Parasha hayesarah 5766

Chabbath 26 novembre 2005 - 24 Hechvane 5766 - Début : 16 h 42 - Fin : 17 h 49.
publié le vendredi 10 février 2006
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Lecture de la Torah : Genèse XXIII, 1 - XXV, 18 : Mort de SARA ; mariage d’ISAAC ; mort d’ABRAHAM. Haphtarah : I Rois 1 - 31 : SALOMON successeur de DAVID.

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Commentaires sur la Torah :

« La vie de SARA fut de cent vingt-sept ans ; telle fut la durée de sa vie. » Rabbi AKIBA était assis, donnant un commentaire tandis que le public somnolait. Il voulut le réveiller et dit : « Par quel mérite la reine ESTHER qui était une descendante de SARA laquelle avait vécu cent-vingt sept années, a t-elle pu régner sur cent-vingt-sept provinces ? » Par cette question contenant en elle-même la réponse, Rabbi AKIBA vient surtout nous montrer qu’à son époque déjà, le public n’était pas attentif aux mitzwoth et aux bonnes actions, tant était pesante l’oppression romaine.

Les grands notables de sa génération avaient été mis à mort, et la grande masse des fidèles étaient désespérés et prêts à renoncer à leur Foi, car ils ne voyaient pas d’issues à leurs souffrances et ne comprenaient pas le sens des châtiments qu’ils subissaient. Leur croyance s’était affaiblie. Aussi, pour les stimuler, Rabbi AKIBA voulut-il les raffermir, les encourager, les inciter à l’action en leur disant que les récompenses et les châtiments ne sont pas distribués immédiatement. De nombreuses générations peuvent se succéder jusqu’au moment où une récompense est accordée.

A quoi cela fait-il allusion ? A la récompense méritée par SARA pour ses bonnes actions et qui n’a été que bien plus tard accordée à ESTHER qui régnait sur cent-vingt-sept provinces. C’est dans cet esprit que l’on a commenté dans CHEMOTH RABBA, chapitre 44, ce verset tiré de PROVERBES XI, 21 disant : « On peut l’affirmer solennellement, le méchant ne reste pas impuni, mais la lignée des justes échappe à tout danger. »

C’est aussi ce que veut nous enseigner Rabbi PIN’HAS fils de ‘HAMA : « Si tu réalises une mitzwa, n’en demande pas la récompense de la main à main (immédiatement). Pour quelle raison ? Pour que tu ne te sentes pas quitte de tes fautes. Tu serais considéré comme un méchant, car en réclamant ton dû immédiatement, tu ne laisserais aucun héritage pour tes descendants. Si ABRAHAM, ISAAC et JACOB avaient demandé les récompenses auxquelles ils pouvaient prétendre, comment leurs descendants auraient-ils été protégés et sauvés, comment MOÏSE aurait-il pu intercéder auprès de D.ieu, après l’épisode du veau d’or, en disant : « souviens-toi d’ABRAHAM, ISAAC et JACOB ? » (Exode XXXII, 13). Ainsi, dans ce que chacun d’entre nous peut espérer bénéficier de telle ou telle protection, nous ne savons jamais auquel de l’un de nos prédécesseurs nous en sommes redevable.

(YALKOUT YEHOUDA)

« Tu ne prendras pas une femme pour mon fils parmi les filles des Cananéens parmi lesquels je demeure, mais tu te rendras dans mon pays, vers ma terre natale, chercher une épouse à mon fils, à ISAAC. » (Genèse XXIV, 3 - 4). Pour quelle raison ABRAHAM craignait-il de voir son fils ISAAC épouser une fille cananéenne ? Il vivait pourtant au milieu de cette population et en connaissait la culture. Sur ce point, le MIDRACH HAGADOL insiste en disant que dans le pays natal d’ABRAHAM, on pratiquait comme chacun sait l’idolâtrie. Cependant, le patriarche n’avait pas réussi à modifier le comportement de ses concitoyens, car en vertu du principe bien connu, nul n’est prophète en son pays. En effet, en se rendant en CANAAN, lieu que lui avait indiqué D.ieu, il ne parvint pas à exercer totalement son influence sur les habitants de cette région parmi lesquels il vivait désormais.

Bien que reconnu parmi comme JUGE et PRINCE, les CANANEENS n’acceptaient pas ses remontrances et ses invitations à renoncer à leurs pratiques idolâtres et refusaient de reconnaître le D.ieu Unique. ABRAHAM considérait donc qu’ils ne méritaient pas de se rattacher au peuple d’ISRAËL dont il était le fondateur. Par contre, les membres de sa famille dont naîtra RIVKA, issus de la branche de EBER, qui ne connaissaient pas encore ABRAHAM et ce qu’il représentait, méritaient de s’allier à lui pour assurer sa descendance spirituelle.

