« Crime verbal contre l’humanité... »

BILLET DU 20 FEVRIER 2005
publié le dimanche 20 février 2005
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Bonjour,

L’une des questions que pose les propos de Dieudonné consiste à savoir s’il faut en parler, et par conséquent, amplifier la portée de la calomnie, de la diffamation et de la haine. Dieudonné a donc « dérapé » une fois encore, une fois de trop pourrions-nous penser, mais c’est au fond ce que l’on se dit à chaque fois.

L’opinion a retenu de ses propos celui qui apparaît le plus choquant en qualifiant les commémorations autour du 60ème anniversaire de la libération des camps de « pornographie mémorielle ». L’expression a été savamment choisie puisqu’elle appartient à Idith Zerthal, une historienne israélienne qui, on l’aura compris, l’avait utilisé dans un contexte très particulier sans intention de blasphémer de la sorte la mémoire des six millions de juifs exterminés durant la Shoah.

Ce qui intrigue chez Dieudonné c’est cette haine antisémite poussée à son paroxysme dans une apparente quasi-impunité et dans un concert d’indignations convenues. Le ministre de la Justice Dominique Perben n’avait d’autre choix que de demander au parquet l’ouverture d’une enquête préliminaire de police pour « contestation de crime contre l’humanité ». Mais Dieudonné en sortira une fois encore par un non-lieu puisqu’il ne conteste pas en apparence le « crime contre l’humanité » mais le traitement qui en est fait. Il faudrait davantage réfléchir à une autre qualification du délit que je serais tenté d’appeler : crime verbal contre l’humanité ! On aurait tort de penser que l’antisémitisme est l’affaire des juifs.

Les mots s’ajoutent les uns aux autres. En qualifiant le CRIF « d’organe d’inquisition » ou encore « d’équipe de malfrats, de mafieux qui est en train d’entraîner la République française dans la guerre civile », Dieudonné stigmatise l’ensemble de la communauté juive française qui liée telle une mafia n’aurait de cesse de vouloir la chute de la République. En cela chaque juif en France doit se sentir concerné par ces propos et devrait pouvoir interpeller la Justice pour qu’elle fasse appliquer les Lois de la République. Passons outre le fait que Dieudonné considère que « le sionisme est le SIDA du judaïsme », paroles vomies dans un flot d’insanités.

On a pu reprocher au président du CRIF son ton incisif et sans concession lors du dernier dîner du CRIF, mais l’on comprend bien que ces propos étaient justes parce qu’il y a réellement péril en la demeure de la République. Il n’est pas demandé à la justice d’appliquer un traitement particulier à Dieudonné, mais « simplement » de dire le droit et de faire qu’il soit respecté.

Dieudonné ne devrait plus pouvoir se produire sur scène au seul prétexte que la liberté d’expression est un droit. Le théâtre de la Main d’Or, dans le 11ème arrondissement de Paris, est devenu une tribune pour la haine du juif. J’en appelle ici au courage et à la prise de responsabilité des uns et des autres. La condamnation verbale ne suffit plus. Notre Tradition séculaire nous y engage : « Là où il n’y a pas d’hommes, sois un Homme... »



Gabriel Farhi
Rabbin
AJTM - Alliance pour un Judaïsme Traditionnel et Moderne
Aumônier israélite des hôpitaux de l’AP-HP
Chroniqueur sur Judaïques FM 94.8




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