Parasha tsav-hagadol 5765

Chabbath 26 mars 2005 - 15 Adar II 5765 - Début : 18 h 53 - Fin : 19 h 58 -
publié le lundi 21 mars 2005
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Lecture de la Torah : Lévitique VI, 1 - VIII, fin : Suite des préceptes sur les sacrifices. Investiture des prêtres. Haphtara : JEREMIE VII, 21 - VIII, 3 et IX, 22 - 23 : Le culte n’a pas de valeur dans la vie sans véritable fidélité à D.ieu.

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Commentaire de la Torah :

« Un feu continuel sera entretenu sur l’autel, il ne devra point s’éteindre. » (Lévitique VI, 6).

Le feu qui brûlait sur l’autel recueillant l’offrande des sacrifices, devait être entretenu régulièrement. Il ne devait jamais s’éteindre, même pas le chabbat, de même que pendant les déplacements des Hébreux, tout au long de leur séjour des quarante années passées dans le désert. Aussi, pendant les déplacements, on couvrait les braises d’une sorte de garde-feu, ainsi qu’il est écrit : « Ils ôteront les cendres de l’autel, et ils étendront sur l’autel un drap de pourpre... (Nombres IV 13).

Ce feu permanent évoque aussi la flamme toujours dévorante du SINAÏ (Exode XXIV, 17) ou le buisson ardent où commença la mission de MOÏSE (Exode III, 2). Quant aux prêtres, ils avaient pour mission de l’entretenir et de ne pas s’en remettre au miracle divin.

L’auteur du SEFER HA’HINOUKH précise que sans attendre spécialement le feu sacré provenant du ciel, il est ordonné aux prêtres d’entretenir le feu profane. Ce rituel en lui-même revêt une importance particulière. Il apparaît ainsi comme indépendant des préceptes relatifs aux sacrifices, autrement dit, même de nos jours où le Temple et ses rites n’existent plus, cette notion de feu sacré reste toujours d’actualité.

L’allumage a pour but, selon ce même auteur, de cacher le côté miraculeux que représente le feu céleste. D’autre part, l’homme est récompensé en fonction de la sollicitude qu’il apporte à l’accomplissement de l’ordre divin, sans qu’il puisse se permettre d’enlever ou d’y ajouter quoi que ce soit. Selon l’enseignement de nos sages, l’exactitude minutieuse dans la réalisation des MITZWOTH est destiné à former l’être et lui permettre d’atteindre son équilibre.

IBN EZRA voit dans le verset cité un ordre d’entretenir le feu durant le jour, car la première fois il a été dit : « Ordonne à AARON et à ses fils ce qui suit : Ceci est la règle de l’holocauste. C’est le sacrifice qui se consume sur le brasier de l’autel, toute la nuit jusqu’au matin ; le feu de l’autel y doit brûler de même. » (Lévitique VI, 2). Ceci implique donc l’entretien permanent du brasier durant la nuit, et explique la fin du verset.

Rabbi A’HA demande : « Pour quelle raison le feu doit-il toujours brûler sur l’autel ? Pourquoi doit-on y placer chaque matin du bois ? Et pour quelle raison le prêtre fut-il désigné pour l’entretien du feu ? Le feu de l’autel n’est-il pas à l’image de la Rigueur (DIN), tandis que le prêtre représente une forme de Clémence (RA’HAMIM) ? Pourquoi cette fonction revient-elle au prêtre ? Voici ce que l’on peut répondre. L’homme qui pèche contre son maître est lui-même brûlé par la flamme qu’allume l’esprit tentateur. Celui-ci émane provient de l’esprit impur. Pour éloigner le feu de l’esprit tentateur, il est donc indispensable de faire brûler un feu du côté droit de l’autel. Le prêtre est chargé de ce service, afin de chasser les mauvaises pensées du monde. Le feu ne doit jamais s’éteindre, afin de ne pas affaiblir la force du côté droit et de ne pas donner ainsi la suprématie au mauvais esprit. Le prêtre doit entretenir le feu tous les matins, à l’heure où domine la Clémence. Tel est le sens de cette prescription. Le feu consume le feu ; le feu de l’autel consume un autre feu. (ZOHAR sur TSAV). Il est bien entendu que ces indications relatives à la droite de l’autel n’ont rien à voir avec des questions d’ordre politique qui pourraient être liées à tel ou tel parti politique au pouvoir.

Par ailleurs, le feu est identifié à la Loi, ainsi qu’il est écrit : « Mes paroles sont comme le feu. » (JEREMIE XXIII, 29). La Loi, elle non plus ne s’éteindra jamais. « Le péché n’éteint pas le feu de la Loi, mais il éteint le mérite qui est appelé « lampe de D.ieu - NER HACHEM », et l’âme du pécheur demeure alors dans les ténèbres. Car la Loi est la nourriture de l’esprit, tandis que celle de l’animal se limite à du pain, du vin, de la viande et à toutes sortes de fruits. L’homme doit limiter son corps en se privant de cette nourriture animale autant que possible. » (ZOHAR sur TSAV).

Rabbi ‘HIYAH est d’avis que le feu perpétuel, c’est le feu d’ISAAC, tandis que le bois de l’autel rappelle le mérite d’ABRAHAM qui apporta du bois pour la ligature de son fils (AKEDAH). C’est pour cette raison que la RIGUEUR change en CLEMENCE lorsque les prêtres, descendants d’ABRAHAM et d’ISAAC, offrent les sacrifices. C’est donc en vertu de l’acte de piété et d’abnégation d’ABRAHAM que le sacrifice peut rapprocher l’homme de son Créateur. Ces deux personnages bibliques nous ont donné une belle leçon quant à la manière d’offrir sa vie pour le Créateur.

