Tou Bichvat

la fête du Nouvel an des Arbres
publié le mardi 5 août 2003
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Origine de la fête

Tou-bishevath veut dire en hébreu "le 15 du mois de shevath" qui est la date où l’on célèbre le "nouvel an des arbres". La première partie du nom de la fête "Tou", s’orthographie en hébreu Teth et Vav dont la valeur numérique est 15. En effet, chaque lettre hébraïque représente également une valeur numérique et celle de Teth est de 9, tandis que la lettre Vav équivaut à 6 - le total des deux lettres additionné donne le chiffre 15.

A l’époque de la Mishna, les écoles de Hillel et de Shamaï avaient discuté pendant de longues années sur la date à assignerau nouvel an des arbres. L’école de Shamaï professait qu’un "nouvel an" ne pouvait être célébré que le premier jour du mois, c’est-à-dire à la nouvelle lune. Hillel, par contre, se basait sur les données ducalendrier agricole pour assigner à la fête la date du quinze shevath, d’autant plus qu’il avait observé que c’est à partir du milieu de ce mois que les pluies commencent à diminuer d’intensité, que la sève reprend son ascension et que les bourgeons se forment.

Du temps du Rav Haï Gaone, le plus grand et le dernier des Gaonim (959-1058) , la question n’avait pas encore été tranchée. Aucune décision définitive n’avait encore été prise. Et Gaone, tenant compte de l’avis des agriculteurs arabes de Pombedita (Babylonie) où se trouvait son école, se déclara en faveur du 15. Les paysans de la région disaient en effet que la végétation reprend son développement à partir de cette date où "les arbres boivent de nouveau la sève."

Après la destruction du Second Temple le 15 Shevath fut déclaré Jour férié. Il était interdit de jeûner et de réciter Tahanoune à cette date. Dans les écoles on n’enseignait pas ce jour et l ’on servait aux élèves un repas de fête.

Au moyen-âge, le 15 shevath fut consacré dans les yeshivoth et dans toutes les écoles aux examens de passage, mais ce n’est guère qu’à partir du 16ème siècle que la fête prend la forme qu’elle a conservée aujourd’hui. Lorsque les premiers kabalistes venus d’Espagne et du Portugal s’établirent à Safed, ils décidèrent de célébrer dignement le nouvel an des arbres.

Echappés aux griffes de l’Inquisition, ils voulaient marquer leur retour sur le sol nourricier dans lequel, comme les arbres, ils reprenaient racine. Ils sentaient monter en eux une sève nouvelle. C’est à cette époque que fut instituée la coutume de consommer à Tou-bishevath des fruits du verger et de prononcer sur eux la bénédiction solennelle au cours d’un repas de fête.

Le Séder de Tou-bishevath

(JPEG) Le repas est servi la veille au soir et donne lieu à une sorte de Séder auquel participe toute la communauté. Les tables sont recouvertes de nappes blanches sur lesquelles sont disposés les plus beaux fruits de la saison et des cruches de vin blanc et rouge qui rappellent le caractère agricole de la fête, mais qui constituent également des symboles mystiques.

Pendant le Séder, les convives lisent treize passages des Ecritures se rapportant aux produits de la terre, aux fruits et aux plantes (Genèse 1:11-13 ; Lévitique 26:3-13 ; Deutéronome 8:1-10 ; Ezéchiel 17 et 47:1-2 ; Joël 2:18-27 ; Psaumes 26, 65, 72, 147 etc.). Puis ils étudient des extraits du Talmud consacrés aux semences et aux plantations (Traité Zerahim), ainsi que les chapitres du Zohar qui traitent des végétaux et de leurs fruits.

Celui qui préside la cérémonie, généralement le rabbin de la communauté - prononce alors une prière spéciale : "Que ce soit Ta volonté, Eternel notre Dieu et Dieu de nos ancêtres, que par la vertu de ces fruits que nous avons consommés et sur lesquels nous avons prononcé la bénédiction, les arbres se chargent d’une profusion de fruits,qu’ils grandissent et fructifient du début de l’année à sa fin, pour le bonheur, la bénédiction, la vie et la paix".

Puis, comme au Séder de Pessah, les kabbalistes servent quatre coupes.

La première, remplie de vin blanc, est accompagnée de pain et de gâteaux préparés à partir du blé, ainsi que d’olives et de dattes. Des versets sont prononcés qui célèbrent la vigne et le verger.

La deuxième coupe est ensuite remplie de vin blanc auquel on à ajouté quelques gouttes de vin rouge, et les convives mangent des figues, des grenades, des cédrats et des pommes. Puis, après avoir récité les versets de la Bible où ces fruits sont mentionnés, une nouvelle bénédiction est prononcée sur le vin. La troisième coupe contient à parties égales du vin blanc et du vin rouge. Les fruits qui l’accompagnent sont les noix, les amandes, les marrons, les caroubes et les poires ; les passages récités, tirés du Talmud, ont trait aux prescriptions concernant ces produits.

Vient ensuite la quatrième coupe, remplie de vin rouge coupé de quelques gouttes de vin blanc ce qui signifie que le printemps a vaincu l’hiver. Les assistants mangent "lors des coings, des pommes et des pistaches, puis étudient une partie du traité Zeraim du Talmud. La fête se termine par des chants et des danses Les Hassidim se rendent après le repas dans les vergers, où ils bénissent les arbres, leur souhaitent une année bonne et prospère.

