Parasha massaï 5765

Chabbath 6 août 2005 - 1er Av 5765 - Début : 19h50 à 20h05 Fin : 22h12 ROCH ’HODECH AV
publié le mardi 2 août 2005
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Restrictions liées à la destruction du Temple de Jérusalem : durant cette semaine, sauf le Chabbat, interdiction de consommer de la viande ou des produits carnés et de boire du vin. Pour les cas particuliers tels que circoncision, restrictions partiellement levées. En cas de doute,consulter un rabbin.

Lecture de la Torah : Nombres, XXXIII, 1 - fin du livre : les étapes vers la terre promise ; les frontières du pays et son partage ; les villes de refuges. Deuxième rouleau : Nombres XXVIII, 9 - 15 : Roch ‘Hodech. Haphtara : ( 2ème des « châtiments ») : JEREMIE II, 4 - 28 et III, 4 : Sephardim, encore IV, 1 - 2 : Péché et retour.


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Commentaire de la Torah :

Cette seconde paracha généralement lue en même temps que la précédente, en raison de l’année embolismique (treize mois selon le calendrier lunaire que nous utilisons) dont nous avons parlé la semaine dernière, nous relate les dernières étapes des Hébreux durant leur séjour dans le désert. Elles nous offrent des renseignements très intéressants. Il est un épisode méritant de retenir notre attention. C’est celui des filles de TSELOFHAD. Elles viennent d’abord réclamer leurs droits à l’héritage de leur père, en s’adressant à Moïse, du fait que la Torah n’avait rien précisé dans le cas d’une personne disparaissant sans laisser de fils. (Nombres XXVII, 1 - 5).

Or, TSELOFHAD, selon le Midrash, est le personnage dont il était question dans Nombres XV, 32-33, ayant ramassé du bois un jour de chabbat et qui fut mis à mort pour avoir publiquement profané la sainteté du Chabbat. Certes, la faute commise était grave et le châtiment préalablement annoncé largement mérité. Si TSELOFHAD l’a commise, c’est selon le Midrash, pour que le peuple en tire la leçon. Après sa mort, rien n’ayant été clairement défini quant à l’héritage par des filles des biens de leur père, la Torah trouve nécessaire de consacrer un chapitre à cette question posée par MOÏSE à D.ieu (Nombres XXVII, 5).

A la question publiquement posée à MOÏSE par les membres de la famille concernée, la réponse est fournie pour indiquer l’ordre de succession (Nombres XXVII, 6 - 11). Dans le cas évoqué par la paracha de cette semaine, il s’agissait de rappeler de quelle manière préserver le partage des terres d’ISRAËL lorsque les tribus s’installeraient sur cette terre. Quelle serait alors la situation des filles, en l’absence d’héritiers mâles, pour que les parcelles dévolues à chaque tribu et à leurs composantes familiales selon le tirage au sort effectué sous la responsabilité de JOSUE, successeur de MOÏSE, ne soient pas morcelées à l’infini, et puissent rester la propriété de la tribu à laquelle elle aurait été initialement attribuée ? Cette question peut surprendre car elle semble éloignée des jeux d’intérêts dans la société moderne. On voit une de plus à quel point la Torah prend soin des intérêts matériels de chaque personne, pour que nul ne soit lésé.

Aussi, la question de la situation des filles soulevée dans notre texte vaut la peine que l’on s’y arrête. Selon la Torah, il s’agissait en l’occurrence d’éviter une dévolution de propriété d’une tribu à l’autre que pourrait occasionner le mariage des héritières. MOÏSE, en législateur parfait qu’il était, prend cet argument en considération et, pour sauvegarder le principe du caractère inaliénable de la possession tribale, restreint la liberté du choix matrimonial à la tribu de MANASSE, à laquelle appartenait TSELOFHAD, père de cinq filles, dont les noms nous sont fournis par la Torah. Il s’agissait d’une mesure de sagesse dont la Torah voulait nous rendre compte.

L’incident en question nous renseigne mieux que n’importe quelle dissertation sur la position légale de la femme. Cette question est tout à fait d’actualité dans notre société, où la parité hommes-femmes semble encore poser bien des problèmes, aussi bien en France que dans d’autres pays, Pour sa part, la Torah nous apprend dans notre paracha, que la femme, selon la législation hébraïque, n’était pas lésée en matière d’héritage. Elle jouissait d’une liberté totale dans le choix matrimonial. Songeons seulement à ce qui se passait naguère dans les grandes familles de la bourgeoisie française et de nos jours encore, dans les sociétés relevant de traditions primaires ou féodales .