Une telle option reste encore valable de nos jours et permet de donner un sens toujours renouvelé et actuel à la notion de sacrifice, tout en nous rappelant de quelle manière nous devons maintenir la flamme du Judaïsme, car elle est réellement pour nous, le feu perpétuel, qui brûle en nous, et qui est capable de nous rapprocher de D.ieu, véritable source de lumière. Bien souvent dans le passé et même de notre temps, des hommes ont été capables de défendre leur foi religieuse, au besoin en sacrifiant leur vie ici-bas, pour mériter la vie future promise à ceux qui mettent une Foi absolue dans le D.ieu d’ISRAËL. C’est l’enseignement toujours permanent que nous suggère l’étude de ces chapitres du Lévitique.

HAPHTARA :

En complément à la paracha relatant les lois sacrificielles et les règles appliquées aux prêtres, notre haphtara vient essentiellement nous mettre en garde contre la méconnaissance de la signification profonde des sacrifices. Certes, ils n’ont plus cours de nos jours, mais les rabbins du Talmud nous invitent à les étudier le mieux possible pour nous préparer pour le jour où ils seront rétablis dans leur plénitude. Il ne faut pas perdre de vue que les législateurs qui ont établi les règles destinées à instaurer le culte divin ont eu pleine conscience des dangers pouvant résulter d’une conception erronée de la véritable piété exigée par D.ieu.

En effet, le prophète JEREMIE qui eut la douleur d’être contemporain de la destruction du premier Temple, s’en prend de son temps à ceux qui cherchent à déformer le sens réel qu’il convient de donner au culte sacrificiel. Il n’admet pas que l’on puisse se contenter du simple geste consistant à offrir des sacrifices, alors que par ailleurs on n’hésite pas à fouler aux pieds et à négliger d’autres prescriptions religieuses toutes aussi importantes et vitales.

En disant : « Joignez vos holocaustes à vos sacrifices et mangez-en la chair » (Jérémie VII, 21), JEREMIE nous fait comprendre qu’il serait inutile de brûler des animaux, victimes, en l’honneur de D.ieu, si parallèlement on se borne à une attitude extérieure sans résonance profonde sur le comportement général du fidèle. (RADAK).

De manière très sévère, JEREMIE avait déjà exprimé cette même idée. Il disait : « Eh quoi ! vous allez voler, tuer, commettre des adultères, faire de faux serments..... puis vous venez vous présenter devant moi en vous écriant : « nous sommes sauvés ! » pour pratiquer encore toutes ces mêmes abominations. » La lecture de ce passage nous renvoie immédiatement à tout ce que nous observons de nos jours où les mêmes fautes sont commises, sans que leurs auteurs n’aient de scrupules, croyant que par une application rigoureuse de certains rites, par la récitation minutieuse des prières et par l’étude constante des textes traditionnels, ils peuvent s’estimer en règle vis-à-vis de leur conscience et envers Celui qui juge avec un autre regard que celui des humains mortels que nous sommes. L’on voit ainsi combien l’admonestation de JEREMIE garde toute son actualité face aux dérives de notre société.

Nous pouvons apprécier la qualité des mises en gardes lancées par le prophète. A la fin de notre haphtara en effet, nous lisons le passage suivant : « Que le sage ne se glorifie pas de sa sagesse, que le vaillant ne se glorifie pas de sa vaillance, que le riche ne se glorifie pas de sa richesse ! Que celui qui se glorifie se glorifie uniquement de ceci : d’être assez intelligent pour me comprendre et savoir que je suis l’Eternel, exerçant la bonté, le droit et la justice sur la terre, que ce sont ces choses-là auxquelles je prends plaisir. »

Ainsi à la lecture de ce passage biblique, nous pénétrons mieux la pensée de JEREMIE. Il vit avec son temps. Il tient à rappeler à ses contemporains - et son message reste toujours présent pour notre époque — que le droit et la justice seront à jamais les fondements du peuple juif, principes auxquels nous resterons indéfectiblement attachés.

DROIT et JUSTICE - TSEDEK ou MICHPAT constituent le fondement du peuple juif. Ils constituent également le chemin qui mène vers D.ieu, cette voie qu’avait osé emprunter face au paganisme de son époque, le patriarche ABRAHAM, ce patriarche dont se réclament tant de croyants issus du monothéisme biblique et qui visiblement trahissent son message. Nous sommes placés face à deux principes fondamentaux de toute société bien organisée. Pour le Judaïsme, il s’agit de mettre en pratique des devoirs essentiels dont l’application donne toute sa valeur et son contenu à l’existence humaine, quelle que soient les options philosophiques ou religieuses adoptées.

Mais il ne faut jamais perdre de vue que l’application de ces principes que sont le « droit justice », dans une société ou « la force semble l’emporter sur le droit », il n’est que de voir les votes successifs émis à l’O.N.U. condamnant systématiquement ISRAËL face aux pays arabes, pour savoir que ces principes dépendent avant tout d’une connaissance réelle et authentique de D.ieu.

Aussi, les biens terrestres, parmi lesquels nous plaçons les puits de pétrole agissant sur les positions des dirigeants de pays producteurs, les qualités humaines, souvent déformées par des intérêts personnels et égoïstes, si tout cela n’est pas mis au service désintéressé de ces idéaux que représentent le droit et la justice, on ne peut espérer le progrès de l’humanité. C’est donc par une sérieuse remise en cause de la manière de mettre en pratiques ces principes fondamentaux que l’on peut réellement se targuer d’être proche de D.ieu pour avoir toutes les qualités requises justifiant le titre « d’homme de bien ». Tel est le message profond que nous laisse le prophète JEREMIE. On ne le méditera jamais assez.



Alain Goldmann
Grand Rabbin




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