loin pour y manifester leur foi séculaire.

HAPHTARA :

L’incertitude dans laquelle vit le peuple d’ISRAEL est due, selon le prophète OSEE, à son égarement et à son esprit de rébellion contre D.ieu. Malgré les appels pressants des prophètes, les enfants d’ISRAEL dont nous sommes, adoptons encore assez fréquemment la même attitude , celle de l’opposition, de la désobéissance. (RADAK et IBN EZRA)

Bien que nous soyons loin de mériter la sollicitude divine, l’Eternel ne donnera pas suite à Sa colère. Il accomplira la promesse faite à nos ancêtres. Il le fera aussi en faveur de Sa gloire qui est maintenue au milieu du peuple élu. En effet, à la fin du verset 9 du chapitre XI d’OSEE, nous lisons ceci : « Car je suis D.ieu et non un mortel, le Saint qui réside au milieu de toi : je ne demeurerai point dans une ville. » Selon RACHI, le terme BA IR ne doit pas se traduire par « dans la ville » mais comme dans JEREMIE XV, 8 par « avec terreur ». On peut donc comprendre ce passage comme s’il était dit : « Je ne viendrai point armé de terreur. »

Pour le Gaon SAADIA, il s’agirait ici d’une résidence autre que celle de JERUSALEM, mais d’une assurance selon laquelle D.ieu n’échangera pas la ville du roi DAVID contre une autre ville. Tel est aussi le sens que veut donner le Targoum de JONATHAN.

Pour IBN EZRA, ce verset signifierait : « Je suis le Saint qui réside au milieu de toi, quoi que je ne fixe jamais ma demeure dans une ville », ainsi qu’il est dit : « Mais est-ce qu’en vérité D.ieu résiderait sur la terre ? (I Rois VIII, 27) . Nos Sages y voient une promesse selon laquelle D.ieu n’habitera pas la JERUSALEM céleste avant d’avoir reconstruit la JERUSALEM terrestre. Nous sommes tous invités à participer à cette mission de reconstruction et de rénovation, face à ceux qui n’en souhaitent que ruines et désolation. Soyons surtout convaincus que D.ieu est partout et toujours présent sur terre, parmi nous, si nous le désirons ardemment et sincèrement.

Nous conclurons ces commentaires par l’illustration d’un passage du livre des Psaumes, chapitre XVI, verset 3, décrivant la personne digne de demeurer dans la tente de D.ieu et disant : « c’est celui qui ne fait aucun mal à son semblable ». Sur ce passage, le Talmud de Babylone, traité MAKKOTH, folio 24 a, cite l’exemple parmi bien d’autres, de Rav SAFFRA, à propos duquel le commentaire de RACHI nous fournit les détails suivants : « Ce rabbin possédait un magasin. Un jour, alors qu’il était en train de dire sa prière du CHEMA, un homme entra et demanda à acheter un certain article. Ce client, ne se rendant pas compte que ce rabbin, pour gagner sa vie, devait exercer un commerce, lui offrit un prix pour le livre qu’il désirait acheter.

Cependant, Rav SAFFRA ne bronchât pas, tant il était absorbé par sa prière durant laquelle, comme on le sait, il n’avait pas le droit de s’interrompre. L’acheteur offrit alors un prix supérieur, pensant que le vendeur en exigeait davantage et surenchérit ainsi à plusieurs reprises. En fin de compte, ayant terminé sa prière, Rav SAFFRA dit à l’acheteur : « ce sera le premier prix que vous m’avez proposé. Je n’ai pas le droit de vous en demander davantage, sinon je serais malhonnête. »

A l’aide de cet exemple très suggestif, je pense que c’est l’attitude de droiture, telle qu’elle fut d’ailleurs pratiquée par le patriarche JACOB dont nous avons longuement parlé dans notre commentaire sur la Torah, qui mérite d’être prise en compte par ceux qui désirent sincèrement vivre selon la parole divine qui nous a été enseignée par nos prophètes et par nos Maîtres.



Alain Goldmann
Grand Rabbin




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