Russie - Israël : les sujets de discussion ne manquent pas

publié le mardi 19 avril 2005
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La visite, que le président Poutine doit effectuer en Egypte et en Israël à la fin du mois d’avril, est considérée comme une étape logique dans l’évolution de la politique suivie par Moscou au Proche-Orient.

Nombre de personnalités israéliennes de premier plan se sont déjà rendues à Moscou, dont le Premier ministre Ariel Sharon et le président Moshé Katsav. Les hommes politiques russes qui ont effectué des visites en Israël occupaient des fonctions plus modestes. Vladimir Poutine lui-même y est allé avant de devenir chef de l’Etat. Le temps est venu, maintenant, d’une visite au plus haut niveau.

La visite présidentielle en Israël est une composante de la politique extérieure russe, tout aussi naturelle que les contacts avec les chefs des Etats européens et des Etats-Unis. Plus du quart de la population d’Israël parle russe, est de culture russe et puise ses informations sur la situation dans le monde dans les médias israéliens et russes. C’est de fait le seul pays hors de la CEI, dans lequel Moscou possède de tels leviers. Cela déjà devrait suffire à ce que le président de la Russie effectue une visite dans ce pays.

La Russie est co-parrain du processus de paix au Proche-Orient et l’une des forces influentes dans cette région. Un tel rôle entraîne immanquablement un dialogue sur place avec les leaders régionaux. Dans ce dialogue, la stratégie russe, qui maintient l’équilibre dans les relations avec Israël et avec le monde arabe, n’est pas différente de la stratégie des Occidentaux. Et il semble que le potentiel non réalisé des relations soit nettement plus grand avec Israël qu’avec ses voisins arabes.

Ces derniers mois, les média ont largement fait écho aux contradictions entre la Russie et Israël, nées du dialogue entre Moscou et Damas concernant la modernisation des systèmes syriens de défense anti-aériens, nées aussi du problème des "oligarques émigrés". Il semble que le niveau des discussions sur ces questions soit très loin de justifier que l’on parle de complication des relations entre les deux pays. Les fournitures éventuelles de systèmes russes de défense anti-aériens à la Syrie ne présentent guère de différences avec les livraisons américaines d’armements à l’Arabie saoudite. Mais la Russie n’en écoutera pas moins et ne manquera pas de prendre en compte le point de vue d’Israël à ce sujet. La possibilité d’émigrer en Israël existe pour tous ceux qui tombent sous le coup de la Loi du retour, y compris pour les oligarques, indépendamment de leurs relations avec le pouvoir, quoique, sur cette question, Israël écoutera très certainement et prendra en compte le point de vue de la Russie.

La nécessité de développer les relations russo-israéliennes, qui se situent à un niveau bien inférieur aux possibilités, constitue un facteur bien plus important pour les deux pays. Elles sont largement en retard par rapport à la collaboration entre Israël et les Etats-Unis ou les Etats européens. C’est indubitablement un manque à gagner, aussi bien pour la Russie que pour Israël, d’autant plus que les économies russe et israélienne peuvent coopérer en se complétant l’une l’autre.

La réalisation de projets bilatéraux prometteurs, dans l’énergie, l’informatique et les télécommunications se heurte à la concurrence des Etats-Unis. On en a vu la traduction dans la dénonciation de l’accord prolongeant le gazoduc Blue stream de Turquie jusqu’en Israël, les ratées concernant la présence de l’hélicoptère russo-israélien Erdogan sur le marché turc et l’échec du projet conjoint portant sur la livraison de systèmes avioniques à la Chine.

La participation d’entreprises russes aux privatisations en Israël pourrait avoir un bel avenir mais elle est grandement gênée par les déclarations d’officiers de la police israélienne sur la "mafia russe", que publie périodiquement la presse.

La coopération bilatérale dans le domaine de la lutte antiterroriste n’est pas, elle non plus, parvenue au niveau qui devrait être le sien. Israël et la Russie ont un ennemi commun en la personne du terrorisme islamique. Pour que la sécurité des deux pays soit effective, il faut que la lutte antiterroriste atteigne le niveau des actions conjointes.

La position géopolitique unique de la Russie peut permettre de débloquer la situation entre Israël et l’Iran, empêchant que la confrontation parvienne à un stade irréversible. Cette perspective est réelle et dépend, pour une large part, de la position des dirigeants israéliens.

Dans le cadre de la restructuration et de la modernisation de la recherche et de l’enseignement supérieur russes, il est important d’améliorer la qualité de la coopération russo-israélienne dans ce domaine. Aujourd’hui, les projets communs les plus marquants dans ce secteur concernent l’Institut des pays d’Asie et d’Afrique près l’Université de Moscou et l’Université d’Etat de Saint-Pétersbourg, ainsi que l’Université de Jérusalem et les écoles supérieurs juives de Russie. Le recours à l’expérience israélienne en matière d’innovations, y compris en matière de construction et d’exploitation des techno parcs et des zones industrielles high tech, pourrait aider au développement de la recherche en Russie.

Toutes ces questions en suspens ainsi que les possibilités inexploitées peuvent faire l’objet d’une discussion entre les deux chefs d’Etat, dans un avenir proche si ce n’est directement durant la visite que le président russe s’apprête à effectuer en Israël.

Evgueni Satanovski, président de l’Institut du Proche-Orient







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