Parasha behar 5765

Chabbath 21 mai 2005 - 12 Iyar 5765 - Début : entre 19 h 56 et 20 h 11. FIN : 22 h 28
publié le dimanche 15 mai 2005
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Lecture de la Torah : Lévitique XXV, 1 - XXVI, 2 : Années sabbatiques et jubilaires. Haphtarah : Jérémie XXXII, 6 - 22 ou 27 : Le rachat d’un champ pendant le siège de JERUSALEM.

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Commentaire de la Torah :

Nous sommes à présent dans cette période unique que le calendrier hébraïque connaît sous le nom de la SEFIRAH, autrement dit le « compte ». Il est ainsi fait référence au décompte des jours et des semaines : quarante-neuf jours, soit sept semaines. Ce laps de temps, sépare, comme l’on sait, les fêtes de PESSAH de celles de CHAVOUOTH. Dès le deuxième jour de la Pâque juive, à l’époque du Temple de Jérusalem, les israélites étaient tenus d’apporter au Temple, une mesure dite OMER (valeur égale au volume de 43 œufs et un cinquième, mesure prise en compte pour le prélèvement de la pâte, la ‘Hala et pour les offrandes). Cette mesure d’orge nouveau était la première offrande offerte pour remercier D.ieu de cette première récolte de l’année. Ce nom de OMER, nous le savons, concerne également la période durant laquelle nous comptons les jours séparant des deux premières fêtes de pèlerinage citées plus haut. L’obligation de compter les jours nous permettant de nous préparer à la fête de CHAVOUOTH, celle des semaines, nous a été indiquée dans la paracha précédente, dans Lévitique, XXIII, 15 : « vous compterez chacun, depuis le lendemain de la fête (PESSA’H), depuis le jour où vous aurez offert le OMER du balancement, sept semaines qui doivent être entières. »

La paracha de cette semaine débute elle aussi par une même invitation à compter, non plus les jours, mais les années. Cette ressemblance dans la manière de compter est très frappante. Il est écrit : « Tu compteras chez toi sept années sabbatiques, sept fois sept années, de sorte que la période de ces sept années sabbatiques te fera quarante-neuf ans..... Vous sanctifierez cette cinquantième année en proclamant dans tout le pays la liberté pour tous ceux qui l’habitent. » (Lévitique XXV, 8-10)

Tenant compte de ce que nous venons de rappeler, il conviendrait de poser trois questions : Tout d’abord, quel sens donner à ce parallélisme entre les deux textes nous invitant à compter les jours et les semaines d’une part, les années, d’autre part ? Ensuite, pour quelle raison, les jours séparant PESSA’H de CHAVOUOTH, qui à l’origine, étaient des périodes de joie destinés à se préparer au don de la Loi, ont-ils été transformés en jours de deuil, durant lesquels, comme nous le pratiquons aujourd’hui encore, il nous est interdit de faire couper les cheveux ou se tailler la barbe, et d’organiser des cérémonies de mariages ? Enfin, pour quelle raison, la fête de CHAVOUOTH connue pour être le jour où nous rappelons le don de la Loi au Mont SINAÏ, n’est-elle pas clairement indiquée dans la Torah, avec une date précise dans le calendrier hébraïque, comme c’est précisément le cas pour les fêtes de PESSA’H (15 Nissan) et celle de SOUCCOTH (15 Tichri) ?

La cinquantième année indiquée dans la Bible comme étant l’année du Jubilé, quand le peuple juif vivait en sécurité sur sa terre, signifiait que chaque personne retrouvait sa propriété, sa ferme, tous les esclaves recouvraient leur liberté et toutes les dettes étaient effacées. C’était le présage d’un millénaire nouveau, d’une vision messianique de paix et de sécurité. Notre manière de compter les années sabbatiques pour parvenir aux années jubilaires traduisent notre anticipation optimiste, et l’affirmation de notre espérance d’une société harmonieuse, la Rédemption que D.ieu nous a promise pour être déjà vécue dans la période actuelle.

