Parasha metsora 5765

Chabbath 16 avril 2005 — 7 Nissan 5765 - Début : 19 h 17 - Fin : 21 h 31.
publié le lundi 11 avril 2005
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Lecture de la Torah : Lévitique 14, 1 à 15 fin : Purification du lépreux ; la lèpre des maisons ; impuretés de l’homme et de la femme.

Haphtara : II Rois VII, 3 - 20 : Quatre lépreux à la porte de Samarie.


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Commentaire de la Torah :

Outre les lois de pureté concernant la femme et dont nous avions déjà fait mention dans notre précédent commentaire, notre sidra nous entretient de certaines maladies, telles que différentes sortes de lèpres, qui sont heureusement peu courantes de nos jours. De ce fait, leur réglementation peut nous paraître caduque. Toutefois, en examinant de près ces questions, nos Sages nous font remarquer que si ce genre de maladies ne semble plus se manifester, ou du moins si nous ne les considérons plus comme de réelles maladies, leur cause apparaît encore dans notre comportement actuel. Il convient malgré tout de rappeler que la lèpre est une maladie qui frappe toujours des personnes, notamment dans certains pays d’Afrique. Nous sommes annuellement sollicités pour faire des dons destinés à soigner les personnes qui en sont frappées. Il convient en général de répondre favorablement à toutes les causes humanitaires qui nous sont présentées.

Pour en revenir à la question essentielle soulevée dans notre paracha relative au cas du lépreux, rappelons ici que le Talmud fait un jeu de mots à partir du vocabulaire employé.Le terme "METSORA - lépreux", est lu comme s’il était écrit "MOTSI RA - faire sortir le mal". En effet, à l’époque de la Bible, ces maladies étaient considérées comme relevant de trois sortes de comportements mauvais, méritant châtiment de la part de D.ieu.

Tout d’abord, il y avait la "calomnie". Ainsi, nous devons savoir que le mal causé par celui qui dit du mal de son prochain peut avoir des conséquences fâcheuses. Pour montrer à tous la méchanceté du calomniateur, la maladie que lui infligeait D.ieu était donc destinée à l’obliger durant un certain temps, à vivre à l’extérieur du camp, à l’écart de la communauté et de ses voisins habituels. Par cette sorte de punition, la Torah tenait à montrer combien peut être dangereux pour la société, l’individu qui se prête à la médisance.

On pourrait rapprocher cela de ce que nous connaissons de nos jours à propos de la désinformation, de la volonté de nuire soit aux juifs individuellement, soit à l’Etat d’Israël, par des propos volontairement déformés ou pervers. Mais cela est également valable pour toutes sortes de propos diffamatoires pouvant discréditer une personne ou un groupe. Rappelons ici combien nos Maîtres ont tenu à nous mettre en garde contre le LACHONE HARA. Ils disent en effet, que c’est bien la calomnie et la haine gratuite qui furent la cause de la destruction du second Temple. Même une quelconque forme de propagande ou de publicité mensongère pourrait à la limite s’apparenter à une forme de calomnie que veulent dénoncer nos Sages. Aussi, en nous référant à l’époque biblique qui pourrait servir de de référence, il faut savoir que le coupable, en étant mis à l’écart, devait méditer sur les mauvais effets de sa conduite. Il était donc contraint par son état d’impureté à se remettre en question pour parvenir à un repentir complet.

La seconde cause de lèpre pouvait être la conséquence de l’orgueil dont avait fait preuve un individu. Là encore, pareille attitude pouvait gêner l’entourage de celui qui se laissait aller à un tel excès. C’est notamment ce que dénonce le psalmiste en disant : "Des yeux hautains et un coeur enflé d’orgueil, je ne puis le supporter." (Psaumes CI, 5). Après l’éloignement dont faisait l’objet celui qui avait commis ce genre de faute, il fallait apporter en expiation deux pigeons, une branche de cèdre et de l’hysope. Le cèdre, par sa hauteur, symbolisait l’orgueil. Si l’homme s’était enorgueilli et dressé droit comme un cèdre, il devait se repentir et se sentir aussi petit que l’hysope. Ce devrait être le cas, de nos jours, pour tous ceux qui se croient à l’abri de toute forme de déracinement, du fait de leur fortune ou de leur situation privilégiée.