Dans les communautés séfarades

Ce cérémonial ne s’est pas introduit partout. Il a pourtant été imprimé, comme la Hagada de Pessah, sous forme d’un livret intitulé Peri etz hadar (Fruit de l’arbre splendide) qui a eu de nombreuses éditions. Mais la coutume de manger des fruits s’est généralisée dans toutes les communautés. Les Juifs séfarades ont été les premiers à l’adopter, ce qui s’explique facilement si l’on pense au fait que les pays du bassin méditerranéen produisent à cette époque à peu près les mêmes fruits qu’Eretz Israël.

C’est également dans les communautés du rite espagnol que fut instituée la coutume de distribuer aux pauvres, la veille du 15 shevath, des aumônes appelées Maoth peroth pour leur permettre d’acheter des fruits, comme on distribue des Maoth ’hittim avant Pessah, afin que les nécessiteux puissent se procurer des matsoth.

Dans certaines communautés tout particulièrement à Smyrne, les familles organisaient de grands festins au cours desquels on offrait solennellement des raisins à la maîtresse de maison conforrmément au verset des Psaumes "Ton épouse est comme une vigne fertile". Les fils recevaient des olives, car il est écrit " Tes fils sont comme des plants d’oliviers autour de ta table." Quant aux filles, on leur distribuait des noix, symboles de la décence : " C’est l’intérieur de la noix qui est précieux et non pas l’enveloppe."

Dans les communautés ashkenazes

La coutume s’étendit ensuite aux communautés d’Europe orientale, pauvres en fruits à cette époque, On y prit l’habitude de célébrer la fête en consommant des fruits conservés, secs ou confits en choisissant si possible des espèces qui poussent dans le Pays d’Israël : dattes, figues, caroubes, amandes, noix. Dans les écoles, les écoliers se réunissaient autour d’une table garnie de fruits. Le maître ou le rabbin leur racontaient des histoires, des contes et des légendes de ce lointain pays, où le soleil fait mûrir les plus beaux fruits du monde, bien meilleurs que ces pulpes sèches et ces amandes racornies.

Dans son récit Les voyages de Benjamin, Mendelé Mokher Sefarim décrit de pauvres exilés en train de goûter les fruits du 15 shevath : "Ils regardent les fruits, pensifs, puis poussent un gros soupir : "Oh, ramène-nous Père miséricordieux, dans notre Pays !" Puis ils se racontent la merveilleuse histoire de ce Juif qui avait rapporté une datte de Palestine ; toute la ville, hommes, femmes et enfants étaient accourus pour la voir. Ils la regardèrent tant et si bien que des images du pays d’Israël surgirent devant leurs yeux. Ils virent les palmiers, le gué du Jourdain, la grotte de Makhpéla, la tombe de notre mère Rachel, le Mur des Lamentations, les sources d’eau chaude de Tibériade, les pèlerins qui gravissent le Mont Sion...

Retour en Eretz Israël

En revenant sur son sol, Israël a rendu à la la fête du 15 shevath son ancien éclat. Ce jour est consacré aux plantations d’arbres de tous genres. Ce furent probablement les colons de Yessod Hama’ala qui restaurèrent la coutume : en 1884 i.ls fêtèrent Tou-bishevath en plantant des centaines d’arbres, dont 708 cédratiers et cents grenadiers. Depuis cette année, presque toutes les agglomérations agricoles prirent l’habitude de planter en ce jour, des arbres décoratifs ou des arbres fruitiers autour des maisons d’habitation et le long des allées.

En 1908, la Fédération des Membres de l’Enseignement institua le 15 shevath jour consacré à la plantation de vergers et de forêts par les enfants des écoles. Depuis ? la plupart des écoles juives organisent des excursions aux cours desquelles chaque enfant plante un arbre. C’est ainsi que les écoliers de Jaffa se rendent tous les ans à Mikvé Israël où ils contribuent à augmenter la surface des vergers. lorsque fut fondé, à proximité de Jaffa, le quartier dit Ahouzath Bayith embryon de l’actuelle Tel-Aviv, les enfants des écoles de Jaffa vinrent planter les arbres de la première avenue.

En 1913, tous les élèves des écoles hébraïques de Jérusalem, des écoles de L’Alliance Israélite Universelle et de l’Ezra, des instituts religieux Talmud Torah et des orphelinats, plus de 1500 enfants au total se rendirent en groupe à Motsa Ilith, avec leurs drapeaux et leurs orchestres, pour planter des arbres à l’occasion du 15 Shevath.

Aujourd’hui, toutes les écoles du pays participent en ce jour au reboisement, et Tou-bishevath est un jour d’excursion pour les enfants et même pour les adultes. La plupart des forêts, des bosquets, des parcs municipaux et des avenues tirent leur origine de ces cérémonies. Ce jour-là, on offre et l’on consomme des fruits secs variés et des amendes. De plus, dans les milieux religieux et traditionalistes, ainsi que dans les écoles et les mouvements de jeunesse, la coutume du Séder de Tou-bishevath tend à se généraliser. Son rite est recréé et adapté en fonction de la personnalité propre de chaque groupe.



David Levy
webmaster


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