Parasha Vayera

Chabbat 26 octobre 2002 - 20 Heshvan 5763
publié le mardi 5 août 2003
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Lecture de la Torah : 18, 1 à 22, fin. Piété d’Abraham.

Haphtara : II Rois 4, 1-37 - Sefardim et quelques autres communautés : 4, 1-23 : le prophète Elisée et la Sunamite.


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Commentaire

A la fin de la section précédente, nous avions appris avec quel courage et une foi absolue dans les promesses de D’ieu, Abraham avait accepté la douloureuse épreuve de la circoncision comme signe de l’alliance avec D’ieu, pour lui et tous ses descendants. C’était la sixième parmi les dix épreuves qu’il eut à surmonter, comme nous l’avions indiqué la semaine dernière. Malgré les souffrances que cela lui causa, alors qu’il était presque centenaire, le début de notre paracha nous montre l’un des traits de caractère essentiel d’Abraham. En effet, voulant sans cesse mettre en pratique la vertu du HESSED, de l’amour qu’il voulait témoigner aux créatures, quelles qu’elles soient, alors qu’il est assis à l’entrée de sa tente, se chauffant au soleil pour faciliter sa guérison, il est attristé de ne voir ce jour-là aucun passant qu’il puisse inviter chez lui. Pour adoucir sa peine, D’ieu lui envoie trois visiteurs. En fait, rappelle RACHI, il s’agit d’anges qui étaient déguisés en êtres humains.

Abraham veut donc absolument les faire rentrer chez lui. Pour ce faire, n’écoutant que son cœur et bien que convalescent, il court à leur rencontre, interrompant même un dialogue qu’il avait à ce moment avec D’ieu. Abraham prie les passants d’entrer chez lui pour se restaurer et se reposer de leur route. (Genèse 18, 4).On imagine ce que cela pouvait représentait dans la fournaise d’un désert d’Asie Mineure. Non content de les accueillir, Abraham va lui-même préparer un repas. Au départ, il informe ses hôtes que ce repas sera frugal, mais en fin de compte, c’est un véritable festin qu’il leur offre. Il met ainsi en pratique, un principe enseigné par nos sages : « Parle peu et fais beaucoup » (Traité des Pères - chapitre 1, michna 15).

Par conséquent, ce que vient illustrer ce passage biblique, c’est la notion de «  Hakhnassat Or’him - l’accueil des invités  ». Il nous semble toujours intéressant d’en rappeler l’importance. Nous vivons dans une société où les relations humaines sont de plus en plus tendues, fragiles, où domine l’individualisme et l’égoïsme. Cette pratique de l’hospitalité fut longtemps l’apanage de nos communautés, où les familles se disputaient toujours les hôtes de passage, que l’on trouvait généralement dans les lieux de prières, le vendredi soir. En mettant cette qualité humaine de l’hospitalité aux étrangers en pratique, on ne faisait que s’inspirer du patriarche Abraham. Les rabbins du Talmud mettent souvent l’accent sur cette qualité d’humanité dont faisait constamment preuve le père des croyants, considérant que nos relations avec nos semblable doivent être mises sur le même plan que nos relations avec D’ieu.

Témoignant de qualités humaines qui pour lui étaient fondamentales, Abraham voulait en même temps enseigner à ses contemporains tous païens, lorsqu’ils le remerciaient de ce qu’il faisait pour eux, que ce qu’il faisait ou donnait, ne lui appartenait pas mais était la totale propriété de D’ieu, père de tous les hommes. Il cherchait ainsi à développer l’idée du monothéisme après en avoir lui-même fait la salutaire expérience. Par son exemple, Abraham a ramené beaucoup d’hommes à cette croyance dont se réclament aujourd’hui des millions d’êtres humains, de différentes confessions religieuses.

Pour illustrer la manière par laquelle il convient de recevoir ses invités en leur témoignant une grande attention, on raconte que le célèbre ’HAFETZ ’HAYIM zal, (Rabbi Israël Méir Hacohen), l’un de nos grands maîtres du siècle dernier, aimait toujours accueillir des gens de passage. Le vendredi soir, se mettant à table dès qu’il revenait de la prière, il tenait absolument à ne pas faire attendre ses invités, souhaitant immédiatement réciter la bénédiction du KIDDOUCH. Quand on lui demandait pour quelle raison il était si pressé de se mettre à table, sans chanter au préalable des Zemiroth, il répondait : « les anges qui nous accompagnent tout au long de la journée du Chabbat peuvent attendre, ils n’ont pas faim, tandis que mes invités sont prioritaires. »

Pour éclairer notre propos, terminons par cette citation du livre de JOB, chapitre 31 , verset 32 disant : « Jamais l’étranger n’a passé la nuit dans la rue, j’ouvrais ma porte au voyageur. » Dans la misère qui domine actuellement dans le monde, alors qu’il y a encore tant de richesses à partager, je crois que l’enseignement que donne l’exemple d’Abraham et que souligne cette dernière citation biblique, mérite que nous fassions taire nos égoïsmes et nos rivalités, pour donner plus de place aux élans de notre coeur, et favoriser ainsi un univers plus chaleureux et plus humain.



Alain Goldmann
Grand Rabbin




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