« Kol hakavod Monsieur le Premier ministre... »

BILLET DU 18 SEPTEMBRE 2005
publié le samedi 24 septembre 2005
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Bonjour,

Vous connaissez l’expression anglaise qui définit des sentiments mêlés : « mixed feelings ». Cela se dit de moments où nous ne savons pas s’il faut en rire ou en pleurer, ces moments où nous sommes partagés entre la colère et la satisfaction. C’est bien ce que nous avons vécu cette semaine passée avec consécutivement la profonde émotion ressentie en regardant les images de ces synagogues profanées et détruites dans le Goush Katif et avant-hier le discours d’une rare portée historique du Premier ministre israélien, Ariel Sharon à la tribune des Nations Unies à New York.

Ces synagogues livrées aux mains de jeunes palestiniens animés par une haine vengeresse posant devant leur trophée, dans des cagoules et arborant des drapeaux noirs. Quelle lâcheté et quelle bêtise surtout ! Devrions-nous être animés des mêmes sentiments que ces profanateurs ? Certainement pas ! Notre histoire nous a appris à encaisser les coups, les souffrances et les persécutions, non pas, pour reprendre les mots du Prophète, par la force mais par le triomphe de l’esprit. Ce fut la réponse d’Ariel Sharon au lendemain de ces profanations. D’un coté un président de l’autorité palestinienne qui minimise la portée de ces actes en qualifiant ces synagogues de simples « bâtiments », de l’autre Ariel Sharon qui se positionne en homme de paix affirmant l’impérieuse nécessité d’un Etat palestinien vivant en bon voisinage avec Israël. Quelle force dans les mots et plus encore dans le courage d’un tel discours ! La surprise fut au moins aussi grande dans les rangs de son propre parti du Likoud que chez les Palestiniens. Et pourtant ce n’était pas un effet de manche mais véritablement un changement radical de politique. La paix ne se déclame pas, elle se fait. Et Ariel Sharon le dit haut et fort, la paix sera la consécration de sa carrière de Général de Tsahal et de Premier ministre israélien.

J’ai vu dans ce discours les marques d’une préparation aux fêtes de Tishri. Le mois de Eloul est celui de la préparation au repentir. Certains sont déjà entrés dans cette période de selihot en se levant tôt le matin pour confesser les fautes et en obtenir le pardon. Sharon, lui, a fait mieux encore, si je puis dire, en annonçant clairement son calendrier pour la nouvelle année à venir.

Il aurait très bien pu, comme il l’a fait maintes et maintes fois dans le passé, répondre à la violence par la violence sous le nom de « représailles ». L’opinion publique israélienne, dans sa majorité, l’aurait certainement approuvé. Au contraire, dans le plus grand respect de notre Tradition, à l’instar du Roi Salomon dans Kohélet il a considéré que le temps n’était plus celui de la guerre mais celui de la paix. Quand bien même, des agitateurs illuminés tenteraient de le détourner de la plus noble des causes, Sharon dit avec force qu’Israël ne se laissera pas entraîner dans une spirale qui a été la cause de tant de deuils et de souffrances, de tant de larmes et de sang versés. Je n’ai pas toujours été le plus fervent défenseur d’Ariel Sharon, loin s’en faut mais aujourd’hui, sans excès de lyrisme, j’aimerais dire : « Kol hakavod Monsieur le Premier ministre ».

Shavouah tov, bonne semaine à tous et à dimanche prochain.



Gabriel Farhi
Rabbin
AJTM - Alliance pour un Judaïsme Traditionnel et Moderne
Aumônier israélite des hôpitaux de l’AP-HP
Chroniqueur sur Judaïques FM 94.8




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