Parasha Chémini 5765

Chabbath 2 avril 2005 - 22 Adar II 5765 - Début : entre 19 h 02 et 19 h 17 - Sortie : 21 h 09
publié le dimanche 27 mars 2005
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Lecture de la Torah : Lévitique IX, 1 - XI, fin : Entrée en fonction des prêtres, animaux purs et impurs. Deuxième rouleau : Nombres XIX : La vache rousse. Haphtara : Ezéchiel XXXVI, 16 - 36 (ou 38) : Le cœur nouveau

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Commentaire de la Torah :

« L’Eternel parla ainsi à ARON : « Tu ne boiras ni vin ni liqueur forte, toi, non plus que tes fils, quand vous aurez à entrer dans la Tente d’Assignation, afin que vous ne mourriez pas : règle perpétuelle pour vos générations ; et afin de pouvoir distinguer entre le sacré et le profane, entre l’impur et ce qui est pur, et instruire les enfants d’ISRAEL dans toutes les lois que l’Eternel leur a fait transmettre par MOÏSE. » (Lévitique X, 8 à 11).

Par ce texte, nous constatons que D.ieu adresse la parole à ARON sans l’intermédiaire de MOÏSE et sans même l’y associer, ce qui est unique et tout à fait exceptionnel. Selon IBN EZRA, ce serait là la preuve du don prophétique d’ARON. En outre, D.ieu lui parle en une période de deuil où, d’habitude, une personne affligée est privée d’inspiration (voir MAIMONIDE - Guide des Egarés II).

Rappelons ici que le deuil qui venait de frapper ARON en la personne de deux de ses fils, NADAB et ABIHOU, tragiquement disparus lors de l’inauguration du Tabernacle, serait lié au fait qu’ils auraient été ivres dans ce moment de grande joie collective que constituait l’inauguration du Tabernacle, selon une opinion de nos Rabbins. Nos Maîtres nous fournissent d’autres raisons encore quant à cette disparition brutale de ces deux fils d’ARON.

Mais, pour nous en tenir à l’opinion selon laquelle ils se seraient enivrés dans ce grand moment d’enthousiasme, on peut se demander si les lois de sobriété recommandées par le texte cité en introduction, sont imposées aux prêtres en vertu de leurs fonctions sacerdotales ou éducatives, les deux, faisant partie de leurs missions de Cohanim ?

KELI YAKAR trouve dans ce passage adressé à ARON une preuve de son grand mérite personnel, tel qu’il est exprimé au verset 3 : « Et ARON garda le silence. » Cela signifie qu’il ne se laissa pas gagner par la tristesse, malgré l’épreuve affective qu’il venait de subir. Bien au contraire, il sut garder son sang-froid, surmontant sa peine, pour communier avec l’Eternel dans la sérénité qu’exigeait le grand moment, tant attendu de cette inauguration du Tabernacle. On peut alors comprendre qu’en raison d’une attitude aussi digne, malgré le malheur qui venait de le frapper, ARON avait mérité l’inspiration divine, lui permettant de recevoir le message particulier qui lui était adressé. Par son comportement exemplaire, ARON pouvait témoigner mieux que jamais et mieux que quiconque, combien il était digne de la prêtrise. En effet, celle-ci exige, plus que toute autre fonction, des qualités d’abnégation et de renoncement hors du commun.

A cet égard, nous avons personnellement le souvenir de nombreux chefs spirituels, qui, durant la sinistre période de la SHOAH, n’hésitèrent pas, au péril de leur vie, ainsi que bon nombre de nos coreligionnaires, à tout mettre en œuvre pour tenter de sauver des vies humaines, en les cachant, pour les soustraire à l’ennemi. Nous connaissons également beaucoup de fidèles, qui malgré un deuil cruel, sont parvenus à surmonter leur douleur pour continuer leur action au service de l’humanité.

