Parasha vayelekh 5766

Chabbath 8 octobre 2005 - 5 Tichri 5766 - Début : 18 h 59 — Fin : 20 h 00
publié le jeudi 6 octobre 2005
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Lecture de la Torah : Deutéronome XXXI : Les derniers jours de MOÏSE. Haphtara : OSEE XIV, 2 - 10 (Retour à D.ieu) et JOËL II, 15 - 27 (Le pardon divin). Certaines communautés ajoutent encore MICHEE VII, 18-20.

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Commentaire de la Torah :

La paracha de NITSAVIM que nous avons lue chabbat dernier est en général reliée à celle de VAYELEKH que nous lisons cette semaine. Mais dans le cas où il y a un chabbat qui sépare la solennité de KIPPOUR et la fête de SOUCCOTH, comme c’est le cas cette année, ces deux textes sont lus séparément. Toutefois, ils comportent un thème commun que nous nous permettons de rappeler : celui de l’unité de la communauté à laquelle nous invite MOÏSE lorsqu’il s’adresse à l’ensemble du peuple, avant de prendre congé de lui.

Au début de NITSAVIM, nous lisions en effet : « Vous êtes placés aujourd’hui , vous tous, en présence de l’Eternel, votre D.ieu : vos chefs de tribus, vos anciens, vos préposés, chaque citoyen d’Israël ; vos enfants, vos femmes et l’étranger qui est dans tes camps, depuis le fendeur de bois jusqu’au puiseur d’eau. » (Deutéronome XXIX, 9 - 10). Tous les commentateurs s’accordent à dire qu’il s’agit là d’une invitation à resserrer les rangs et à vivre unis, car nous formons un seul et même peuple, quelles que soient les différences de classes sociales..

C’est cette même idée d’unité que nous retrouvons dans la paracha VAYELEKH. Il s’agissait autrefois, et pendant toute la durée des deux temples de JERUSALEM de réunir l’ensemble du peuple, une fois tous les sept ans, à la fin de l’année de la CHEMITAH (mise en jachère de toutes les terres).Au cours d’une manifestation appelée HAKHEL, le roi devait lire dans le rouleau de la Torah pour appeler chacun à ses devoirs. C’est ce que nous dit le texte suivant : « Convoquez-y le peuple entier, hommes, femmes et enfants, ainsi que l’étranger qui est dans tes murs, afin qu’ils entendent et s’instruisent, et révèrent l’Eternel, votre D.ieu, et s’appliquent à pratiquer toutes les paroles de cette Doctrine, et que leurs enfants qui ne savent pas encore, entendent aussi et qu’ils apprennent à révérer l’Eternel, votre D.ieu » (Deut. XXXI, 12 - 13).

Sur ce passage, RACHI apporte le commentaire suivant : « Les hommes doivent étudier, les femmes doivent écouter et les enfants, en participant à ce grand rassemblement septennal, permettaient à ceux qui les avaient amenés, d’acquérir des mérites et cela s’applique en particulier aux femmes, qui de tous temps, veillent aux études religieuses de leurs enfants. »

Samson Raphaël HIRSCH de son côté, fait remarquer que ce qui est intéressant dans nos versets bibliques, c’est le fait que les parents aient pour obligation d’écouter, pour qu’ils apprennent à appliquer les commandements divins, tandis que les enfants n’étant pas encore en mesure d’apprendre ou de pratiquer les préceptes religieux doivent au-moins s’habituer à craindre D.ieu. La vue de ce grand rassemblement a pour objet d’influencer chacun pour que l’on ressente une plus grande crainte de D.ieu.

Ces rassemblements ont donc un but éducatif et pédagogique destiné à renforcer la Foi religieuse des jeunes générations. Mais de plus, MOÏSE, s’adressant au peuple, l’invite également à la TECHOUVA, la repentance. Déjà dans NITSAVIM, nous en avions une indication par le texte suivant : « Tu reviendras à l’Eternel ton D.ieu, tu obéiras à sa voix en tout ce que te recommande aujourd’hui - toi et tes enfants - de tout ton cœur et de toute ton âme. » (Deut. XXX, 2). Et dans notre paracha de VAYELEKH, il est encore question de TECHOUVA (repentance). En effet, il est écrit : « Vienne alors la multitude de maux et d’angoisses qui doivent l’atteindre, le présent Cantique portera témoignage en face de lui (car la bouche de sa postérité ne l’oubliera point), parce ce que je sais ce qu’aujourd’hui déjà son penchant le porte à faire, avant même que l’aie introduit dans la terre par moi promise !. » (Deut. XXXI, 21).

