Parasha vayera 5766

chabbath 19 novembre 2005 - 17 Hechvane 5766 - Début : 19 novembre 2005 - 17 Hechvane 5766
publié le mardi 15 novembre 2005
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Lecture de la Torah : Genèse XVIII, 1 - XXII, fin : Piété d’ABRAHAM. Haphtara : II Rois IV, 1 - 37 ; Sefardim et quelques autres communautés : IV, 1 - 23 : Elisée et la Sunamite.

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Commentaires sur la Torah :

« L’Eternel se révéla à lui dans les plaines de Mambré, tandis qu’il était assis à l’entrée de sa tente, pendant la chaleur du jour. » (Genèse XVIII, 1). Ce premier verset de notre paracha nous servira de point de départ pour nos réflexions et nos commentaires.

« L’Eternel se révéla à lui.... » « pour rendre visite au malade ». (RACHI). Nous savons qu’au troisième jour après la circoncision d’ABRAHAM, alors âgé de 99 ans, D.ieu lui apparut pour lui rendre visite et le réconforter, ainsi que nous avons l’habitude de pratiquer ce précepte religieux et humanitaire pour toute personne à laquelle nous voulons marquer notre intérêt et notre sollicitude. C’est ce que veut souligner le commentaire de RACHI.

Or, ABRAHAM était connu pour sa vertu de miséricorde et de sollicitude à l’égard des étrangers de passage dans son environnement. Alors qu’il souffrait d’avoir subi la circoncision à un âge très avancé, il se désespérait de ne voir personne venir lui rendre visite. C’est donc D.ieu qui lui rendit une visite destinée à le réconforter et à lui apporter un peu d’apaisement. N’oublions jamais qu’ABRAHAM était caractérisé par son sens de l’hospitalité, par son ouverture vers les autres. C’est pour cette raison, qu’en raison de son affaiblissement dû à la circoncision, il était triste de ne pouvoir recevoir aucun hôte. D.ieu, en effet, avait ce jour-là faire luire un soleil tellement éclatant, que nul n’osait s’aventurer à l’extérieur de chez soi. C’est donc en raison du manque de passants ou d’invités, que D.ieu voulut réconforter ce patriarche si empressé d’aller à la rencontre et à la recherche de l’autre.

Nos Maîtres, dans le Talmud KETOUBOTH 8 b, rappellent qu’ABRAHAM agissait avec sollicitude et charité. Se fondant sur le verset biblique disant : « Il planta un bouquet d’arbres à BEER-SHEVAH et y proclama le Seigneur, D.ieu éternel. » (Genèse XXI, 33), RACHI explique que le terme ESHEL que nous traduisons par « un bouquet d’arbres - un tamaris » se compose des trois lettres ALEF pour désigner la nourriture, AKHILAH, SHINE, la boisson, SHETYIAH, et LAMED, l’hébergement, LINAH. C’est tout ce qu’offrait le patriarche à tous ceux qui passaient près de chez lui et auxquels il réservait le meilleur accueil.

Pour quelle raison, est-ce à ce passage de la Torah que l’on nous indique le comportement bienveillant et accueillant d’ABRAHAM ? On veut en tirer la leçon suivante : En général, ceux qui s’occupent des choses publiques n’ont pas toujours l’esprit suffisamment dégagé pour s’occuper de charité et de bienfaisance au quotidien, pouvant d’ailleurs prétendre correspondre au principe selon lequel celui qui s’occupe d’une mitzwa est quitte pour ne pas en réaliser une autre en même temps - HAOSSEK BEMITZWA PATOUR MIN HAMITZWA (Talmud SOUCCAH 26 a).

De cet épisode biblique racontant les souffrances d’ABRAHAM liées à la circoncision qu’il venait de subir à un âge avancé, on peut tirer la leçon suivante : Bien que souffrant et venant de réaliser sur lui-même la mitzwa de la circoncision, ABRAHAM ne s’est pas cru autorisé à être dispensé de celle de l’hospitalité. Bien au contraire, dès qu’il aperçut les trois voyageurs venir chez lui, il les accueillit avec amour et empressement. On veut aussi nous enseigner que dans le domaine de la charité et de l’amour pour autrui, il faut toujours agir, sans aucune hésitation ni justification possible.

