Parasha korah 5765

Chabbath 2 juillet 2005 — 25 Sivâne 5765 - Début : de 20 h 17 à 20 h 33 - Fin : 22 h 56
publié le mardi 28 juin 2005
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Lecture de la Torah : Nombres XVI, 1 - XVIII, 32 : Révolte de KORA’H ; le bâton fleurissant ; prérogatives des Prêtres et des Lévites. Haphtara : I Samuel XI, 14 - XII, 22 : Discours d’adieu de Samuel.

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Commentaire de la Torah :

Notre précédent commentaire nous rapportait le récit de la révolte des enfants d’Israël. On peut en être surpris, sachant que les Hébreux avaient bien entendu de la bouche des explorateurs, le récit de leur expédition en Terre Sainte et l’énoncé des difficultés qu’ils y rencontreraient à leur sortie du désert. Leur attitude relève malheureusement du manque de confiance envers D.ieu dont ils firent preuve à ce moment précis de leur histoire. Aussi, cette révolte fut-elle sévèrement punie par la mort des 600.000 hommes, condamnés à errer durant quarante années avant que les plus jeunes puissent enfin entrer en Terre Sainte. Malgré tout, sans tenir compte de cette punition collective, un nouveau mouvement de désordre se manifesta encore. Selon notre Tradition, c’était là l’une des dix tentations par lesquelles ISRAËL voulait importuner D.ieu, comme nous l’enseignent les Pirké Aboth, Chapitre 5, michna 4.

En effet, issu de la même tribu des Lévites que MOÏSE, mais de la branche aînée des fils de LEVI, son cousin KORA’H qui a même donné son nom à notre sidra, était jaloux des honneurs que D.ieu avait accordés à MOÏSE et à son frère AARON, le premier assumant la charge de guide spirituel et de chef politique, connu comme étant le plus grand prophète de tous les temps, tandis qie le second, était porté à la dignité de Grand-Prêtre. En conséquence de cette inimitié et jalousie maladive, KORA’H aurait également voulu sa part d’honneurs. Pour parvenir à ses fins, il entraîna à sa suite tous les mécontents qui, pour une raison ou une autre, avaient des griefs contre MOÏSE, au demeurant injustifiés, comme souvent en pareil cas. Ces factieux, en se rangeant derrière KORA’H agissant en véritable démagogue, ne se rendent absolument pas compte qu’ils ne vont servir que les intérêts personnels de KORA’H, sans en retirer aucun avantage.

Celui-ci a donc à ses côtés deux hommes, DATAN et AVIRAM, de la tribu de RUBEN avec lesquels MOÏSE avait déjà eu maille à partir en Egypte. Ce dernier leur demande de venir justifier leur attitude, mais ils refusent en disant : « Certes, ce n’est pas dans un pays abondant en lait et en miel que tu nous as conduit. Crèveras-tu les yeux à ces hommes ? » (Nombres XVI, 13-14). Selon l’un de nos commentateurs, ces deux hommes auraient cru qu’en les convoquant, MOÏSE désirait acquérir leurs bonnes grâces en leur offrant une compensation.

Nous savons que la suite de cette révolte fut tragique. Ce ne sont pas tant les honneurs convoités par les séditieux, que les paroles de railleries contre MOÏSE et AARON, et par voie de conséquence contre D.ieu, qui causèrent leur perte. Car de toute évidence, c’était contre D.ieu qu’ils se soulevaient, contre sa souveraineté, contre la hiérarchie qu’Il avait instaurée et qui les avait laissés de côtés, ne méritant aucun de ces honneurs auxquels ils aspiraient. Pour mettre l’autorité confiée à MOÏSE en pièces, KORA’H ne cesse de poser des questions dont l’intention était manifestement maléfique.

Selon le Midrash, il osa demander : « Une maison entièrement remplie de rouleaux de la Torah nécessite-t-elle une MEZOUZA à sa porte ? » A la réponse affirmative, KORA’H s’écria : « Comment ? La présence de toute la Torah ne suffit pas alors que par les quelques versets que renferme la MEZOUZA on a accompli cette prescription religieuse ? » Il est évident que KORA’H, en mauvais esprit qu’il est comme on en rencontre chaque jour autour de nous, ne cherchait que la dispute. Par le dénigrement, il voulait ridiculiser le commandement de D.ieu, et ne tentait qu’à peine à voiler sa méchanceté.

A l’extrême opposé d’une telle conduite, celle de MOÏSE nous permet de remarquer son désintéressement. Il se soumet entièrement et de façon confiante à l’autorité de D.ieu. La fonction dont il a été investi n’a pour seul but que la défense des principes les plus sacrés. Si finalement, l’attitude de KORA’H fut sévèrement punie, c’est parce qu’il n’avait nullement en vue la grandeur du Nom Divin. Ses discussions n’avaient aucune base sincère, sérieuse. Nos Sages en tirent l’enseignement suivant, toujours valable pour la vie de nos communautés : « Toute discussion que font naître des motifs impies et intéressés n’aboutit à aucun résultat. » (Pirké Avoth, chapitre 4, michna 11).