Au demeurant, cette histoire est un peu celle que l’on rencontre dans toutes les familles. Nous savons bien que chaque père et mère recherchent normalement le bonheur de leurs enfants, ils tiennent beaucoup à ce qui convient le mieux pour le bonheur de leur progéniture. Or, les familles ont parfois tort de ne rechercher pour leur fils ou fille un parti dans lequel on privilégie les titres ou les biens matériels. Mais à l’instar du patriarche, il nous semble beaucoup plus important de vouloir s’attacher à l’honorabilité et à la spiritualité, que l’on peut sans se tromper, retrouver dans une grande partie de nos familles.

« ISAAC était sorti dans les champs pour se livrer à la méditation. » (Genèse XXIV, 63) Selon un enseignement du Talmud Bera’hoth 26 b, ISAAC a mis en place la prière de MIN’HA (l’après-midi) en se rendant dans les champs pour méditer. En fait, c’était pour s’isoler et prier, ce qui lui était habituel, surtout en fin de journée, avant le coucher du soleil. De ce texte nous apprenons l’origine de la prière de MIN’HA.

Dans un texte des Tossaphistes (disciples de RACHI) sur Pessa’him 107 a, les Rabbins ont cherché à trouver l’origine de cette prière, liée aux sacrifices dénommés MIN’HA, c’est-à-dire OFFRANDE. Ils citent à cet égard le texte de Berachot 6 b où il nous est recommandé ceci : « Sois attentif à la prière de l’après-midi (Min’ha), car même le prophète ELIE n’a été exaucé qu’à ce moment de la journée, lorsqu’il fut confronté aux quatre cents prêtres de BAAL. » (I Rois XVIII, 21). C’est en effet en fin de journée qu’eut lieu cet épisode raconté par la Bible.

« ABRAHAM défaillit et mourut, dans une heureuse vieillesse, âgé et satisfait ; et il rejoignit ses pères. » (Genèse XXV, 8). RAV nous enseigne : « Le jour où ABRAHAM notre père disparut, tous les grands des nations se mirent debout en rangée et dirent : « Malheur au monde qui vient de perdre son guide, malheur au navire qui vient de perdre son capitaine. » (Baba Bathra 91).

Il existe des hommes se distinguant par leur grandeur, quand le monde est calme et paisible. Ils développent leurs forces créatrices et constructives, à tête reposée. Mais que règne le tumulte à travers le monde, dans des temps troublés, on ne reconnaît plus leurs traces. Au contraire, il y a des personnes dont la grandeur se manifeste dans des temps de guerre et de révoltes, et l’énergie dont ils font preuve sort de l’ordinaire. Quand tout revient en ordre, ils descendent de leur piédestal.

Pour ce qui était d’ABRAHAM, il guidait le monde dans des temps paisibles et pacifiés aussi bien qu’en des moments tumultueux et turbulents, tel un capitaine sachant diriger son bateau à travers les vagues énormes. Il était grand en toutes circonstances, ce qui explique que les grands des nations de son époque s’étaient levés pour faire son éloge funèbre et déplorer son départ de ce monde. (YALKOUT YEHOUDA).

HAPHTARA : Notre texte aborde les conditions difficiles liées à la succession du roi DAVID peu avant la disparition de ce dernier. En effet, il avait de nombreux fils outre SALOMON qui lui succèdera en définitive. Parmi eux, se trouvait notamment ADONIAS qui briguait le trône, laissant percer son ambition en disant : « C’est moi qui serait roi ». (I Rois 1, 5)

Nous constatons ainsi combien son père, le Roi DAVID avait été trop faible avec lui, au lieu de lui montrer davantage de sévérité. Tout le drame qui va se jouer ainsi sera indiscutablement dû à cet excès de faiblesse. Les meilleurs pédagogues estiment que c’est une erreur que de vouloir tout céder à un enfant gâté et capricieux. Lui manifester trop d’amour, de façon ostensible, c’est alors se montrer en réalité très faible avec le risque d’en subir un jour les conséquences.

En retour de cet excès d’amour, le père ne suscitera en fin de compte que de la haine et du mépris. Il faut en principe témoigner de la rigueur, établir des règles, fixer des limites, sans pour autant priver l’enfant de l’amour et de l’affection dont il a naturellement besoin. C’est ce que dira plus tard le roi SALOMON bien connu pour sa sagesse : « Ménager les coups de bâton, c’est haïr son enfant » (Proverbes XIII, 24). Il s’agit en fait d’une image, car pour parler vrai, les corrections physiques ne sont plus guère pratiquées de nos jours, ayant elles aussi montré leur insuffisance en matière d’éducation.

Mais DAVID avait été trop faible envers ce fils qui est allé jusqu’à se révolter contre son père, entraînant ainsi sa condamnation à mort, de sorte que DAVID ne pouvait que s’en prendre à lui-même pour avoir trop manifesté sa faiblesse envers un tel rejeton. Il eût ensuite beaucoup de difficultés pour rétablir la monarchie quelque peu perturbée et mise en danger. Ce qui vaut pour ce roi dans son rôle mal exercé de père, est à méditer par chaque père, s’il veut être sûr du bonheur de son fils autrement qu’en lui passant toutes ses fantaisies pour s’assurer la tranquillité.



Alain Goldmann
Grand Rabbin




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