Parasha toledoth 5766

Chabbath Samedi 3 décembre 2005 - 2 Kislev 5766 - Début : 16 h 37 - Fin : 17 h 46.
publié le mercredi 30 novembre 2005
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Lecture de la Torah : Genèse XXV, 19 - XXVIII, 9 : JACOB et ESAÜ. Haphtarah : MALACHIE I, 1 - II, 7 : « C’est aux lèvres du prêtre de conserver le savoir et c’est de sa bouche qu’on recherchera la doctrine. »

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Commentaires sur la Torah :

« ISAAC implora l’Eternel en face de sa femme, parce qu’elle était stérile. L’Eternel accueillit sa prière, et REBECCA, sa femme devint enceinte. » (Genèse XXV, 21).

Sur ce verset, le célèbre Rabbi de KOTZK nous rappelle ce passage de YEBAMOTH 64 a disant : « Il n’est pas écrit : au sujet de sa femme AL ISHTO, mais LENOKHAKH, en face de sa femme ». C’est pour bien souligner que tous les deux, ISAAC et REBECCA étaient stériles. Pour quelle raison, nos ancêtres étaient-ils stériles ? C’est parce que le Saint Béni soit-Il désire entendre leurs prières. »

Poursuivant sur ce thème, ce Rabbi ajoute : Il est dit : « Il accomplit les désirs de ses fidèles, entend leurs supplications et leur porte secours. » (Psaumes CXLV, 19). Pour quelle raison, s’il est déjà indiqué que D.ieu accomplit les désirs de ses fidèles, est-il nécessaire dans la seconde partie de ce verset d’ajouter « qu’Il entend leurs supplications » ? Leur demande serait déjà exaucée ? En fait, celui qui craint véritablement D.ieu, ne formule aucune revendication et n’émet aucune demande, car tout lui paraît bon et juste et il estime par conséquent n’avoir rien à exiger de son Créateur.

Toutefois, étant donné que D.ieu souhaite entendre les prières des Justes, Il suscite en eux un désir ardent d’obtenir quelque chose, même minime. C’est pour cela qu’il est écrit : « Il accomplit les désirs de ses fidèles », autrement dit, D.ieu suscite en eux un besoin, une demande pour les amener à exprimer des prières, de sorte qu’ensuite se justifie la seconde partie de ce verset : « Il entend leurs supplications et leur porte secours. » Cela nous permet donc de comprendre ce qui s’est passé pour les trois patriarches et leurs femmes, ayant tous connu la pénible situation d’être longtemps restés sans enfants avant de leur accorder ce bonheur inégalable.

Toujours à propos du verset cité en introduction, nous connaissons l’explication de RACHI selon laquelle la prière formulée par un Juste lui-même fils d’un Juste, comme c’était le cas pour ISAAC n’a pas la même densité que la prière formulée par une Juste comme REBECCA, dont le père BETHOUEL n’était pas un juste, loin de là. Cela explique la raison pour laquelle le verset précise : « L’Eternel accomplit SA prière (celle d’ISAAC), et non « leur prière », celle de ce couple que formait ISAAC et REBECCA.

Le Rabbi de KOTZK dit encore : « En vérité, il ne saurait être question que D.ieu n’entende que les prières des Justes descendants de Justes. Toute prière, quelle que soit la personne qui l’exprime, est toujours importante pour D.ieu. Pour que REBECCA soit enceinte, c’est sa prière et celle de son mari ISAAC qui a été exaucée. Mais leurs prières étaient différentes. Ils savaient que si elles étaient agréées, deux nations leur succéderaient, l’une JUSTE et l’autre MECHANTE.