Ainsi, le prêtre ne s’appartient pas, pas plus que le rabbin ou une autre personne acceptant d’assumer des fonctions publiques. Comme nous l’avons déjà indiqué, le prêtre a pour mission de se consacrer à ses fonctions sacerdotales et éducatives exclusivement. Les une complétant les autres, elles ne forment en réalité qu’un tout. Il accomplit sa double mission en tant que délégué du peuple qu’il est chargé d’instruire en tant que messager divin. Cela explique par conséquent qu’il est tenu à un genre de vie plus austère et plus strict sans recherche d’un quelconque intérêt ou avantage matériel ou moral.

RACHI dira à propos du verset « et instruire les enfants d’ISRAËL dans toutes les lois..... » (Lévitique X, 11), que cela nous enseigne qu’un homme qui s’enivre n’a pas le droit d’enseigner. La Torah va très loin dans cet enseignement, puisqu’elle laisse entendre qu’un maître en état d’ébriété est également passible de la peine capitale, car il est spécifié : « toi et tes fils....afin que vous ne mouriez pas... (Lévitique X, 9). Ceci vient nous apprendre que seuls les prêtres, lors de leur service, sont passibles de la peine de mort, en cas d’enivrement, mais non les savants lorsqu’ils dispensent leur enseignement. De là vient l’usage que la bénédiction sacerdotale ne peut être prononcée lors de la prière de l’après-midi, celle de MIN’HA, à l’exception des jours de jeûnes comme KIPPOUR ou d’autres, sachant que les prêtres alors à jeûne. Ceci ne se fait d’ailleurs que dans les synagogues en ISRAËL ou dans certaines communautés de la Diaspora.

En ce qui concerne les savants ou les maîtres, s’ils ne sont pas menacés de peine de mort lorsqu’ils sont en état d’ébriété, ils ne doivent pas se laisser aller à la dégradation de leur comportement moral et physique, ni à tenir des propos incohérents indignes de l’image qu’ils doivent offrir à leurs élèves. En règle générale, il faut éviter de donner de soi une image de débauche, de légèreté. Profitons de cela pour souligner ici les méfaits de l’alcoolisme en général. Il est l’un des fléaux de notre société, en raison de la violence qu’il peut susciter, des maladies qu’il entraîne et des malheurs qu’il peut provoquer, ne serait-ce que par l’augmentation des accidents de la route dont il est en majeure partie le responsable principal.

Pour en revenir à notre biblique, Rabbi YEHOUDA nous enseigne : « Nous inférons de ce passage (de l’interdiction des boissons fortes, que NADAB et ABIHOU s’étaient enivrés, puisque D.ieu a jugé nécessaire de donner ce commandement immédiatement après leur mort. » (ZOHAR sur CHEMINI).

Ainsi, la sobriété indispensable au service divin, est-elle aussi nécessaire à celui qui a pour mission d’enseigner la loi divine et de distinguer le pur de l’impur. C’est donc ARON qui a été chargé de faire connaître les animaux dont les enfants d’ISRAËL pouvaient consommer la chair « parce que c’est le prêtre qui a toujours pour mission de distinguer entre ce qui est pur et ce qui est impur. » (ZOHAR) C’est donc ce personnage important de notre tradition religieuse qui en premier lieu, doit préserver son peuple des impuretés dont les détails nous seront rappelés au cours de nos prochaines lectures hebdomadaires.

Grâce au prêtre, le COHEN, et de nos jours à moindre degré, grâce aux rabbins nos maîtres, le peuple doit être guidé de manière à atteindre son but essentiel, à savoir, devenir saint, à l’image de son Créateur, comme il est écrit : « Soyez saints, car je suis saint, moi l’Eternel ». (Lévitique XIX, 2)

Dans un monde qui ne semble plus comprendre ces notions de pureté, d’impureté, de sobriété, de pondération, l’enseignement de notre paracha revêt une très grand importance, pour nous rappeler combien sont importantes les recommandations de la TORAH, trop souvent banalisées, malgré la très grande valeur morale et spirituelle qu’elle représente.