Nous voyons ainsi que le législateur ne se contente pas, en l’occurrence, de statuer sur un cas particulier. Il généralise au contraire la règle et établit à cette occasion pour l’avenir, l’ordre de succession tel qu’il doit être observé. Nos Sages sont d’avis que les filles de TSELOFHAD avaient réalisé mieux que MOÏSE lui-même, le sens du dénombrement où elles figuraient parmi les descendants de la tribu de MANASSE : leur œil vit donc ce que l’œil de MOÏSE n’avait pas vu. Ce chapitre, dira RACHI, aurait dû être écrit par MOÏSE, mais le mérite des filles de TSELOFHAD était tel, qu’il fut écrit en leur nom. Et la réponse fournie par D.ieu est claire : « Les filles de TSELOFHAD ont raison » (Nombres XXVII, 7). Leur demande est donc justifiée. Heureux l’homme dont les paroles rencontrent l’acquiescement du Saint, béni soit-Il. (Psaumes LXXXIV, 13).

Selon ABRAVANEL, en disant que « les filles de TSELOFHAD ont raison », D.ieu fait comprendre à MOÏSE qu’il était superflu de plaider leur cause car leurs droits d’hérédité avaient déjà prévus. Il faut également souligner leur courage civique : elles réclament des droits d’héritages pour la femme à qui d’autres peuples refusaient de telles prérogatives. Nous avons là, une fois de plus, une preuve que la Torah, émanant de D.ieu, est source de réflexion, de bonheur. Elle est toujours en adéquation avec l’actualité. A nous de savoir y trouver les réponses à nos problèmes.

HAPHTARA :

« Voyez si pareille chose est jamais arrivée, si un peuple a changé ses dieux (et encore ces dieux n’en sont pas !) tandis que mon peuple a troqué sa gloire contre des objets sans valeur ! Cieux, soyez stupéfaits de ceci, frissonnez, saisis d’une horreur profonde, dit l’Eternel. » (JEREMIE II, 11-12).

La fidélité des autres peuples à leurs idoles que dénonce le prophète JEREMIE, relevait en fait d’un certain sentiment national. De plus, cette fidélité ne demandait qu’un effort relativement facile. Nous savons que toute religion de type païen ayant été réduite à des pratiques purement extérieures n’ayant rien à voir avec une tradition aussi dépouillée de signes extérieurs que l’est le Judaïsme, ne pouvait imposer à ses fidèles un ordre de vie moral et social. Par contre, s’il est bien pratiqué et surtout bien compris, le Judaïsme présente des rites à observer, tout en nous invitant à ouvrir nos cœurs à l’amour des autres. Pour cela, il nous impose toute une série de prescriptions.

Ce que le prophète JEREMIE, contemporain de la destruction du Temple, veut dénoncer dans notre texte, c’est bien l’attitude des enfants d’ISRAËL qui n’hésitent pas abandonner le D.ieu Unique au profit de l’idolâtrie. Il ne craint pas de leur reprocher la recherche d’un culte pompeux, alors que la tradition juive nous invite au contraire à la recherche de la simplicité, de tout ce qui est sans artifices. Il suffit d’étudier la question pour se rendre compte que dans les cultes païens que dénonçait JEREMIE, rien de particulier n’était exigé des fidèles, aucun effort moral, aucune élévation spirituelle. Nul examen de conscience n’était exigé du fidèle. En conséquence, l’homme se croyait libre alors qu’il s’abandonnait tout simplement à la tyrannie des instincts et à une superstition illimitée. Ce sont les définitions qui pourraient s’appliquer à nos sociétés contemporaines, dans lesquelles semblent parfois se perdre certains enfants du peuple juif.

La lecture de cette Haphtara nous paraît justifiée en cette période des trois semaines de deuil. A l’invitation du prophète JEREMIE, elles nous inspirent l’idée d’un retour le plus près possible vers nos traditions les plus authentiques. Selon RADAK, c’est durant ce mois, que tenant compte des leçons du passé, nous retrouvons la voie de la pénitence grâce aux discours fort mais chargé ‘amour que nous adresse les prophètes d’ISRAËL.

Le dernier verset de notre Haphtara, inspiré des promesses des bénédictions faites à ABRAHAM (Genèse XXII, 1 - 3), nous en rappelle les conditions, à savoir : « si tu jurais par « l’Eternel vivant », en vérité, en droiture et justice..... mais les peuples par lui (ISRAËL) se diraient heureux et par lui se diraient glorieux. (JEREMIE IV, 2). Nous voyons ainsi quelle lourde responsabilité pèse aussi bien sur nous que sur tous les autres peuples.



Alain Goldmann
Grand Rabbin




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