« Si je l’ai distingué, c’est pour qu’il prescrive à ses fils et à sa maison après lui d’observer la voie de l’Eternel, en pratiquant la vertu et la justice. (Genèse XVIII, 19).

La Torah veut ici souligner les actes et les bienfaits innombrables du patriarche ABRAHAM, nous montrer son cœur débordant d’amour et de miséricorde pour toutes les créatures humaines, tout en passant sous silence tout ce concernait la foi profonde qu’il avait pour D.ieu. Pourtant, dès l’âge de trois ans, ABRAHAM avait déjà reconnu le vrai D.ieu, l’Unique. A cause de sa foi, il fut même condamné à mort par le roi NEMROD mais fut sauvé. Il enseignait et propageait l’idée du monothéisme et convertit de nombreuses âmes à cette croyance. Or, ce n’est pas ce que la Torah veut mettre en évidence mais bien ses actes charitables. Cela faisait partie intrinsèque de sa personnalité.

« en pratiquant la vertu et la justice. » (dito).

La voie divine qui nous est enseignée consiste à pratiquer à la fois la charité et la justice. Cela revient à dire qu’il faut accomplir nos devoirs envers D.ieu au moyen de la charité, et ceux envers nos semblables, par la pratique de la justice. On ne saurait faire un choix dans nos préceptes religieux , car ils forment un tout que nous pouvons dissocier. « La doctrine de l’Eternel est parfaite. » (Psaumes XIX, 8). Chaque partie d’entre elle doit être considérée comme essentielle pour l’ensemble de la Torah. On pourrait comparer deux types de mitzwoth. Il est écrit : « Tu ne cuiras pas un chevreau dans le lait de sa mère ». (Exode XXIII, 19). De nombreuses règles rituelles ont été déduites de ce précepte que nous retrouvons indiqué dans la Torah à trois reprises. C’est l’importance de son application dans le domaine culinaire respecté dans notre tradition religieuse, concernant l’interdiction de consommer ou de mélanger les produits à base de viande et ceux à base de laitages.

Dans un autre domaine, celui de nos relations avec nos semblables, il nous indiqué ceci : « N’accepte de sa part (de ton frère en difficulté) ni intérêt ni profit, mais crains D.ieu et que ton frère vive avec toi. » (Lévitique XXV, 36). A partir de ce verset biblique ont également été enseignées selon la Loi orale, un certain nombre de règles ayant une très grande importance ayant toutes un rapport étroit avec l’interdiction formelle de ne pas prêter à intérêt. De tout cela nous pouvons conclure qu’il est très important, en nous référant au verset de la Genèse que nous avons commenté, de ne faire aucune distinction dans l’accomplissement de nos préceptes religieux. (Rabbi Aaron Itshak Halévi EPSTEIN, père de l’auteur du commentaire rabbinique AROUKH HASHOUL’HANE).

« ABRAHAM prit le bois du sacrifice, le chargea sur ISAAC son fils, prit en main le feu et le couteau, et ils allèrent tous deux ensemble. (Genèse XXII, 6).

Selon le MAHARAL de PRAGUE, on peut se demander pour quelle raison, dans cet épisode de la ligature (AKEDAH) d’ISAAC, nous dit-on à deux reprises que le père (ABRAHAM) et son fils (ISAAC) marchèrent ensemble ? Il cite à ce propos un texte du Talmud KETOUBOTH 62 a dans lequel on nous rapporte le récit suivant : « Un jour, un israélite et un non-juif marchaient ensemble. Ce dernier n’arrivait pas à suivre le pas du premier. Celui-ci lui dit : « n’est-il pas dit que le gémissement brise la moitié du corps de l’homme ? » A cela l’israélite répondit en songeant à la destruction du Temple : « cela est valable quand il s’agit pour des souffrances nouvelles mais non pour celles auxquelles on est déjà habitué depuis fort longtemps.

