Parasha lekh le’ha 5766

Chabbath 12 novembre 2005 - 10 HECHVANE 5766 - Début : 16 h 57 - Fin : 18 h 02.
publié le mardi 8 novembre 2005
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Lecture de la Torah : Genèse XII, 1 - XVII, fin : L’alliance avec ABRAHAM. Haphtarah : ISAÏE XL, 27 - XLI, 16 : Election d’ISRAËL.

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Commentaires sur la Torah :

« Eloigne-toi de ton pays, de ton lieu natal et de la maison paternelle » (Genèse XII, 1). A propos de ce verset, nous lisons le commentaire suivant dans le Midrach : « Rabbi ITSHAK commence ainsi : « Ecoute ma fille, ouvre les yeux, tends l’oreille : oublie ton peuple et la maison de ton père ! » (Psaumes XLV, 11). A partir de ce texte, on pourrait, selon ce rabbin, utiliser la parabole suivante : Un homme se déplaçant d’un endroit à l’autre, vit une capitale en feu. Il s’écria : « Cette ville n’est-elle pas gouvernée ? » Le gouverneur de la ville apparaissant lui dit : « Je suis la maître de cette ville » Ce dialogue est sans doute celui qu tinrent D.ieu et ABRAHAM lorsque celui-ci fit la découverte du monothéisme auquel se rattachent depuis lors des millions de croyants de toutes origines et de toutes confessions.

Partant de ce Midrach, nos Maîtres considèrent que le verset biblique introduisant notre paracha ne respecte pas l’ordre logique quand un homme quitte son milieu. En effet, on quitte normalement sa maison familiale, ensuite on se sépare des membres de sa famille, l’on quitte la ville et enfin on abandonne son pays natal. Nous savons tous par expérience que cela s’est produit dans toutes nos familles contraintes à l’exil et connaissant le déracinement.

Or, dans notre paracha, c’est l’inverse qui s’est produit. Tout d’abord, ABRAHAM s’est vu donner l’ordre de quitter successivement son pays, son lieu de naissance, sa famille et enfin son foyer familial. On peut expliquer cela par le fait que le but recherché pour ABRAHAM consistait à lui faire quitter son peuple et sa famille pour l’éloigner de leurs habitudes et de leurs usages et les lui faire oublier rapidement. En lui intimant l’ordre suivant : « quitte ton pays » on lui demandait de se détacher de tout ce qui aurait pu le marquer et qui aurait ainsi pu l’entraver dans sa vocation de héraut de D.ieu, par tout le cheminement spirituel qu’il allait ainsi pouvoir entreprendre.

« Je ferai de toi une grande nation (Genèse XII, 2)

« c’est sur ton nom qu’on achèvera la première bénédiction dite « MAGUEN ABRAHAM) de la Amida ( RACHI). Pour quelle raison ? C’est qu’ABRAHAM a ouvert la voie aux passants, à ceux qui acceptaient de se convertir à l’idée du D.ieu Un, et a fait partager sa vertu de bonté et d’amour à tous ses contemporains.

Après lui vint ISAAC qui, tout en poursuivant l’œuvre initiée par son père, ne voulut point quitter la terre de CANAAN. ABRAHAM fut surnommé « la montagne »(cf. Genèse XXII, 2). ISAAC fut surnommé « le champ », (cf. Genèse XXIV, 63), lieu déjà plus restreint pour mener son action, tandis que JACOB fut qualifié de « maison » (cf. Genèse XXXIII, 17). Il établit une maison sainte pour lui-même et pour les membres de sa famille jusqu’à ce qu’il eut le mérite de s’entendre dire que D.ieu était le D.ieu d’ISRAËL. (RACHI sur Genèse XXXIII, 20). Chacun de ces trois patriarches a donc su trouver un chemin particulier dans la manière de servir D.ieu.

« Je le jure que, fût-ce un fil, fût-ce la courroie d’une sandale, je ne prendrai rien de ce qui est à toi ». (Genèse XIV, 23).

Ce passage biblique mentionne la réponse que fit le patriarche ABRAHAM, lorsque le roi MELCHISEDEC voulut le récompenser pour lui avoir permis de triompher de ses ennemis. Dans le Talmud SOTA 17 a, un grand maître, RAVA apporte le commentaire suivant : C’est pour avoir parlé de fil et de courroie, que les descendants du patriarches reçurent deux mitzwoth à accomplir : le fil rappelle le fil des franges - TSITSITH, et la courroie nous renvoie aux lanières des TEFILINES (phylactères).

« tandis qu’une angoisse sombre, profonde, pesait sur lui (ABRAHAM) (Genèse XV, 12).

ABRAHAM, malgré sa foi profonde en D.ieu, éprouvait une grande angoisse, lors de la vision qu’il eût, à l’idée que ses descendants connaîtraient les dures conditions de l’exil, comme l’explique RACI.