ISAAC était un Juste fils de Juste. Il souhaitait voir la continuité de sa descendance dans le même esprit. Il voulait que son fils soit un JUSTE PARFAIT, ayant pris en lui l’étincelle de sainteté nécessaire, au risque d’en priver son frère le méchant. Par contre, REBECCA, issue d’une maison de mécréants, ne voulait pas donner naissance à un homme foncièrement méchant au risque que cela puisse avoir une certaine influence sur l’enfant sage et bon. Aussi, D.ieu a-t-il préféré la prière d’ISAAC, le juste parfait, pour qu’il ait à son tour, un fils qui lui ressemble dans la voie de la piété absolue. »

« Les enfants s’entre-poussaient dans son sein » (Genèse XXV, 22). RACHI se fondant sur Berechith Rabba, chapitre 63 § 6, explique que lorsque cette mère, enceinte de ses deux jumeaux, passait devant des maisons d’études et de prières, JACOB poussait du pied pour sortir du ventre de sa mère. Mais lorsque celle-ci passait devant une maison où l’on célébrait un culte païen, c’est ESAÜ qui voulait sortir.

L’on fait remarquer que dans le premier cas, elle restait debout OMEDETH, se tenait longuement devant la maison d’études, tandis que dans le second cas, elle passait rapidement OVERETH, sans s’attarder devant une maison dont elle n’acceptait pas les usages. Dès lors, comme elle passait trop vite, ESAÜ n’avait même pas le temps de sentir les odeurs des sacrifices païens offerts, tandis que JACOB, en raison des longues stations de sa mère devant les maisons d’études, avait largement le temps d’entendre ce qui s’y disait. (OZNAÏM LATORAH).

« Les enfants ayant grandi, ESAÜ devint un habile chasseur, un homme des champs, tandis que JACOB, l’homme inoffensif, vécut sous la tente. (Genèse XXV, 27).

Rabbi LEVI disait : « cela ressemble au myrte et au fragon (sorte de chardon) qui poussaient ensemble. En grandissant et en fleurissant, l’un donnait un parfum agréable, l’autre ses piquants. C’est ce qui s’est passé durant les treize premières années de ces deux garçons, fréquentant la même école. On ne remarquait aucune différence dans leur comportement. Après l’âge de treize ans, l’un fréquentait la maison d’études et le second, les lieux de débauches païennes. »

En conséquence, dit Rabbi ELIEZER, « un père doit s’occuper de son fils jusqu’à l’âge de treize ans, et ensuite il pourra dire « Béni soit D.ieu qui m’a libéré du châtiment que celui-ci pourrait encourir. »(Berechith Rabba, chapitre 63 § 9). C’est encore l’usage de nos jours, dans les familles d’origine achkenaze, que lorsque le jeune garçon célébrant sa Bar-Mitzwa monte pour la première fois à la Torah, le père vienne prononcer cette formule. Il montre ainsi que le jeune homme doit désormais assumer ses responsabilités pleines et entières de membre de la communauté juive. (YALKOUT YEHOUDA).

« Et à présent, mon fils, sois docile à ma voix, sur ce que je vais t’ordonner » (Genèse XXVII, 8)

Nous connaissons l’épisode biblique nous racontant que peu avant sa mort, le patriarche ISAAC voulut bénir son fils ESAÜ, considérant qu’il était l’aîné. Ce faisant, l’usage voulait qu’un père transmette à son fils la bénédiction qu’il avait reçue de son propre père. C’est ce qui s’est passé entre ADAM et NOE, entre NOE à travers son SEM pour parvenir à ABRAHAM, ce dernier ayant béni ISAAC et non son autre fils ISMAËL. L’on sait par l’Histoire tout ce que cela nous a valu jusqu’à présent. Ainsi, pour en revenir à l’épisode de l’opposition entre JACOB et ESAÜ, nous apprenons que leur mère REBECCA ordonne à JACOB de sortir dans les champs, vers les troupeaux. Elle sait que l’autre fils, ESAÜ est un homme des champs, un chasseur, sortant dans le monde alors que JACOB reste enfermé dans sa tente. REBECCA craint qu’ESAÜ reste seul, l’unique homme politique, le diplomate, dominant les questions économiques, capable d’aller jusqu’à chasser JACOB de ses maisons d’études.