Or, précédemment, il était demandé à chaque israélite d’écrire un Sefer Torah (verset 19) pour en tirer l’enseignement nécessaire, car la Torah ne doit pas être oubliée par les enfants d’Israël. Même si les générations anciennes ont failli, les plus jeunes seront attirées par la Torah et la rétabliront dans son intégralité, ainsi qu’il est dit : « Lui (le prophète ELIE) ramènera le cœur des pères à leurs enfants, et le cœur des enfants à leurs pères. » (MALACHIE III, 24).

Des textes des deux sections de NITSAVIM et VAYELEKH, à travers les indications relatives à la notion de TECHOUVA que nous venons d’évoquer, nous pouvons surtout comprendre que les grands rassemblements communautaires que nous allons connaître durant les prochains jours et les semaines à venir liées aux solennités de Tichri, nous permettent de comprendre l’importance des enjeux en cours : Unité de la communauté passant inconditionnellement par la TECHOUVA, pour tous nos manquements dans le domaine de la solidarité, de l’union des forces pour lutter contre tous adversités, tant intérieures qu’extérieures.

Dans ces deux domaines, nous avons beaucoup d’efforts à fournir. Il convient de se rendre compte que notre grand rendez-vous annuel avec D.ieu et avec notre conscience sont à prendre au sérieux. Nous avons l’obligation constante de nous remettre en cause pour tenter d’améliorer nos manquements, tant dans le domaine spirituel que matériel, dans nos relations envers D.ieu celles envers nos semblables. C’est là le sens profond de nos fêtes austères de Roch-Hachana et Kippour. Puissent-elles nous inspirer dans nos réflexions et nos prises de décisions pour mériter tous d’être inscrits dans le Livre de la Vie, de la Paix et du Bonheur, pour cette nouvelle année 5766.

Haphtara :

Nous lisons cette semaine un texte magnifique tiré du prophète OSEE relatif à la notion de TECHOUVA dont nous venons déjà de parler. Ce même texte est également lu les après-midis des jours de jeûnes. Il y est essentiellement question de pénitence. Notre prophète en parle avec une intonation et une intensité rarement égalées. Il nous invite à ouvrir nos cœurs, pour permettre à la parole divine d’atteindre ce qu’il y a de meilleur en nous. Nous devons savoir que la condition essentielle de notre rapprochement vers D.ieu, après les fautes commises consciemment ou non tout au long de l’année écoulée, ne peut être que le repentir. Le ton est donné dès le premier verset : « Reviens, ô Israël, au Seigneur ton D.ieu..... car c’est ton iniquité qui t’a fait trébucher. »

Le texte hébreu utilisé mentionne ici la formule suivante : « Chouva Ad - reviens jusqu’à » , et non « Chouva èl - reviens vers » . Cette légère différence signifie que nous devons allons aller jusqu’au bout de nos efforts, sans varier de direction, en restant fermes dans nos décisions.

Selon RACHI citant Rabbi MEIR, il nous faut tenter cet effort de retour vers D.ieu, tant que nous sommes encore dans la proximité de D.ieu dans cette période des dix jours de pénitence où nous invoquons la miséricorde divine pour éviter que ne s’abatte sur nous la rigueur de Sa Justice infaillible.

Au verset trois, nous lisons bien ceci : « Munissez-vous de paroles et revenez vers le Seigneur. » Si nous croyons être si éloignés de D.ieu au point de ne pouvoir réparer nos fautes par des actes, il nous faut au-moins avoir le courage de reconnaître nos fautes en les confessant. C’est à cela que fait allusion ce verset. C’est bien ce que nous faisons en particulier durant les cinq prières composant la liturgie de KIPPOUR. Pour sa part, RADAK tient à préciser malgré tout que nous ne devons pas nous contenter de prononcer des paroles du bout des lèvres. Bien au contraire, elles doivent refléter des sentiments profonds et sincères que D.ieu est seul en meure d’apprécier. Dans un univers d’hypocrisie comme celui où évolue notre société actuelle, nous avons incontestablement beaucoup d’efforts à faire pour tendre vers le vrai et ne pas nous contenter de faux-semblants.

Amour pour D.ieu et réalisation de Sa Torah, vérité envers nos semblables, sont les éléments fondamentaux sur lesquels nous devons nous appuyer, pour mieux nous préparer à l’inéluctable jugement de KIPPOUR.



Alain Goldmann
Grand Rabbin




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