Parasha Toledoth

Chabbat 9 novembre 2002 — 4 Kislev 5763
publié le mardi 5 août 2003
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Lecture de la Torah : Genèse 25, 19 à 28, 9. JACOB et ESAÜ.

Haphtara : Malachie 1, 1 à 2, 7 : « C’est aux lèvres du prêtre de conserver le savoir et c’est de sa bouche que l’on recherchera la doctrine.


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Commentaire

Nous tentons très souvent de revivre les expériences de nos ancêtres, après avoir étudié leur péripéties. Ce n’est pas uniquement par respect pour leur mémoire, mais également parce que nous constatons qu’à titre individuel, ils sont passés par les mêmes expériences de la vie que nous-mêmes. Il suffit pour cela de prendre conscience des graves enjeux qu’eut à surmonter le peuple juif à travers son histoire, face aux agressions de toutes sortes qu’il eut à subir, pour mieux comprendre ce que constituait déjà dans les temps anciens, la lutte âpre et passionnée qui opposa les deux frères, ayant pourtant des parents communs, et que furent JACOB et ESAÜ, dont nous parle notre paracha. Le premier ne tend qu’à la spiritualité, laissant peu de place à la matérialité. « JACOB, homme innocent, vivait sous la tente » (Genèse 25, 27) tandis qu’ESAÜ, tout entier tourné vers les biens terrestres, « devenu un habile chasseur, un homme des champs (fruste, violent), était animé par une soif de jouissances opposée à ce qu’il y a de plus noble en l’homme, à savoir son aspiration à de hautes valeurs spirituelles et intellectuelles, faites de vérité et de justice. En fonction de cette lutte déjà ancienne, nous pouvons comprendre cette parole de nos Sages : « Maassé avoth simane labanim - Les événements vécus par les parents sont une indication pour leurs enfants. »

A la lumière de ce qui vient d’être rappelé, et en relisant l’épisode relatif à la vente par JACOB à son frère ESAÜ de son droit d’aînesse, nous pouvons mieux en comprendre le sens, dès lors que le premier, sachant quelle valeur morale et spirituelle était attachée à ce privilège, destiné à transmettre le message des ancêtres, fondateurs de la lignée familiale, craignait de le voir entre les mains de quelqu’un de moins méritant, susceptible de le négliger. Le récit biblique nous fait part d’une erreur d’appréciation commise par le patriarche ISAAC, qui ne se rendant pas bien compte des mauvais agissements de son fils ESAÜ voulut lui transmettre la bénédiction ancestrale. REBECCA, la mère de famille, comme souvent bien c’est le cas, étant plus lucide, comprit l’erreur qu’allait commettre son époux, et par une ruse bien féminine, réussit à détourner la bénédiction sur la tête de JACOB, dont elle avait depuis très longtemps perçu les qualités d’intégrité morale qui l’animait.

En fin de compte, de ce passage biblique, qui plus tard, en raison de mauvaises interprétations, a causé bien des difficultés au peuple juif, à cause de la jalousie dont il fut constamment l’objet, nous permet de mieux comprendre la véritable signification de ce droit d’aînesse qu’ESAÜ avait si facilement cédé en échange d’un plat de lentilles. Cette nourriture bien simple et bon marché, ESAÜ a jugé préférable de l’acquérir pour calmer son appétit. Bien au contraire, JACOB, en offrant ce plat en échange d’une bénédiction héritée de ses prédécesseurs, savait qu’il aurait à poursuivre la mission spirituelle d’ABRAHAM. Il ne reculait donc pas devant ses responsabilités, comme doit le faire en toutes circonstances tout juif conscient de ses devoirs.

Il était conscient de la grandeur et de la gravité de sa tâche. S’il y eut au départ une bénédiction usurpée, il faut admettre que JACOB, devenu légalement le fils aîné de ses parents, acceptait de devenir le dépositaire du patrimoine spirituel de ses pères. Cette charge fait encore de nos jours et depuis fort longtemps, l’objet de toutes les convoitises qu’expriment les tenants des autres religions envers le peuple d’ISRAËL, pour lui contester le rôle qu’il a accepté de remplir.

Qu’importe ! Ne nous laissons pas intimider. Par notre foi dans les promesses divines, et conscients que se réaliseront un jour les prophéties bibliques, nous poursuivons humblement notre route, jusqu’au jour où les lointains descendants d’ESAÜ, finiront par taire leurs antagonisme envers ceux de JACOB pour reconnaître sa primauté, se fondant en cela sur le texte de notre Haphtara emprunté à MALACHIE, chapitre 10, verset 10, disant : «  N’avons-nous pas un seul père ? N’est-ce pas un seul D.ieu, qui nous a créés ? »



Alain Goldmann
Grand Rabbin




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