Nazareth en Palestine

publié le vendredi 16 septembre 2005
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« T’as pas de grande rallonge électrique ? Parce que là y a juste un problème, ça tient pas », s’époumone dans son Natel un ado blond torse nu. 32 degrés à l’ombre, Festival Paléo de Nyon. Rock, musiques du monde. Une myriade de poubelles, jaunes, blanches et vertes, alignées dans les champs. Les camions Theatrans, lettres jaunes sur fond noir, sont venus de Paris.

Un énorme tracteur tire une tondeuse, traçant en droite ligne des allers retours entre le grand chapiteau et l’immense podium. S’agitent 3 700 « partenaires » - à distinguer du staff selon une subtile hiérarchie de badges. Les ados, pieds nus, bronzés, tatoués, enfumés, arborent ces badges avec ferveur, tandis que les moins jeunes les portent négligemment en sautoir ou comme le chante Barbara, juste à la pointe du sein ; le plus élégant, mais réservé aux huiles, étant encore de le porter autour du cou, mais pendouillant dans le dos, le badge à l’envers préservant un faux anonymat.

Badge en poche - un peu inquiète de la porosité des services de sécurité - je passe sous un superbe échafaudage de bambous de quelque huit mètres de long. Beignets de crevettes et de bananes, crêpes vietnamiennes près des yourtes mongoles. Au Village du Monde, les entrées sont marquées Eingang. Champagne cuvée Festival : 10 francs suisse la coupe. Un mini-champ de tournesols jouxte le pavillon japonais. De hauts parasols blancs se balancent dans un grincement de marina.

Sinon, rien : merguez brochette crêpe tartiflette (géante) sono et spot au quintal.

A la conférence de presse, les responsables demandent « la complicité des médias » dans le cadre de « l’intérêt supérieur du festival », ou bien s’élèvent contre « les besoins d’une consommation mercantile ».

Premier jour de programmation, Ravi Shankar, Lenny Kravitz et le trio Joubran, présenté par le service de presse comme « le trio palestinien Joubran » : « Samir Joubran, issu d’une famille de Nazareth en Palestine »... « suit les cours du centre musical de Nazareth à l’âge de neuf ans »... - dans quel pays, dans quels limbes politiquement correct ? Sur la promo visuelle, présentée avant le spectacle, un globe terrestre, puis un zoom sur le Proche-Orient et, barrant toute la carte à l’emplacement d’Israël et des territoires, un seul mot : Palestine.

L’interview - en hébreu bien sûr - de Samir Joubran se déroule dans la cordialité. Ce jeune surdoué du oud, arabe catholique de Nazareth, n’ayant d’autre passeport qu’israélien, s’est produit souvent en Israël, entre autres avec Sapho, jusqu’à ces dernières années. A la fin du concert de Paleo, donné avec ses deux frères, il devait remercier ses parents, qui vivent à Nazareth avec toute sa famille. S’il a choisi de vivre à Ramallah, c’est aussi qu’il a épousé une américano-palestinienne. Il évoque l’épanouissement du oud, Jamil et Munir Bachir, Elias, le groupe Boustan Abraham et le style musical spécifique palestinien. Lui qui a joué au Larzac devant des milliers de spectateurs, il veut transcender les frontières et explique en riant que si Fouad ben Eliezer est qualifié en Israël d’irakien, lui-même, Samir Joubran, se revendique palestinien de par ses racines et sa culture, musicale entre autres. Il affirme avoir ignoré la distorsion géographique opérée par le festival, ajoutant que sur ses propres disques - et c’est exact - une carte indique les contours d’Israël, de la Cisjordanie et de Gaza. Il conclut qu’il « fait de la musique, pas la guerre ».

Alors, messieurs du festival ? Plus royalistes que le roi ? Nazareth, en Palestine, c’est de la provoc ou pure impéritie du Festival Paleo de Nyon, en... dans quel pays déjà ?

Colette Salem



David Levy
webmaster




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