Parasha haazinou 5766

Chabbath 15 octobre 2005 - 12 Tichri 5766 - Début : 18 h 45 - Fin : 19 h 46
publié le lundi 10 octobre 2005
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Lecture de la Torah : Deutéronome XXXII : Chant d’adieu de MOISE.

HAPHTARA : II SAMUEL XXII : Le Cantique de DAVID ; ou : EZEZCHIEL XVII, 22 - XVIII, 32 : La responsabilité personnelle.


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Commentaire de la Torah :

Nous venons à peine de célébrer la solennité de KIPPOUR, point culminant de l’année religieuse. Durant cette longue journée consacrée au repentir et au jeûne, nous avons demandé à D.ieu et aux hommes de nous accorder leur pardon, après que nous ayons au préalable procédé à un sérieux examen de conscience. Aussi, le texte de notre Sidra n’en prend-il que plus d’importance. En effet, aucun autre passage de la Torah n’est aussi riche en visions claires de l’avenir, aucun autre n’atteint la grandeur se dégageant du dernier discours de MOISE. Il ne s’adresse pas seulement à ISRAEL. Bien plus, il prend à témoin toute la nature, à commencer par les cieux et la terre. Ce genre de témoignage ne manque pas de nous surprendre. Divers commentateurs ont tenu à s’en faire l’écho.

RACHI, pour sa part, fait dire à MOISE que, seuls les éléments de la nature tels que le ciel et la terre, pourraient témoigner de la fidélité ou non d’ISRAEL, au cas où celui-ci nierait avoir reçu la Torah lui indiquant la nature des devoirs qui lui incombent. En effet, la terre et le ciel étant par définition destinés à exister éternellement, constitueraient par conséquent des témoins ne disparaissant jamais. Certes, le rôle de ces témoins comme en général celui de tous les témoins, consiste à la fois à témoigner et à rester passifs. Ce rôle est pourtant redoutable, car du fait même de leur présence permanente dans la nature, ils peuvent sans cesse proclamer la souveraineté de D.ieu. Si ISRAEL, en cas de désobéissance aux lois divines, refuse de reconnaître ses fautes, les éléments de la nature viennent alors le rappeler à l’ordre pour sa conduite insensée.

C’est pourquoi également, MOISE, à la fin de notre texte, tient à nous recommander avec insistance le respect de la Loi. Le destin d’ISRAEL en dépend. Car, « cette Loi n’est pas une parole indifférente, c’est votre existence même. ». (Deutéronome XXXII, 47). Nous avons beau nous interroger sur la raison de certaines prescriptions religieuses, principalement lorsqu’elles semblent nous gêner dans notre vie quotidienne, malgré tout, par définition, nous sommes incapables de juger de l’importance d’une Loi que nos ancêtres ont acceptée et nous ont transmise. Si nous estimons que nos difficultés sont différentes des leurs, rien n’est comparable. C’est davantage au mode de vie actuel toujours plus stressant et harassant, que nous devons imputer le caractère parfois incompatible entre une vie spirituelle et une vie généralement motivée par de pures raisons matérialistes.

Il est impensable de croire que D.ieu, en nous donnant Sa Loi, ait cherché en même temps à nous compliquer l’existence, bien au contraire. Il faut donc nous persuader que cette Loi est , quoique l’on, destinée à notre bonheur. Elle est le fait de Sa bonté. Toutes ses prescriptions ne visent en fait qu’à nous guider dans une vie aussi harmonieuse que possible, pleine de santé physique et morale.

En nous écartant parfois de la route qui nous est tracée, nous risquons de causer notre propre perte. Aussi, notre Sidra prend elle une importance particulière. Elle est précisément lue cette année quelques jours après la grande journée de Kippour. Nous savons qu’en ce jour exceptionnel, nous sommes appelés à nous régénérer, non en nous frappant, mais en essayant de rétablir la vérité, que notre inconduite a pu compromettre. Ce n’est que dans la mesure où nous avons décidé sincèrement d’améliorer notre conduite par l’accomplissement des commandements divins, que nous nous rapprocherons davantage de D.ieu. Nous rendrons ainsi hommage à Sa souveraineté, de même que les cieux et la terre attestent Sa toute-puissance, depuis le moment où ils furent créés et sans jamais varier depuis lors. Restons donc fermes et constants dans nos convictions les plus sacrées.