De la même manière, CHAVOUOTH est la fête des prémices, des premiers fruits, marquant le moment où autrefois, l’agriculteur juif devait apporter et offrir au Temple, les meilleures de ses productions. Cela traduisait une période de bien-être, de tranquillité pour le peuple d’ISRAËL, puisque le Temple était en définitive installé à JERUSALEM. Il a souvent été rappelé que PESSA’H était le commencement de la liberté physique du peuple juif, grâce à la sortie de l’EGYPTE, cet exode devant cependant conduire les Hébreux vers l’abri dangereux, contestable, étranger, que représentait le désert dans lequel ils séjournèrent durant quarante années.

En conséquence, le décompte des jours séparant nos deux fêtes de pèlerinage reflète notre manière d’anticiper la progression nous conduisant d’une Rédemption débutante vers une Rédemption achevée. Toutefois, une telle anticipation, faite d’anxiété, doit être fondée sur une préparation ardente. Les rêves ne peuvent se réaliser que si nous oeuvrons fortement à les concrétiser. La bonne volonté pour préparer correctement et établir les bases nous permettant d’atteindre le but qui nous est assigné, est essentielle. Elle réside simplement dans la différence qu’il y a entre un rêve que l’on fait durant le sommeil et celui que l’on fait quand on est éveillé et actif. C’est là tout l’enjeu de CHAVOUOTH, qui nous invite à sortir du rêve et à mettre en pratique l’enseignement de la TORAH, pour nous permettre de préparer une société dans laquelle règnera la Paix universelle.

Pour bien comprendre cette différence entre les deux formes de rêves dont nous venons de parler, il convient de rappeler la différence existant entre la formule de la bénédiction que nous récitons chaque soir au moment de compter les jours et qui se termine par la formule : LA OMER, et l’expression LAG BAOMER, pour désigner le 33ème jour de cette période triste, rappelant également les 33 jours durant lesquels sont morts les 24.000 élèves du célèbre Rabbi AKIBA. La première expression signifie que nous continuons de compter jusqu’au terme des quarante-neuf jours séparant PESSA’H de CHAVOUOTH, tandis que la seconde, nous indique une étape que nous atteignons, à l’exemple de cette dernière fête, terme de notre attente pour recevoir la TORAH.

Nous savons aussi que deux grandes tragédies se sont produites durant les jours séparant PESSA’H de CHAVOUOTH : la mort de vingt-quatre mille élèves de Rabbi AKIBA au second siècle de l’ère chrétienne dont nous venons de parler plus haut, et la destruction de grandes communautés juives tout au long de la vallée rhénane (MAYENCE - WORMS -SPIRE - au moyen-âge). Selon Rav ‘HAÏ GAON, (Babylonie - 939-1038), les élèves de Rabbi AKIBA seraient morts durant la guerre que mena BAR KOKHBA contre les Romains. Ils combattirent vaillamment pour défendre la terre d’ISRAËL et JERUSALEM, mais leur combat était obéré par la haine gratuite ou plus exactement le manque de respect qu’ils se portaient les uns aux autres, attitude hautement critiquable, et particulièrement soulignée dans le Talmud.

En raison de ses origines Rav Yaacov EMDEN (1696-1776), dans son commentaire sur le Rituel de Prières intitulé « SIDDOUR BETH YAACOV », glorifie le caractère profondément religieux des communautés juives installées durant des siècles tout au long de la vallée du Rhin. Elles ont produit de grands savants dans les premiers siècles du moyen-âge (les Tossafistes, disciples de RACHI par exemple). Mais selon lui, le défaut majeur de ces grands maîtres fut leur apathie pour ce qui concernait l’importance qu’il fallait accorder au pays d’ISRAËL. Or, assez curieusement, ce sont précisément les Croisés en route pour la Terre Sainte pour en chasser les Sarrasins qui ont détruit ces belles communautés dont la disparition a fait l’objet de très belles élégies encore lues dans certaines communautés de rite achkenaze-allemand. .