Poursuivant cette idée, le célèbre Rabbi MOCHE ‘HAÏM LUZZATTO, dans son ouvrage « MESSILAT YESHARIM - le SENTIER DE RECTITUDE - chapitre 3 », explique notre verset en se fondant sur un passage du Talmud BABA METZIA 83 b citant le verset 19 du Psaume CIV : « Tu amènes les ténèbres, et c’est la nuit. » Il s’agit là, selon le commentaire du Talmud, de l’exil qui ressemble à la nuit. Nous en connaissons le prix très cher payé au cours des générations passées.

En effet, la nuit peut avoir deux conséquences. D’une part, on ne peut rien voir devant soit, à l’exemple de l’exil si longtemps enduré par les descendants d’ABRAHAM et qui, très souvent, ne savaient pas vers quelles terres hospitalières se diriger pour échapper aux dangers qui mes menaçaient. D’autre part, dans la nuit on peut parfois avoir l’impression de percevoir une forme humaine mais en fait très trompeuse. On ne sait si elle est rassurante ou menaçante. Cette seconde perception est peut-être plus dangereuse que la première, car elle donne parfois l’impression que ce qui est en réalité très mauvais pour nous se cache sous un voile d’hypocrisie nous faisant croire que nous sommes protégés, en faisant croire que ce qui en réalité était mauvais pouvait être bon pour nous, ce qui hélas, fut bien souvent loin d’être le cas dans maintes circonstances. L’on comprend dès lors l’angoisse dont pouvait être saisi le patriarche ABRAHAM quand il perçut les dangers que nous, ses lointains descendants, risquerions de courir.

Commentaire de la Haphtara :

« Pourquoi dis-tu, ô JACOB, t’écries-tu, ô ISRAËL, mon droit échappe à mon D.ieu ? Ne le sais-tu donc pas ? Ne l’as-tu pas ouï dire ? Le Seigneur est le D.ieu de l’Eternité, le Créateur des dernières limites du monde..... Il n’est point de bornes à son intelligence. (ISAÏE XL, 27 - 28). MAIMONIDE pose la question de savoir comment concilier deux options, celle liée à la connaissance et celle liée au choix. En effet, si dès l’abord, le Créateur, avant même la création de l’homme, sait que celui-ci sera un JUSTE ou un MECHANT, comment ce dernier pourrait-il ensuite avoir la possibilité de choisir entre le BIEN et le MAL ?

A cette difficile question, MAIMONIDE dans son Code religieux, le YAD HA’HAZAKA, chapitre V, halakha 5, sur les LOIS DE LA REPENTANCE, apporte la réponse suivante : « La connaissance des choses et des hommes qui est celle que possède D.ieu est d’une toute autre nature que celle que maîtrise l’homme. Celui-ci n’a en réalité qu’une connaissance limitée, fragmentaire. Quant à D.ieu, même s’Il sait à l’avance que l’homme va pécher ou sera un JUSTE, Il lui laisse néanmoins la possibilité de choisir sa voie. A cet, égard, il tient à citer le verset du prophète ISAÏE, LV, 9 disant : « Mais autant les cieux sont élevés au-dessus de la terre, autant mes voies sont au-dessus de vos voies, et mes pensées de vos pensées. » Nous aurions là une réponse parmi d’autres, à nos graves interrogations de savoir pour quelle raison le MAL existe-t-il sur terre, pourquoi les MECHANTS semblent-t-ils triompher ?

Par ailleurs, le semble opposer à la clairvoyance de l’ancêtre, l’aveuglement de ses descendants dans la dispersion. La lecture de notre Haphtara nous retrace la puissance et l’immutabilité divine à laquelle aucune force temporelle ne résistera, fut-ce celle du fascisme, ou du communisme, dont notre époque a tant eu souffrir, mais qui, en fin de compte, n’ont pu résister à la volonté des peuples de vivre en démocratie.

Pour ce qui est d’ISRAËL, peuple ou pays, il sera sauvé grâce au mérite d’ABRAHAM. Il avait saisi le sens de l’Amour de D.ieu et le pratiqua dans tous ses actes. Il n’objecta rien lorsque D.ieu lui ordonna de quitter sa terre natale pour se rendre vers une destination inconnue avec, pour flambeau celui de l’amour et de la justice. C’est avec les mêmes égards que D.ieu traitera durant les générations, tous ceux qui suivront l’exemple de fidélité envers D.ieu réalisé par le premier de nos patriarches (RADAK). Aussi, est-ce en mettant en pratique le principe d’ABRAHAM pratiquant la charité et la justice, que nous pourrons accélérer l’avènement de l’ère messianique préparée dès la période nos patriarches. Quand seront balayées l’iniquité et la perversité régnant actuellement dans notre univers, nous pourrons nous réjouir en l’Eternel pour le triomphe de Sa Vérité, dont ABRAHAM fut incontestablement le véritable défenseur.



Alain Goldmann
Grand Rabbin




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