Aussi, faut-il savoir que des pensée pures et une action toute entière au service du Créateur peuvent éviter la haine gratuite qui anima si bassement KORA’H. Elle a entraîné sa perte et celle de son groupe. Il ne suffit pas de briguer des honneurs, il faut s’en montrer digne. L’exemple de notre sidra nous le montre clairement, l’essentiel en effet est de savoir défendre une cause juste et sacrée entre toutes : la fraternité et la solidarité qui doivent tendre vers un même désir de perfection des hommes et la recherche absolue de leur bonheur. Ces notions sont autant valables pour la vie politique des nations que pour celle des communautés ou associations. Nous n’avons que trop souvent le lamentable spectacle de discordes dont les motivations nous semblent en général futiles et plus souvent liées à des intérêts personnels. A travers les commentaires relatifs à notre paracha, on peut se rendre compte que la nature humaine garde ses bassesses et ses faiblesses, dont en définitive, sont victimes les simples fidèles ou sujets, et que l’exemple pernicieux de KORAH doit servir à nous ouvrir les yeux.

Les différentes tendances qui se manifestent en ISRAËL ou dans nos communautés ne doivent pas perdre de vue la mission sacrée qui est la leur, celle d’œuvrer pour le bien collectif, qu’il soit de nature religieuse ou politique. Les responsables, à quelque niveau qu’ils se situent, ne peuvent de nos jours, plus que jamais, se permettre le moindre affaiblissement dans les relations humaines et sociales, au risque de courir à l’échec de l’action collective, ce que nul ne veut souhaiter. Toute tension doit rapidement trouver une solution d’apaisement.

HAPHTARA :

A l’époque de MOÏSE comme à celle du prophète SAMUEL, personnage central de notre Haphtara, il y eut des mécontents. Sans raison valable, ils osèrent contester le pouvoir légitimement établi pour chacun de ces deux chefs. A la suite de la contestation dont le prophète SAMUEL fut l’objet, la royauté fut donc instaurée en ISRAËL. Bien que la TORAH eut prévu la possibilité d’une telle forme de gouvernement (Deutéronome XVII, 13-20), les conséquences qui découlèrent du choix du peuple, ne furent pas très positives, en raison de certains effets déplorables que relate la Bible.

En effet, la Torah avait déjà précisé que le Roi devait être un homme fidèlement attaché aux prescriptions religieuses, étant par principe le premier serviteur de cette Loi. Or, pour les contemporains de SAMUEL, la revendication consistait à nommer un roi semblable à celui qui régnait sur les autres nations. Il y avait déjà là une erreur de jugement et une différence idéologique. Malgré tout, SAÜL, le premier roi en ISRAËL, fut choisi, accepté et reconnu par tous. A cette occasion, le prophète SAMUEL invita tout le peuple à la proclamation solennelle de la royauté. Ce faisant, il tenait surtout à bien spécifier que c’est D.ieu qui serait toujours le véritable roi. (I Samuel XII, 12) à qui, aussi bien SAÜL que tous les sujets du royaume devraient toujours rester soumis.

Dans notre texte, là encore, il est curieux de noter le désintéressement et la noblesse avec laquelle SAMUEL, malgré ses réticences initiales, se retire de la direction spirituelle d’ISRAËL. Il a la grandeur de s’effacer devant le nouveau roi. La tradition nous apprend que ce prophète était en réalité un descendant du fameux KORA’H dont nous avions déjà parlé plus haut dans le commentaire de la Torah (I Chroniques VI, 21). Voulant ainsi souligner sa dignité tout à fait exemplaire, au point que le Psalmiste va le placer au même rang que MOÏSE et AARON (Psaume XCIX, 6), notre Haphtara nous apprend que SAMUEL avait utilement compris ce que signifie la notion de « YIRATH CHAMAYIM - la crainte de D.ieu », car il l’avait acquise en mettant toute son existence au service exclusif de son Créateur.

A titre d’exemple, nous pouvons citer deux passages assez significatifs pour illustrer ces propos. Verset 14 : « Si vous craignez le Seigneur et Le servez, si vous Lui obéissez et ne vous révoltez pas contre Ses ordres..... »

Pour ISRAËL, il n’y a pas d’autre voie que celle consistant à suivre D.ieu, à accomplir Ses préceptes. C’est le lien qui nous unit à notre Créateur qui nous permet de réaliser notre destinée. En contre-partie, D.ieu ne saurait manquer de nous favoriser, conformément à la promesse énoncée au verset 22 : « Le Seigneur ne réprouvera pas Son peuple, pour l’honneur de Son grand nom.... »

Verset 20 : « .... Vous avez commis tout ce mal. Seulement, ne vous écartez pas de l’Eternel et servez-Le de tout votre cœur. »

Le prophète entend faire un résumé de la doctrine antimonarchiste. Selon lui, l’instauration de cette forme de gouvernement représente une source d’erreurs, de fautes graves, dont la Bible fait état, lorsqu’on prend soin d’étudier les exemples que nous offre le Livre des Rois. Malgré tout, nous le savons et nous en sommes convaincus. D.ieu ne rejette pas pour autant le peuple qu’Il a élu, à condition que celui-ci, et nous ses descendants, continuions à Lui rester fidèles. Dans le passé, les prophètes ont intercédé en faveur du peuple d’Israël, mais de nos jours il ne reste plus que la possibilité de nous adresser directement à D.ieu au moyen de la prière, de l’étude et surtout du repentir.

La mansuétude divine nous est constamment acquise. Elle explique le rôle bénéfique de la Torah en notre faveur, chaque fois qu’individuellement ou collectivement nous faisons retour à D.ieu, comme l’avait justement demandé SAMUEL. A sa suite, ce sera d’ailleurs toujours la préoccupation des chefs du Judaïsme, soucieux du bonheur de leurs communautés, que de s’inspirer de l’exemple prestigieux, fait de dévouement à la cause de leur peuple, de total désintersement, que nous ont laissé des hommes de la trempe de MOÏSE ou de SAMUEL.



Alain Goldmann
Grand Rabbin




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