Enfin, une dernière cause de lèpre pouvait être provoquée par la convoitise contre laquelle le Décalogue nous avait déjà mis en garde. Pour avoir manifesté un tel défaut, le coupable se voyait parfois contraint de démolir sa maison, frappée de décoloration, perdant ainsi une partie de sa fortune tout en étant signalé à l’attention des autres. Nous avons déjà dit plus haut que ces maladies ne semblent plus être actuelles. Et pourtant cela devrait nous donner à réfléchir.

Car, les trois défauts que nous venons d’énumérer, la médisance, l’orgueil et la convoitise, restent des péchés ou des fautes qui nous guettent à chaque instant et que nous cessons de commettre. Nous devons donc lutter contre nous-mêmes, pour ne pas nous laisser dominer par ce genre de travers. Ils constituent une entrave à l’harmonie qui doit régner dans une société. En ces jours qui nous préparent à l’accueil de la fête de PESSA’H, où nous devons supprimer toute trace de levain dans nos maisons, il n’est pas inutile d’insister encore et toujours sur la nécessité de faire place nette dans nos cœurs et dans nos esprits à la rigueur morale et à la transparence dans tout ce que nous faisons.

Rappelons-nous toujours, que la vie d’un juif doit être marquée par une volonté de perfectionnement, et que toute notre Loi n’a que ce seul but : nous faire prendre conscience de nos défauts et nous inciter à les surmonter.

HAPHTARA :

Nous trouvons dans notre texte un rapport très étroit avec les cas de lèpre dont nous parlait déjà la Torah. Nous croyons donc intéressant et utile de rapporter ici un texte de MAIMONIDE. Bien des poins de son commentaire pourraient encore servir de base de réflexion à l’homme moderne, tout autant coupable des fautes que dénonce notre penseur juif.

En effet, se fondant sur les explications traditionnelles, MAIMONIDE déclare ceci : « La lèpre était un signe miraculeux qui devait mettre en garde ISRAËL contre la médisance et la calomnie. Aussi, l’homme désireux de suivre le droit chemin doit-il se garder de fréquenter les méchants et les sots. Dans les groupes où se trouvent réunis les railleurs et les méchants, on commence généralement en effet, par de vains propos, ainsi qu’il est : « La voix du sot se reconnaît à l’abondance de ses paroles ». (Ecclésiaste V, 2).

On en vient, chemin faisant, à médire des justes, ainsi qu’il est dit : « Qu’elles deviennent muettes, les lèvres menteuses qui parlent avec insolence contre le juste. (Psaume XXXI, 19). On s’habitue de ce fait, à s’en prendre aux prophètes et à parler impudiquement de leur message, ainsi qu’il est dit : « Ils se moquèrent des envoyés de D.ieu....., ils méprisèrent Ses paroles et ils tournèrent en dérision Ses prophètes » (II Chroniques XXXVI, 16). Tel est le train ordinaire des méchants.

« Par contre les propos des hommes de mérite, en ISRAËL, ne portent que sur la Torah et la sagesse. Ainsi, le Saint Béni soit-Il, les soutient-Il et inscrit-Il leurs mérites à leur actif, ainsi qu’il est dit : « Alors ceux qui craignent l’Eternel s’exhortèrent l’un l’autre. L’Eternel écouta et entendit et un livre du souvenir fut écrit devant Lui pour ceux qui craignent l’Eternel et qui respectent Son Nom » (MALACHIE III, 16).

Leçon d’un grand maître qu’il convient de méditer sans cesse, tant ce qu’il nous dit convient à dénoncer les défauts de notre société, toute entière conditionnée par le mensonge, l’hypocrisie, pour mettre en cause ceux qui ne peuvent supporter de pareilles attitudes non-conformes à l’esprit et à la lettre de la Torah.



Alain Goldmann
Grand Rabbin




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