HAPHTARA :

Nous rappellerons d’abord que la Sidra est composée d’un très beau Cantique contenant une vision de l’Histoire du peuple d’Israël, dans la perspective que celui-ci finira par triompher de tous ses détracteurs, grâce à la Vérité dont il est porteur. Parallèlement, notre Haphtara tirée d’un passage du prophète SAMUEL, se compose également d’un célèbre cantique dont, à quelques changements près, nous trouvons la reproduction au chapitre XVIII du Livre des Psaumes.

Les légères différences de ces deux textes s’expliquent de la manière suivante. Notre texte a été composé par le Roi DAVID au temps de sa jeunesse, quand il était dans une situation difficile à cause du roi SAÜL. En conséquence, DAVID avait décidé de chanter ce Cantique chaque fois qu’il serait sauvé par D.ieu d’un malheur, ainsi qu’il l’exprime en disant : « Quand le Seigneur l’eût sauvé de tous ses ennemis et de la main de SAÜL. » (II SAMUEL XXII, 1). Lorsqu’il fut plus âgé, DAVID composa un recueil de tous les Psaumes à l’usage particulier de chacun, chaque psaume étant consacré à une circonstance particulière. De cette manière on peut comprendre les légères différences existant entre le texte de notre Haphtara et celui que nous trouvons dans le livre des Psaumes.

Les versets 2 et 3 nous permettent de prendre connaissance de la manière par laquelle DAVID nous présente une sorte de rétrospective des trois voies par lesquelles l’amour de D.ieu s’est manifesté à son égard. D.ieu a d’abord écarté de lui tous ce qui pouvait lui nuire, en l’élevant au-dessus de ce qui pouvait le perdre, formant ainsi un roc imprenable. D.ieu a également constitué un bastion l’empêchant d’être atteint, et enfin, D.ieu était aussi le libérateur pour le cas où DAVID aurait pu être réellement en danger.

Verset 7 : « Dans mon angoisse j’invoquai le Seigneur.... Il entendit de Son Temple ma voix et mon cri parvint à Ses oreilles. »

Quiconque se trouve dans une période d’angoisse, et cela peut se produire assez fréquemment et pour des raisons indépendantes de notre volonté, connaît les bienfaits de la prière. C’est aussi ce qu’exprime DAVID dans notre texte. Il paraît assuré de voir exaucées ses prières, mesurant à quel point il a toujours réussi à échapper aux dangers qui le menaçaient. N’est-ce pas cette triste expérience qu’ont connues nos frères lorsqu’ils parvenaient à échapper aux traques et aux rafles durant la triste et sinistre période de la SHOAH ? Dans notre texte biblique, la référence au Temple veut nous rappeler à quel point le poète se sent concerné par les lois divines dont l’application ficèle et constante lui a permis d’obtenir les faveurs divines.

Après avoir montré dans les versets 8 à 16, que D.ieu intervient dans le cours de l’histoire humaine, par des miracles et des manifestations surnaturelles, DAVID revient sur son sort personnel, et dans les verset 17 à 20, il exprime de quelle manière le Seigneur est effectivement intervenu en sa faveur. Toutefois, pour être assuré de la protection divine, selon DAVID, la condition est « d’être irréprochable avec Lui, et de se tenir loin de son péché. » (v. 24). C’est aussi à ce programme à caractère religieux que nous invite le Psalmiste en disant : « Je place le Seigneur devant moi sans relâche, puisqu’il est à ma droite je ne chancelle pas. » (Psaume XVI, 8).

Les différents termes de ce Cantique, retenu pour notre Haphtara, mériteraient une analyse plus approfondie, pour une étude systématique de chaque expression employée. Nous nous limitons simplement à des considérations plus générales nous permettant de constater que DAVID exprime à l’intention de chaque croyant, les sentiments de gratitude que l’on doit éprouver pour tous les bienfaits dont D.ieu ne cesse de combler Ses créatures. Durant ces fêtes de TICHRI, c’est ce sentiment de gratitude et de reconnaissance qui ne cesse de nous envahir en même temps qu’un sentiment légitime d’angoisse et d’inquiétude pour l’avenir.

Aussi, l’expérience de DAVID peut, à bien des titres, être celle de chacun d’entre nous. Sa conclusion peut nous servir également : il nous faut mériter les bénédictions divines par nos actions et non par la seule miséricorde divine.

En cette période de pénitence et de grâce particulière, c’est ce que nous exprimons pour chacun de nos frères et sœurs, afin qu’ils soient définitivement inscrits dans le Livre du Bonheur et de la Paix.



Alain Goldmann
Grand Rabbin




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