Parasha Lekh Lekha

Chabbat 19 octobre 2002 - 13 Heshvan 5763
publié le mardi 5 août 2003
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Lecture de la Torah : Genèse 12, 1 à 17, 26. L’Alliance avec Abraham.

Haphtara : Isaïe 40, 27 à 41, 16. Election d’Israël.


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Commentaire

L’Eternel dit à Abraham : « Va t’en, quitte ton pays, ton lieu natal, la maison de ton père, et va vers le pays que je t’indiquerai ». Ce verset biblique marque bien la vocation du patriarche Abraham, dont se réclament tous ceux qui professent le monothéisme biblique. Cet homme est un exemple, un prototype. Pour lui permettre de progresser dans sa quête spirituelle pour suivre la voie qu’il a désiré adopter, il se voit donner par D’ieu l’ordre de rompre radicalement avec ce à quoi un homme est généralement attaché, à savoir, son milieu familial, son lieu de naissance et son pays. Expérience bien souvent vécue par chacun d’entre nous.

Cette rupture avec ses attaches familiales permettra au patriarche de mieux réaliser sa spiritualité en s’écartant de ceux qui ne pouvaient que mal l’influencer dans sa recherche de la proximité avec D’ieu. Pour montrer les qualités exceptionnelles dont fit preuve cet homme, pourtant né dans un milieu païen, et sa force de caractère capable de le faire triompher de toutes les épreuves qu’il eut à surmonter, le texte des Pirké Aboth vient nous rappeler qu’il parvint à sortir victorieux de dix épreuves car il voulait témoigner publiquement de la profondeur de son attachement pour D’ieu. En lui ordonnant de tout quitter, D’ieu voulait par la même occasion faire connaître au monde ce que doit être un véritable croyant tel que le fut Abraham.

Son élection doit être justifiée, pour ne pas donner prise aux critiques de ceux qui pourraient y voir un choix arbitraire. Pourtant D’ieu n’a nul besoin d’être édifié sur le compte de cet homme. Mais Il veut démontrer à la face du monde que Son Elu, Abraham a eu la forte volonté de choisir son destin. Ainsi, pour nous ses descendants, qui, à travers le temps et l’espace, avons connu tant de souffrances pour vouloir rester fidèles à nos convictions religieuses, avons également des choix à opérer. On peut hésiter entre les solutions de facilités ou de difficultés, entre une aisance immédiate ou des privations à venir. Ce fut le cas bien souvent pour ceux qui durent un jour fuir un régime d’oppression pour gagner une terre de liberté, malgré les risques que cela pouvait entraîner, ou encore de nos jours, pour ceux qui hésitent à quitter leurs habitudes et leur existence routinière pour franchir le pas, en s’installant par exemple en Eretz Israël, la terre promise à nos patriarches.

Ce que nous devons surtout retenir de la personnalité si riche et spontanée du premier de nos patriarches, dont la qualité première était le HESSED que nous traduirons ici par bonté, amour ou générosité, c’est qu’il est à peine différent des autres. Il vaque à ses affaires, désire avoir un fils et au besoin, il est même capable de prendre les armes pour délivrer son neveu LOTH et réparer une injustice. Mais rien de ce qui est humain ne lui échappe. Il ne se distingue des autres que par la manière, toute entière pétrie d’humanisme. Ses faits et gestes ne tendent qu’à rendre plus sensible la présence divine dans le monde qu’il veut transformer.

Accepter de rompre avec des habitudes bassement terrestres pour s’engager dans une voie certes plus difficile mais combien plus belle, celle de la Foi en D’ieu, telle est l’œuvre entreprise par Abraham et la mission, que nous ses descendants spirituels, avons courageusement et fidèlement accepté de poursuivre jusqu’au triomphe final de D’ieu, dans l’univers tout entier.



Alain Goldmann
Grand Rabbin




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