Elle redoute de voir JACOB s’enfermer à BEER-SHEBAH, s’isolant au Beth-Hamidrach de SEM et EBER et risquant même d’être chassé de ces lieux. Elle lui recommande en conséquence de changer d’attitude, de sortir de ses études pour aller vers le monde, pour s’y frotter et apprendre à se défendre.

Tel est donc le sens de l’ordre qu’elle lui donne : se faire passer pour ESAÜ en vue d’obtenir la bénédiction de son père. JACOB doit ainsi prouver qu’il ne se limite pas qu’à ses études, mais qu’il prend part à la marche du monde, sanctifiant ainsi par son comportement la vie mondaine, dans un univers qu’il ne fréquentait pas jusqu’alors. Rabbi YOSSEF BER SOLOVEITCHIK

HAPHTARAH :

Ce texte de Haphtara a été choisi du fait qu’il mentionne les noms de JACOB et ESAÜ, les deux personnages essentiels de notre paracha de TOLEDOTH. En effet, le prophète MALACHIE, dernier de nos prophètes officiellement admis et reconnus selon la tradition juive nous dit : « Je vous ai pris en affection, dit l’Eternel ! Vous répliquez : « En quoi nous as-tu témoigné ton amour ? » ESAÜ n’est-il pas le frère de JACOB ? dit l’Eternel, or, j’ai aimé JACOB, mais ESAÜ je l’ai haï..... » (Malachie I, 2 - 3).

Par ces termes, il s’indigne de l’incompréhension des enfants d’Israël qui n’ont pas semblé à son époque, avoir saisi les marques d’amour que l’Eternel leur avait données par le passé, tout en ne comprenant pas l’opprobre auquel est voué ESAÜ, ennemi traditionnel et séculaire de JACOB et à travers celui-ci, de tous ses descendants dont nous sommes.

Il ne faut pas oublier que ce prophète fait ici mention de tous les exils qu’a traversé son peuple, celui d’EGYPTE et surtout celui de BABYLONE, et que malgré toutes les difficultés endurées, ISRAËL a survécu. Après ce prophète, il faudra encore que les Juifs connaissent les persécutions que leur feront subir l’Empire Grec et celui de ROME.

En admonestant ses contemporains, MALACHIE veut critiquer le manque de piété d’ISRAËL, son infidélité au Créateur. Il considère que tout cela est bien plus grave que tout le mal que commettent les autres peuples. Ceux-ci ont beau professer le paganisme sous une forme ou autre, cela n’exclut pas pour autant chez eux le besoin d’aimer D.ieu, d’une certaine manière, sans doute non conforme ni compatible avec nos convictions. Mais ce que le prophète veut souligner et qui doit nous servir de base de réflexion, c’est qu’ISRAËL, après avoir connu la présence divine à travers des faits vérifiables et vécus, puisse se livrer à l’idolâtrie. Cela semble à vrai dire totalement inconcevable.

En principe, comme le rappelle d’ailleurs MAIMONIDE dans son Guide des Egarés, 1ère partie, chapitre XXXVI, les idoles empêchent l’élévation du peuple vers l’idéal divin. En imitant les païens, et parfois sans s’en rendre compte, mais par des habitudes de comportement ou de langage , ISRAËL trahit D.ieu et sa vérité par des faux cultes, et il doit s’efforcer de ne commettre aucune négligence ni hypocrisie impardonnable.

Pour terminer, sachant qu’ils ont un rôle essentiel à exercer, le prophète exhorte plus particulièrement les pontifes (les COHANIM) et cela peut également s’appliquer aux Maîtres, aux Rabbins pour les inviter à se conformer scrupuleusement à l’enseignement divin. Ces personnages de par leur mission doivent veiller à guider le peuple dans la bonne direction, pour le rendre sensible aux vérités dont il est porteur, pour lesquelles notre patriarche JACOB a tant lutté afin de les transmettre à ses descendants, malgré l’hostilité qu’ESAÜ n’a jamais cessé de lui témoigner, mais qui ne peut réussir si nous avons la volonté et la force de résister par un engagement plus ferme et plus marqué de notre part.



Alain Goldmann
Grand Rabbin




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