« L’intifada des banlieues... »

BILLET DU 6 NOVEMBRE 2005
publié le dimanche 6 novembre 2005
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Bonjour,

D’un triste fait divers, la mort de deux adolescents par électrocution alors qu’ils fuyaient un contrôle de police à Epinay-sur-Seine en Seine-Saint-Denis, la France connaît depuis une dizaine de jours une montée de violence dans ses banlieues dans un premier temps pour s’étendre à de nombreuses agglomérations depuis. Les voitures brulées se comptent par centaines chaque nuit, les écoles, les bureaux de poste, les postes de police et tout ce qui peut représenter l’état sont pris pour cible par des jeunes qui, aux cris de « Allah Akbar » mènent leur rébellion. Cela a conduit nombre d’éditorialistes à parler de « guérillas palestiniennes » ou « d’intifada » dans des colonnes aussi sérieuses que celles du « Figaro ».

Qu’il y a-t-il de comparable avec une intifada palestinienne ? D’un coté une masse de jeunes souvent galvanisée par un discours sur fond religieux et qui entend marquer son territoire, ce que d’autres ont appelés « les territoires perdus de la République ». Ces jeunes se dressent à coup de cocktails Molotov et de jets de pierre contre ce qui représente l’autorité de l’Etat : la police et les CRS. Ils développent une idéologie victimaire, celle d’une intégration en panne et de laissés pour compte de la société. Une mosquée aurait essuyé les tirs de grenades lacrymogènes « dotation de l’Etat » pour reprendre les mots du Ministre de l’Intérieur. Il n’en faut pas plus, sans rechercher les moindres preuves, pour que ce soulèvement prenne forme et mette en péril l’autorité de l’Etat. Car la République est en danger en ne réussissant pas à affirmer son autorité et finalement en se retirant de ces banlieues. Force est de constater que les zones de non-droits existent.

Car d’un autre coté se trouvent les forces de police dont on craint à chaque instant dans ce climat insurrectionnel la bavure, celle de trop, qui aura raison de l’Etat. Ce qui choque, au-delà des faits, c’est le climat politicien dans lequel se déroulent ces événements. On serait en droit d’attendre de nos dirigeants un peu plus de responsabilité en évitant de régler leurs comptes sur la scène publique. On comprendrait presque les propos du Ministre de la Promotion et de l’égalité qui trouve soudainement une tribune et un sens public à son action. On comprendrait presque aussi l’exaspération du Ministre de l’Intérieur qui qualifie les vandales de « voyous » et de « racailles ». Mais il est évident que ces invectives ne sont pas de nature à pacifier les choses. Le Recteur de la Mosquée de Paris en a appelé hier à des « paroles de paix » afin de ne pas monter les uns contre les autres. Nous ne le savons que trop bien, pour faire la paix il faut certes des paroles mais il faut surtout des actions.

Le Gouvernement est dans cette quadrature du cercle qui consiste à affirmer et montrer son autorité en n’acceptant aucune exception et dans le même temps, c’est ce Gouvernement qui doit traiter des problèmes de fond calmement, ceux de l’intégration et de l’emploi. Le retour au calme est une question d’urgence, les problèmes de fond, par définition, demandent du temps. Si seulement ces événements pouvaient faire prendre conscience à l’opinion publique des difficultés auxquelles Israël fait face dans une intifada autrement plus compliquée que celle des banlieues !

Shavouah tov, bonne semaine à tous et à dimanche prochain.



Gabriel Farhi
Rabbin
AJTM - Alliance pour un Judaïsme Traditionnel et Moderne
Aumônier israélite des hôpitaux de l’AP-HP
Chroniqueur sur Judaïques FM 94.8




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