« Catastrophe...naturellement ! »

publié le vendredi 16 septembre 2005
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Bonjour,

Chacun est encore sous le choc du terrible ouragan Katrina, qui a dévasté la Nouvelle-Orléans. 5000, 10000, 15000 morts ? Nul ne le sait encore. Les corps gorgés d’eau apparaissent les uns après les autres à la surface. On a tout dit sur ces images qui nous semblent tout droit venues d’un pays du tiers-monde. Cette misère qui s’affiche, cette détresse. On peut parler de catastrophe naturelle, mais dans le même temps des experts disent avoir prévenus, il y a plusieurs, la Maison Blanche des risques encourus par un ouragan en fin d’été dans une région particulièrement exposée. La main de l’homme aurait pu, si ce n’est éviter ce drame, tout au moins en réduire l’impact. Des secours mieux organisés auraient pu sauver de nombreuses vies humaines. On peut certainement accabler Washington pour son désintérêt face à une région qui a, historiquement, toujours était négligée.

On peut également, en étant fataliste, considérer que les hommes ne peuvent rien, ou si peu, face à la nature lorsqu’elle se déchaîne. Je ne parlerai pas ici de réchauffement de la planète, de la couche d’ozone et de tout ce qui fait que la main de l’homme influe sur le cour de la nature. C’est peut être vrai mais l’on a peine à imaginer que ce soit là la raison. Alors il faudrait, si l’on ne peut admettre la fatalité, se tourner vers le judaïsme et considérer que tout, le bon comme le mauvais, vient de Dieu. Cette pensée est exacte mais son interprétation doit être circonspecte. Avec l’ouragan Katrina, il y a deux niveaux de perception. L’un est la catastrophe naturelle en elle-même, et l’autre est le drame humain et l’implication sur toute une population. Dieu aurait t-il donc voulu frapper ces innocents ? A priori j’imagine que peu nombreux sont ceux qui considèrent cet ouragan comme un châtiment divin. Et pourtant, une fois encore, une fois de trop serais-je tenté de dire, force est de constater, à regret, que le Grand rabbin Ovadia Yossef, leader charismatique du parti ultra-orthodoxe israélien du shass, s’est illustré en jugeant bon de donner un sens à cette catastrophe naturelle. Lors d’une leçon, retransmise mardi soir dernier, Ovadia Yossef a déclaré, je le cite dans le texte : « L’ouragan était un châtiment de Dieu ».On se souvient que des propos similaires avaient été tenus par le chef du shass pour parler de la Choa en expliquant qu’elle était un châtiment de Dieu afin de frapper la génération qui s’écartait des voies de la Torah.

Dans le cas présent de l’ouragan, le châtiment est contre le Président américain, je cite : « C’est le châtiment du président Bush pour ce qu’il a fait à Goush Katif ».Ainsi s’il l’on suit ce raisonnement que je laisse à votre appréciation matinale, l’ouragan qui a tué des milliers d’hommes et de femmes a été envoyé par Dieu pour châtier en réalité un homme, le président Bush, pour avoir, j’imagine, influé sur la position du gouvernement israélien de retrait des colonies.

C’est aujourd’hui le 11 septembre, triste anniversaire, qui nous rappelle que les motivations des kamikazes embrigadés par Ben Laden, n’étaient pas bien différentes de celles qui émanent de celui qui devrait être une lumière spirituelle pour le peuple juif. J’entends déjà certains d’entre-vous offusqués que l’on puisse comparer Ovadia Yossef à Ben Laden. Loin de moi cette pensée, je dis seulement que le simple fait de vouloir associer Dieu dans des actes terroristes ou des catastrophes naturelles à des fins meurtrières n’est rien d’autre que du « hiloul hashem », une profanation du nom de Dieu.

Si la nature a horreur du vide, il y a peut-être des fois, où l’on devrait accepter de ne pas remplir ce vide par des paroles inconsidérées.

Shavouah tov, bonne semaine à tous et à dimanche prochain.



Gabriel Farhi
Rabbin
AJTM - Alliance pour un Judaïsme Traditionnel et Moderne
Aumônier israélite des hôpitaux de l’AP-HP
Chroniqueur sur Judaïques FM 94.8




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