Quelle leçon tirer de la période religieuse dans laquelle nous sommes actuellement, avec toutes ces réminiscences historiques ? Notre calendrier ne vient-il pas nous fournir un signal ? En effet, il est clair qu’aujourd’hui plus que jamais, nous devons revivre, à l’approche de CHAVOUOTH, les événements qu’ont vécu les Hébreux à leur sortie d’EGYPTE et leurs lointains descendants en Terre d’ISRAËL. Comme autrefois, nous avons le devoir de nous préparer spirituellement au don de la Loi. Comme toujours, celle-ci doit aussi nous inspirer davantage de sentiments fraternels envers nos coreligionnaires, un plus grand attachement pour la Terre d’ISRAËL, en envisageant d’y séjourner le plus souvent possible ou de nous y installer définitivement. Cela fait partie des conditions à remplir pour préparer et hâter l’avènement du MESSIE.

HAPHTARA :

Le texte de la paracha nous rendait attentifs à l’obligation faite autrefois, de laisser la terre en friches, tous les sept ans, et de libérer ceux qui s’étaient vendus comme esclaves. Ils recouvraient leur liberté au moment de la CHEMITAH ou de l’année jubilaire. C’est dans ce sens que l’on peut comprendre le choix de notre Haphtara. Il s’agit d’un texte extrêmement intéressant.

En effet, alors qu’il est encore en prison pour n’avoir pas soutenu le pouvoir royal (on peut à cet égard d’un cas de prisonnier politique), le prophète JEREMIE se voit proposer par son cousin HANAMEL le rachat d’un terrain sur lequel il a priorité. C’est d’ailleurs sur ce principe du rachat des terres que se fonde l’action du Keren Kayemeth Le Israël, plus connu sous les initiales de K.K.L. dont nous connaissons depuis près d’un siècle l’action positive de rachat des terres, de plantations d’arbres et d’irrigation, pour fertiliser à nouveau le pays d’ISRAËL.

C’est dans cet état d’esprit que je recommande vivement la lecture de notre Haphtara qui peut nous intéresser très fortement. Par la formulation de son texte, nous prenons connaissance du contexte. Nous sommes en effet en présence d’une prophétie très forte par laquelle JEREMIE (VII° s. avant l’ère vulgaire) vient nous annoncer que dans un jour très lointain, on recommencera à racheter des terres. En y réfléchissant bien, on est bien là dans l’actualité israélienne quotidienne, où l’on peut assister à une véritable renaissance de la terre, grâce au travail fourni par tous ceux qu’emploie le K.K.L. pour que ce pays d’ISRAËL soit véritablement la terre d’où coule le lait et le miel dont nous parle la Bible.

Par sa prophétie, JEREMIE nous invite à la confiance en nos capacités et dans les promesses énoncées par D.ieu à travers Ses prophètes. Le texte de notre Haphtara se situe peu de temps avant la destruction du premier Temple de Jérusalem. L’acquisition d’un terrain, sur ordre de D.ieu, a donc pour objet de prouver au peuple que malgré la chute imminente de Jérusalem et la déportation qui en résulterait, ISRAËL reviendrait un jour dans ses possessions si chèrement acquises. Pour preuve, nous lisons le texte suivant : « Car, ainsi parle l’Eternel Cebaoth, D.ieu d’Israël : on rachètera encore, dans ce pays, des maisons et des champs et des vignes. » (Jérémie XXXII, 15).

Ce texte comporte même des formules de prières (versets 13 à 15). Notre prophète va jusqu’à exprimer son étonnement devant l’ordre d’achat que lui donne D.ieu, à un moment semblant si peu propice, mais malgré tout, JEREMIE n’est l’objet d’aucun doute. Il se contente de mentionner « ceux qui ne voient pas » (v. 14). Cest donc à eux que s’adressera la réponse divine transmise par JEREMIE : « Certes je suis l’Eternel, D.ieu de toute chair : Y a t-il une chose qui se dérobe à moi ? (v.22). Cela signifie clairement que l’être humain ne comprend pas toujours tout,, alors que par définition, rien n’échappe à D.ieu, car Il a une vue d’ensemble de la marche du monde. D’une certaine manière, cela nous permet de comprendre que le cours de l’histoires universelle Lui est soumis et Lui appartient.

Il nous faut tenter de l’admettre afin de mieux comprendre les événements auxquels nous assistons de nos jours, partout dans le monde, sans que nous en saisissions immédiatement l’importance.



Alain Goldmann
Grand Rabbin




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