Parasha nitzavim 5765

Chabbath 1er octobre 2005 - 27 Elloul 5765 - debut : de 18 h 19 à 18 h 34- Fin : 20 h 14
publié le jeudi 29 septembre 2005
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Lecture de la Torah : Deutéronome XXIX, 9 - XXX, fin : Dernier appel à l’obéissance à la loi divine. Haphtara : (7ème des consolations) ISAIE LXI, 10 - LXIII, 9 : Le triomphe de SION et son salut.

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Commentaire de la Torah :

« Alors l’Eternel ton D.ieu ramènera les captifs et aura compassion de toi, et il te rassemblera de nouveau d’entre tous les peuples parmi lesquels l’Eternel ton D.ieu t’aura dispersé. » (Deutéronome XXX, 3).

Au moment de prendre congé des enfants d’Israël, après leur avoir montré les conséquences des fautes passées ou à venir, MOISE donne l’assurance qu’un jour viendra où Israël sera à nouveau réuni, malgré sa dispersion aux quatre coins du monde. C’est ce que vient nous confirmer le verset cité en introduction. Il est simple d’en mesurer la portée et l’authenticité. Il suffit de lire nos textes sacrés. Toutes les pages de notre Histoire montrent bien qu’après des périodes souvent très sombres, Israël a pu renaître de ses cendres. Il fut pourtant très fréquemment l’objet de persécutions graves ou de railleries, et sa renaissance sur sa terre a pu faire que certains se sont même demandé comment tous les drames vécus ont pu être possibles.

« Est-il pour moi rien de trop difficile ? » (Jérémie XXXII, 27). Ce texte, destiné à calmer le prophète JEREMIE quant à la possibilité d’habiter JERUSALEM assiégée par les Chaldéens, nous donne la réponse permettant de donner une explication à tous les miracles inscrits dans les pages de l’Histoire d’Israël. Nous savons qu’ABRAHAM, presque centenaire, engendra son fils ISAAC. Après lui, JACOB parvint à vaincre un ange venu le combattre. ISRAEL sortit d’Egypte alors qu’il ployait sous un dur esclavage et qu’il désespérait pouvoir recouvrer un jour la liberté. Jamais on n’avait assisté en Egypte au départ d’anciens esclaves libérés de leur condition. C’est pourtant ce qui s’est produit grâce à la miraculeuse intervention divine. Plus près de nous, nous avons été témoins de la catastrophe de la SHOAH. Elle s’est abattue sur notre peuple, et pourtant, de façon inespérée, nous avons survécu. Bien plus, une grande partie de notre peuple vit désormais libre, sur sa propre terre, celle d’ISRAEL.

Cette rétrospective nous montre à l’évidence qu’à tout moment, il faut jeter un regard sur le passé de notre peuple pour mieux comprendre l’avenir qui en résultera. Comparer le passé comme source d’enseignement pour le futur est surtout destiné à éviter de commettre toujours les mêmes fautes. Tel est, entre autres, le sens d’un passage de notre sidra nous disant : « Vois, j’ai placé devant aujourd’hui la Vie et le Bonheur, la Mort et le Malheur. » (Deutéronome XXX, 15).

Un de nos commentateurs fait remarquer que selon la Tradition Juive, la vie est étroitement liée au Bonheur. C’est ce que ne semblent pas avoir compris, en raison d’une mauvaise lecture de leurs sources spirituelles, ceux qui osent semer la mort pour détruire des vies humaines, comme cela se produit trop souvent de nos jours en ISRAEL mais aussi dans d’autres régions du globe terrestre où le dialogue de paix est combattu par des fanatiques du terrorisme. Nous devons nous y opposer par tous les moyens possibles.

Pour ce qui nous concerne, il s’agit de bien se pénétrer de l’idée selon laquelle faire le bien doit nous permettre de vivre une existence paisible, non seulement pour la possession de bien terrestres, mais aussi, et surtout, pour savoir profiter des valeurs spirituelles. Car, seule une action morale et spirituelle est susceptible de mettre en relief tout ce qu’il y a de positif dans une existence humaine. Par ailleurs, vouloir le mal, c’est incontestablement vouloir favoriser la destruction d’autrui et la nôtre en même temps.

Notre texte nous propose donc de choisir entre le bien et le mal, car telle est la vocation de l’homme. A partir de certaines erreurs du passé, en fonction de notre expérience, nous pouvons choisir de bâtir notre avenir, de manière à le rendre un tant soit peu meilleur. Certes, il faut bien admettre que notre passé laisse toujours en nous des traces profondes, telles que les erreurs dont nous n’avons pas toujours su discerner à temps, avec les conséquences qu’elles risquent d’entraîner. C’est pourquoi, le sens profond de notre sidra consiste à nous proposer un choix de vie, pour tenter d’améliorer le futur grâce à l’expérience du passé.

