Parasha pinhas 5765

Chabbath 23 juillet 2005 - 16 Tamouz 5765 - Début : entre 20 h 06 et 20 h 21 - FIN : 22 h 35
publié le mercredi 20 juillet 2005
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Lecture de la Torah : Nombres XXV, 10 - XXX, 1 : Alliance de D.ieu avec PINHAS ; 2eme dénombrement ; l’héritage des filles de TSELAF’HAD ; les sacrifices. Haphtara : I rois,1846-19,21 : Elie, en fuite au Horeb,perçoit la voix divine dans le murmure d’une brise légère.

Veille du 17 Tamouz


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Commentaire de la Torah :

« PINHAS, fils d’ELEAZAR, fils d’ARON le pontife, a détourné ma colère de dessus les enfants d’ISRAËL, en se montrant jaloux de ma cause au milieu d’eux, en sorte que je n’ai pas anéanti les enfants d’ISRAËL dans mon indignation. C’est pourquoi, tu annonceras que je lui accorde mon alliance de paix. » (Nombres XXV, 2-3).

Cette alliance de paix que D.ieu assure à PINHAS, est selon la TORAH la juste récompense que celui méritait après avoir publiquement fait acte de bravoure en mettant brutalement fin aux jours de ZIMRI, prince de la tribu de SHIMONE. Celui-ci avait publiquement commis un acte de débauche sexuelle avec une princesse de MIDIANE, selon le conseil donné à BALAK par BILEAM, comme nous l’avions vu dans la paracha de la semaine dernière. Il s’agissait donc d’un acte entraînant un HILLOUL HACHEM, profanation du nom divin, dont nous avions déjà dit précédemment combien cela était grave. C’est donc pour donner un exemple, que notre paracha apporte un témoignage élogieux en faveur de PINHAS, petit-fils du Grand-Prêtre ARON, habituellement connu pour son engagement en faveur de la paix et non pour des actes de violences.

Nous lisons dans la TORAH : « en se montrant jaloux de ma cause au milieu d’eux. » (Nombres XXV, 11). D.ieu considère que dans ce cas particulier, car un meurtre est toujours condamnable, PINHAS a su réagir en conformité avec l’esprit de la TORAH, selon lequel il y a des actes inadmissibles susceptibles d’être réprimés en cas de flagrante violation de ses principes. Un des maîtres du Hassidisme, le Rav PINHAS KORITZER fait remarquer que si PINHAS a pris publiquement position contre un prince d’ISRAËL, il l’a fait au milieu du peuple, à la vue de tous, car dit ce maître, pour défendre le peuple juif, il faut vivre au milieu de lui, le voir vivre dans ses joies et dans ses peines, ne jamais se séparer de la collectivité.

Cette force physique et cet engagement spirituel pour la cause juive, MOÏSE l’exprime parfaitement quand, plus loin dans notre paracha, il demande à D.ieu de pourvoir à sa succession, sachant qu’il n’aurait plus longtemps à guider le peuple d’ISRAËL au moment de son entrée en Terre Sainte. Il déclare en conséquence : « Que l’Eternel, le D.ieu des esprits de toute chair, institue un chef sur cette communauté, qui marche sans cesse à leur tête et qui dirige tous leurs mouvements, afin que cette communauté ne soit pas comme un troupeau sans pasteur. » (Nombres XXVII, 16-17). A travers ce texte, nous prenons connaissance d’une double demande agréée par D.ieu : trouver un guide ayant à la fois le souci de pourvoir aux besoins matériels et spirituels de ceux dont il aurait la charge.

On peut trouver là une allusion à la personnalité du patriarche ABRAHAM. Nous savons combien il avait à cœur d’accueillir des hôtes lesquels étaient en fait des anges. Il leur donna du pain pour prendre en compte leurs besoins matériels tout en ayant le souci des aspirations morales de ses invités. De même, MOÏSE, en exprimant sa demande à D.ieu, tenait à assurer le bien-être matériel et spirituel de son peuple. Il n’a jamais perdu de vue que nous sommes des êtres faits de chair et de sang, ayant nos exigences purement physiques. Ce faisant, MOÏSE nous donne là un enseignement très profond selon lequel le guide, le chef, le maître ne peut ignorer ce dont ont besoin ceux dont il a la charge. Il plaide donc simplement la cause des humains. C’était bien là la grande simplicité et le caractère humain de MOÏSE.

Ceci dit, nous pouvons trouver une relation entre le zèle religieux déployé par ARON et après lui, celui de son petit-fils PINHAS. Tous deux n’ont jamais agi en dehors de la communauté ni contre elle. Leur engagement en faveur de celle-ci était profond, direct, sans ambiguïté, contrairement à bien des tendances que nous pouvons observer de nos jours de la part de certains chefs spirituels ou politiques aussi bien en ISRAËL qu’en diaspora. Ceux-ci ne semblent pas toujours agir dans l’intérêt réel de ceux dont ils ont la charge.

C’est à propos du verset cité précédemment que RACHI fait observer qu’un chef doit toujours marcher en avant, à la tête de ses troupes. Il dit ceci : « Non pas selon l’habitude des rois des autres peuples qui restent dans leurs maisons et envoient leurs armées au combat, mais comme moi je l’ai fait : J’ai combattu contre SI’HON et OG, (Nombres XXI, 34) : « Ne le crains point », et comme l’a fait JOSUE dont il est dit : (JOSUE V, 13) : « JOSUE alla vers lui et lui dit : « Es-tu des nôtres ou de nos ennemis, etc. ? » et ainsi il est dit de DAVID (I SAMUEL XVIII, 16), « parce qu’il sortait et rentrait devant eux. » Il sortait et rentrait à leur tête. (SIFRE). Nous avons d’ailleurs là l’exemple actuel des officiers de l’armée d’ISRAËL marchant toujours à la tête de leurs troupes, et ne se contentant pas d’établir des plans de combats en restant prudemment retranchés dans leurs bureaux.

Cela dénote bien évidemment un véritable sens du commandement, à l’exemple de MOÏSE qui, jusqu’au bout n’a pas délaissé son peuple, marchant à sa tête, comme cela nous est indiqué dans le verset de la TORAH cité plus haut. Quand il est dit d’un chef, qu’il mène ses troupes au combat, son plus grand succès c’est de les ramener sains et saufs. Cette image peut aussi s’appliquer au guide spirituel d’une communauté dont le mérite est de permettre à ses fidèles de progresser dans la voie de la TORAH et de la spiritualité en général.

Ce fut là le grand privilège de PINHAS le héros de notre paracha, tout comme ses maîtres, MOÏSE et ARON, de guider les Hébreux dans la voie de la TORAH, au prix de grandes et graves décisions destinées à forger l’âme du peuple. Celui-ci ne doit pas se laisser égarer sur la voie de la facilité, de la mauvaise conduite et de la dépravation des mœurs. Ce sont là autant de thèmes de réflexion pour la génération actuelle, face aux mêmes problèmes. Ils nécessitent en effet des décisions aussi impératives que celles qui furent prises par les grands personnages de la Bible dont nous venons de parler.



Alain Goldmann
Grand Rabbin




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