Parasha Vayichla’h

Chabbat 23 novembre 2002 — 18 Kislev 5763
publié le mardi 5 août 2003
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Lecture de la Torah : Genèse 32, 4 à 36 fin. JACOB-ISRAËL - mort d’ISAAC.

Haphtara : Obadia : Châtiment d’ESAÜ-EDOM.


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Commentaire de la Torah

Vingt ans après avoir fui la colère de son frère ESAÜ, le patriarche JACOB, retournant au pays de CANAAN, son lieu natal, envoie des messagers, porteurs de cadeaux. Par ce moyen, il souhaite apaiser la rancune que son frère pourrait lui garder pour avoir reçu la bénédiction paternelle qu’il espérait obtenir. Au moment de remettre le présents, les messagers sont chargés de dire au nom de JACOB : « J’ai tardé jusqu’à maintenant, car j’ai séjourné chez LABAN ». C’était leur oncle commun dont nous savons par ce que nous en avions lu la semaine dernière, combien il était rusé. Par la mention faite de cet oncle commun, JACOB veut calmer les ressentiments de ce frère qui lui voue une haine profonde. Il semble vouloir lui dire : « Au fond, tu ne peux m’en vouloir. La bénédiction paternelle ne m’a rapporté grand chose. Tout ce que j’ai acquis, ce n’est pas grâce à LABAN. Bien au contraire, il n’a pas cessé de m’exploiter. Tout ce que je possède n’est que le produit de mon travail, en étant parti de rien. »

En disant à son frère qu’il avait « séjourné » chez LABAN, notre patriarche veut surtout souligner le fait qu’il est resté égal à lui-même, sans rien changer de ses qualités personnelles, faites de désintéressement, et qu’au total, il n’a nullement subi l’influence perverse de LABAN. En effet, faisant un jeu de mots comme le souligne le commentaire de RACHI, en utilisant le terme « GARTI » pour dire « j’ai séjourné », il veut indiquer par là qu’il n’a malgré tout jamais cessé d’observer les 613 mitzwoth, qui se résument par l’expression « TARIYAG », par inversion des lettres hébraïques.

Il voulait ainsi souligner l’importance qu’avaient pour lui, bien avant qu’ils ne fussent promulgués au Sinaï, les commandements de la Torah. C’était pour lui la seule et la véritable richesse et non la possession de biens matériels résultant de la bénédiction paternelle. Lui transmettant ce message, JACOB espérait que son frère admettrait que c’était là une raison suffisante pour effacer le contentieux de leurs jeunes années, avec notamment l’épisode de la bénédiction détournée sur sa tête.

De ce message de JACOB ainsi adressé à son frère, l’on peut tirer d’autres enseignements encore. Il y a lieu tout d’abord lieu de se demander pour quelle raison il a cherché à calmer ESAÜ par l’envoi de cadeaux. Ne pouvait-il craindre au contraire, que l’envoi de ces présents ne ferait que renforcer la haine fraternelle à son encontre ? Pour répondre à ces interrogations, il convient de souligner qu’en fait, JACOB n’avait rien à se reprocher ni à se faire pardonner. Il aurait même pu être en mesure de se défendre face à une attaque, car il disposait d’assez d’hommes à son service pour le protéger. Mais il faut écarter cette hypothèse, car notre texte biblique veut surtout faire ressortir l’aspect miraculeux de la situation dans laquelle se trouvait JACOB.

En disant que malgré les conditions difficiles dans lesquelles il s’était trouvé durant vingt ans, JACOB, face à son frère, veut surtout exprimer sa confiance dans la protection divine. De même qu’il a surmonté les pièges et la ruse de LABAN, de même il ne craint pas l’avenir, car il n’a jamais faibli dans sa confiance en D.ieu, ni dans son intégrité. Il est toujours resté ce ISCH TAM, dont parlait la Torah à sa naissance.

Aussi, devant le caractère dangereux que représente se prochaine rencontre avec ESAÜ, il affirme bien haut et de façon non équivoque, sa confiance totale en D.ieu. Il ne craint pas le combat, mais essaie d’abord la diplomatie, les cadeaux. Il y ajoutera également la prière. Ce sont les trois éléments sur lesquels ne cesse de s’appuyer le peuple juif, face à toutes les difficultés qu’il n’a cessé d’affronter durant toute son existence.

Si finalement JACOB sort victorieux au plan spirituel, c’est parce que son destin est entre les mains de D.ieu, sa survivance en est une preuve constante et flagrante, comme en témoigne de nos jours la résurrection miraculeuse de l’Etat d’Israël et sa survie, malgré tous ceux qui se sont attachés à sa perte. JACOB, comme plus tard tous ses descendants, met sa confiance en D.ieu. Cette leçon vaut la peine d’être méditée, car nous savons que notre attachement à D.ieu et aux valeurs sacrées qu’Il nous a confiées, nous permettront pour toujours de résister aux éventuelles attaques d’ESAÜ, quelles que soient les formes qu’elles pourront prendre.

Commentaire de la Haphtara

Nos Sages voient en ROME, la ROME antique, la personnification d’EDOM, qui désigne généralement ESAÜ et tous ceux qui vivent selon sa façon d’être. Pour en donner une illustration, sachons que ROME n’avait en effet aucun égard pour le droit et l’humanité, ne cessant d’utiliser tous les moyens de la violence et de la ruse. Elle parvenait ainsi à posséder une force rarement égalée. Comme ESAÜ, ennemi implacable de son frère, ainsi ROME fut elle sans pitié pour ISRAËL, alors que JACOB-ISRAËL, est animé d’un sens profond de justice, d’amour du prochain.

C’est donc en examinant les attitudes diamétralement opposées que pratiquaient JACOB et ESAÜ, que l’on comprend mieux le texte du prophète OBADIA, utilisé pour la lecture de notre Haphtara. Sans parler ouvertement d’EDOM, il décrit à grands traits l’histoire de ses descendants, en annonçant la chute de l’empire romain, bien que celui-ci occupera ultérieurement le devant de la scène mondiale, pendant de longs siècles. Sa puissance ne l’empêchera pas de tomber et de sombrer, comme auparavant les Babyloniens, les Perses ou les Grecs, ces dominations qu’eut à subir ISRAËL. Nous voyons bien que l’histoire si elle ne repasse pas les mêmes plats, ne cesse cependant de se répéter, car nous sommes convaincus qu’en vérité c’est D.ieu qui restera en définitive le véritable maître de l’Histoire.

En réfléchissant au thème de notre Haphtara, nous y trouvons donc une source d’espérance dans le devenir du peuple juif. Son existence si souvent menacée, trouvera en fin de compte sa justification aux yeux mêmes de ceux qui l’auront le plus violemment combattu. Ce sera alors le triomphe de D.ieu. ESAÜ, prototype de tous les maux subis par ISRAËL, admettra qu’il a méconnu JACOB dans une longue nuit d’épouvante, jusqu’au jour annoncé par le prophète où « la royauté appartiendra à l’Eternel ».



Alain Goldmann
Grand Rabbin




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