Comme chacun le sait, notre sidra est lue quelques jours à peine avant ROCH-HACHANA. Cette solennité de notre calendrier hébraïque est donc toute indiquée pour la question soulevée plus haut, celle du choix entre le bien et le mal. Celui-ci est proposé à l’homme pour lui permettre de se renouveler constamment. Et c’est parce qu’il est perfectible, capable de se remettre en question, que le choix lui est proposé à ROCH-HACHANA. L’on comprend ainsi que cette fête n’est jamais semblable à celle que nous avons vécue l’année précédente, en raison de tous les changements ayant pu s’opérer durant l’année écoulée.

Chaque année, nous nous enrichissons donc d’une expérience nouvelle. Nous tentons de provoquer en nous un changement, et le retour de ce rendez-vous annuel avec notre Créateur et notre conscience ne doit pas nous laisser insensibles à notre devenir spirituel. Si cette fête constitue une étape au terme de laquelle nous espérons voir se poursuivre une existence aussi paisible que possible, elle est aussi avant tout, l’occasion d’une comparaison entre ce qui a été fait et ce qui aurait pu être fait. De là apparaît alors la nécessité de se référer au passé sans pour autant désespérer d’un avenir meilleur pour nous, autant que pour la société à laquelle nous appartenons.

HAPHTARA :

Le ton de cette Haphtara trahit l’optimisme dont fait preuve le prophète. Sa vision s’étend très loin. Elle annonce le jour où les mérites d’Israël seront enfin reconnus par l’humanité. Ils seront confirmés par l’éclatante résurrection de Jérusalem : « Alors les nations verront la justice et tous les rois, ta gloire, et l’on t’appellera d’un nom nouveau que prononcera la bouche du Seigneur. » (ISAIE LXII, 2).

ISAIE LXII, 6 : « Sur tes murailles, Jérusalem, je poste des gardes, ni le jour, ni la nuit, jamais ils ne doivent se taire. » RADAK propose plusieurs explications. Les gardes dont il est question symbolisent la Providence divine qui ne cessera jamais de nous accorder ses bienfaits. Une autre interprétation nous est offerte. Elle consiste à dire qu’il s’agit d’Israël qui, exilé, ne manque jamais d’appeler de ses vœux la reconstruction de JERUSALEM, tel que cela ressort de la récitation de la AMIDA des trois prières quotidiennes ou du BIRKAT-HAMAZONE.

Dans un sens plus large, on peut dire que les défenseurs d’Israël sont ceux qui se réclament de l’idéal qu’il prône, à travers les prophètes et les justes, en prêchant en faveur de la justice et de la vérité. (MALBIM). La mention de nos ennemis peut désigner l’ignorance et la négligence des prescriptions du Judaïsme. Comme l’indiquait déjà le prophète à la fin de notre précédente Haphtara, le salut de notre peuple n’interviendra que « lorsque ton peuple ne sera composé que de justes », c’est-à-dire, semble-t-il, quand nous aurons fait l’effort de comprendre et connaître la Torah. Alors, lisons-nous encore, « D.ieu restaurera Jérusalem et l’érigera en gloire au milieu de la terre. » A partir du chapitre LXIII, nous assistons à un dialogue entre D.ieu et le prophète. Nous sommes alors avertis de la manière dont s’exercera la justice divine, lorsque les peuples, par égoïsme et manque d’amour, auront fermé leur cœur à la parole sacrée. « Des peuples, nul n’était avec moi. » (LXIII, 5). En relisant ce passage, on a l’impression de revivre la cruelle solitude dans laquelle nous nous trouvions durant la sombre période de la SHOAH.

Malgré tout, il nous faut quand même savoir que l’homme a pour but de parachever l’œuvre de la Création. Pour cette raison entre autres, D.ieu a mis Sa Loi à notre disposition. Or, quand les hommes refusent de s’associer aux projets du divin Créateur, D.ieu seul peut alors veiller à notre salut. Il exerce la Justice au profit des opprimés que nous sommes, même si nous ne nous en rendons pas toujours compte. Le texte de notre Haphtara vise surtout à nous faire comprendre que nous avons toujours et partout des efforts à faire en premier lieu, avant d’espérer voir le reste de l’humanité assumer à son tour ses responsabilités, notamment dans le domaine de la justice qui doit s’exercer en faveur de tous les êtres humains.



Alain Goldmann
Grand Rabbin




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