Quelle leçon tirer de cet épisode à partir de l’histoire d’ABRAHAM et de son fils. La première fois, avant que devait avoir lieu le sacrifice, il est dit à la louange d’ABRAHAM : « Ils marchèrent ensemble » (Genèse XXII, 7) . Il savait qu’il partait sur l’ordre de D.ieu, sacrifier son fils unique ISAAC. Il tenait à accomplir la volonté divine, en toute sérénité et joie, et ne se faisait aucun souci. Il marchait donc avec ISAAC sans témoigner de la moindre inquiétude. Par contre, la seconde fois, après qu’ISAAC ait su qu’il devait être sacrifié, il est écrit : « Ils marchèrent ensemble » (verset 8), ceci pour chanter la louange d’ISAAC. ABRAHAM était déjà habitué à sa situation difficile, alors que pour ISAAC, c’était quelque chose de nouveau. Il n’en eut que plus de mérites.

Dans les deux cas de figures, père et fils acceptaient leur sort lié à leur confiance totale en D.ieu et marchaient donc d’un même pas, sans jamais s’être révoltés contre ce qui pour d’autres, aurait pu paraître cruel et injustifié. N’est-ce pas là une indication pour tous les sacrifices et difficultés qu’ont su assumer avec courage et dignité tous ceux qui nous ont précédé pour affirmer leurs convictions religieuses, malgré les dangers que cela pouvait représenter ?

HAPHTARA :

« La femme de l’un des jeunes prophètes vint se plaindre à ELISHA (ELISEE), disant : « Ton serviteur, mon époux, est mort :tu sais que ton serviteur révérait l’Eternel. Or le créancier est venu prendre mes deux jeunes enfants pour en faire des esclaves. » (II Rois IV, 1).

Tel est le début de la Haphtara que nous lisons cette semaine. Pour quelle raison, cette femme désemparée par son sort difficile qu’était la Sunnamite dit-elle, en parlant de son mari, qui n’était autre que le prophète OBADIA dont nous possédons qu’un seul chapitre consigné dans notre canon biblique, qu’il était mort ? Physiquement, elle l’avait déjà perdu et savait qu’elle était veuve. En insistant sur sa situation tragique, la Bible nous apprend qu’il s’agit bien du prophète OBADIA. Celui-ci, dans une période de menaces édictées par les rois d’Israël contre les prophètes, avait contracté des dettes pour nourrir et entretenir une centaines de jeunes apprentis-prophètes. De nos jours, on parlerait plutôt de « BA’HOUREÏ YESHIVOTH. » Le créancier était le roi JORAM (852-542 av. l’ère vulgaire). Ces jeunes avaient déjà été poursuivis du temps de la cruelle YZEVEL, la femme du cruel roi ACHAB (875-853).

Dans son désarroi, la veuve du prophète demande assistance au prophète ELISEE, successeur du prophète ELIE. Dans sa supplique, elle laisse entendre que tant qu’elle avait les moyens de subvenir à l’éducation de ses deux fils, elle n’avait pas perdu tout espoir. A présent, qu’elle est en très grande difficulté, elle réalise enfin qu’elle est la veuve d’ELISEE avec tout que cela représente pour elle comme difficultés à assumer sa pénible condition.

Selon le Talmud BABA BATHRA 116 a, s’inspirant du cas de DAVID ayant laissé un héritier digne de lui, on peut déduire de son exemple que celui qui laisse un fils digne de lui succéder, ne peut être considéré comme disparu, contrairement au cas de JOAB, dont la Bible dit clairement qu’il était mort car il n’avait pas laissé d’héritier digne de lui succéder.

La veuve du prophète OBADIA craignait qu’en lui enlevant ses fils pour les prendre comme esclaves, ceux-ci seraient éduqués dans l’esprit de ACHAB et YZEVEL, dont ont connaissait les perversions dans le domaine religieux. Dans pareil cas, ces enfants auraient été détournés de l’esprit de la Torah, et on aurait pu considérer que leur père OBADIA était définitivement mort. La mort physique est difficile à supporter, mais il convient davantage encore de prendre en compte la mort de l’esprit, la perte de conscience morale et spirituelle, comme semble le suggérer le texte notre Haphtara.



Alain Goldmann
Grand Rabbin




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