HAPHTARA :

Dans cette période de préparation spirituelle à la fête de PESSA’H, nos Sages ont instauré pour le Chabbat précédant la néoménie (ROCH-HODECH) du mois de NISSANE, la lecture d’un passage de la Torah tiré du chapitre XIX du Livre des Nombres (BEMIDBAR). Comme nous devons préparer nos maisons pour la fête anniversaire de la sortie d’Egypte, et purifier nos cœurs pour vivre ce grand événement, il nous est rappelé qu’autrefois, durant le séjour des Hébreux dans le désert, un rituel devait être observé pour la purification de toute personne ayant été en contact avec une source d’impureté, un mort par exemple. Les règles de purification étaient également appliquées pour les femmes ayant accouché.

C’est donc en rapport avec cette notion de purification que nous lisons comme Haphtara une texte du Prophète EZECHIEL. Son enseignement vise à nous montrer que même dans les conditions d’existence les plus difficiles, il est possible à l’homme de s’élever spirituellement. Cette possibilité nous encore offerte de nos jours par l’intermédiaire de la célébration de PESSA’H, nous rappelant, au-delà des événements liés à l’esclavage et à la sortie d’Egypte, que le peuple juif a enduré beaucoup de souffrances à travers toute notre Histoire. Elles nous ont malgré tout renforcé dans notre Foi en D.ieu.

Le Prophète vient aussi nous enseigner que c’est au milieu des nations dont il est censé être le prêtre, qu’ISRAËL a parfois trahi sa mission sacerdotale en ne respectant pas les engagements pris autrefois au pie du Mont Sinaï. Il en est malheureusement résulté un véritable déshonneur pour D.ieu, ce que nous appelons généralement une profanation du Nom Divin (‘HILLOUL HACHEM). C’est en effet que remarque EZECHIEL lorsqu’il prête aux autres nations des propos désobligeants à propos du Peuple Elu : « Ces gens sont le peuple de l’Eternel et c’est de son pays qu’ils sont sortis » (verset 20), comme pour rappeler que l’exil où nous vivons depuis si longtemps, est malgré tout lié aux transgressions commises lorsqu’ISRAËL se trouvait sur sa terre.

Toutefois, bien qu’étant jugé pour ses déviations, ISRAËL restera toujours l’objet de la compassion divine. EZECHIEL nous en a donne l’assurance. Lui qui vivait en Babylonie, annonça notamment le retour d’ISRAËL sur la terre ancestrale, ce qui pas manqué de se produire à notre époque, avec la proclamation de l’indépendance de l’Etat d’ISRAËL le 5 Iyar 5708, soit le 14 mai 1948.

Le Prophète invite également ses contemporains à faire un retour sincère vers D.ieu. Point n’est besoin pour cela d’attendre la période des fêtes de Tichri. C’est donc à la condition qu’ISRAËL accepte de s’amender, que D.ieu retrouvera sa considération aux yeux des nations (verset 36). Pour y parvenir, il faudra opérer un réel changement de comportement, de mentalité, de caractère, non influencé par la vie en Diaspora, mais par le désir certain de mieux servir D.ieu, en particulier sur la Terre Sainte. C’est dans ce sens qu’il convient de comprendre notre texte précisant ceci : « Je vous donnerai un cœur nouveau et je vous inspirerai un esprit nouveau ; j’enlèverai le cœur de pierre de votre sein, et je vous donnerai un cœur de chair » (verset 26).

Ce dernier passage semble garder une actualisation toute moderne, car dans notre société où ne comptent que la compétition et les profits, tant dans le monde industriel et commercial que même dans les milieux sportifs, ce texte sonne étrangement à nos oreilles. Il nous rappelle une fois de plus la véritable dimension humaine au moment où nous nous apprêtons à célébrer PESSA’H en invitant chacun d’entre nous à éprouver plus de compassion et plus de respect envers ses semblables.

Comme EZECHIEL utilise souvent l’expression « Fils de l’homme », nous trouvons là une invitation à rester HOMME ce qui signifie que nous acceptons de prendre part à l’œuvre de D.ieu pour laquelle il nous a créés, à savoir travailler à promouvoir une société meilleure dans laquelle la parole de D.ieu sera enfin admise et comprise dans son universalité.



Alain Goldmann
Grand Rabbin




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