Parasha tetsaveh 5765

chabbath 19 Février 2005 - 10 Adar 1er 5765 - Début : 17 h 58 - Fin : 19 h 03
publié le lundi 14 février 2005
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Lecture de la Torah : Exode XXVII, 20 - XXX, 10 : Vêtements et devoirs des prêtres. Haphtara : EZECHIEL XLIII, 10-27 : Le Temple de l’avenir.

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Commentaire de la Torah :

La lecture de la semaine dernière était consacrée aux instructions relatives à la construction du Tabernacle et à la réalisation de tous les objets du culte : Arche Sainte, Table, Chandelier, Autel. Celle de cette semaine nous entretiendra des vêtements et des devoirs des prêtres (COHANIM). Il peut paraître surprenant de lire ces passages alors que la construction et l’inauguration du Tabernacle ne sont pas encore effectives. En effet, le début de notre paracha nous dit ceci : « Pour toi, tu ordonneras aux enfants d’ISRAEL de te choisir une huile pure d’olives concassées, pour le luminaire, afin d’alimenter les lampes en permanence. » (XXVII, 20). Précisons à ce sujet que nous trouvons là l’origine de la lampe perpétuelle, le NER TAMID qui brûle dans toutes les synagogues, en souvenir de celle qui brillait en permanence dans le Temple.

En fait, notre texte nous montre de quelle manière il fallait procéder pour allumer le Chandelier, avant même qu’il ne fût installé, son emplacement précis dans le Tabernacle qui n’était alors pas encore érigé, ainsi que nous venons de l’indiquer plus haut.

La place du chandelier - la MENORA : Dans son commentaire sur la Torah, Don Isaac ABRAVANEL pose justement la question de savoir pour quel motif ce commandement relatif au chandelier figure précisément dans ce passage de la Torah. En effet, logiquement il n’aurait dû être réalisé qu’après la mise en service du Tabernacle. Que pouvait donc justifier cet empressement à nous enseigner un commandement qui ne devait être mis en application qu’ultérieurement ? Quelle est alors la signification profonde de cet allumage des lumières du Chandelier ?

Nous connaissons la méthode généralement utilisée par la Torah. Elle a pour habitude de nous indiquer un précepte, et il appartient à l’homme d’en tirer la leçon qui s’impose. La première indication importante de notre paracha concerne l’endroit précis où le Chandelier devait être placé, ainsi qu’il est écrit : « C’est dans la Tente d’assignation (OHEL MOED), en dehors du rideau qui abrite le Statut, qu’AARON et ses fils les disposeront, pour brûler du soir jusqu’au matin en présence du Seigneur ; règle invariable pour leurs générations, à observer par les enfants d’ISRAEL. » (Exode XXVII, 21)

Nous rencontrons là un point très important. En effet, le rideau séparait le Saint des Saints (où se trouvait l’Arche contenant les Tables de la Loi) du reste du Tabernacle. L’entrée dans le Saint des Saints était strictement limitée au Grand-Prêtre. Il n’avait le droit d’y pénétrer qu’une seule fois par an, le jour de KIPPOUR. En conséquence, pourquoi était-il nécessaire de nous rappeler que le Chandelier était placé en dehors de cet endroit particulièrement sacré ? Nos Sages répondent à cela en disant : « On veut nous enseigner que D.ieu n’a nul besoin de cette lumière provenant du Chandelier, et qu’Il est partout présent, sans limitation. »

« Cette lumière est utile pour toi, humain, mais moi, le Seigneur, n’en ai nul besoin. » (Talmud MENA’HOTH 86 b).

C’est ce que vient nous enseigner le Midrash en prenant plusieurs exemples tirés de l’expérience de la nature.

Ainsi, « Le soleil est l’un de mes serviteurs qu’aucun humain ne peut supporter en le regardant directement à l’œil nu. Son éclat brille à travers tout l’univers, est-ce à dire que moi D.ieu j’aurais besoin de sa lumière ? L’éclair est le résultat du feu d’en haut, sa lumière se répand à travers tout l’Univers, tandis que moi je n’en ai nul besoin. (VAYIKRA RABBAH 31, 8). » Outre ces ces exemples tirés du Midrash, il en existe beaucoup d’autres. Ils donnent l’impression d’ironiser sur l’idée selon laquelle D.ieu aurait besoin de l’univers. Bien au contraire, c’est le genre humain, dont nous faisons partie, qui a besoin de la lumière que D.ieu nous envoie, au sens propre comme au sens figuré.

La lumière du Chandelier : Nous pouvons dire, que tout comme les autres objets placés dans le Tabernacle, la lumière du Chandelier symbolise l’homme. En effet, que signifie l’huile d’olive nécessaire à l’allumage du Chandelier ? Elle nous rappelle que de la même manière que tous les liquides peuvent se mélanger, alors que l’huile, par définition surnage sans se mélanger aux autres liquides, ainsi le peuple juif ne peut se confondre à nul autre. (Chemoth Rabbah, chapitre 36). Il s’agit là d’un premier symbole important. Il nous rappelle que malgré bien des tentatives d’assimilation, ISRAEL n’a pu se fondre ni disparaître au milieu des nations. On doit se souvenir à cet égard, que dans quelques semaines nous relirons la MEGUILLAH d’ESTHER lors de la fête de POURIM. Mentionnons ici cette accusation classique lancée par HAMAN devant le Roi ASSUERUS contre le peuple juif : « Il est une nation répandue, disséminée parmi les autres nations dans toutes les provinces de ton royaume ; ces gens ont des lois qui diffèrent de celles de toute autre nation....(ESTHER III, 8). C’est le même discours toujours répété par les antisémites de tous les temps et de tous les continents.

Nous avons enfin un autre symbole relatif à la lumière. Toujours selon le Midrash, l’huile fournit le combustible donnant de la lumière, de même que le Temple vient éclairer le monde, ainsi qu’il est dit : « Les nations suivront ta lumière, les rois à l’éclat de ton aurore » (ISAIE LX, 3). C’est pourquoi, ISRAEL est appelé « olivier verdoyant » (JEREMIE XI, 16), celui qui éclaire tout. Les prophètes d’Israël n’ont jamais manqué une occasion de rappeler le rôle de conscience morale que le peuple juif peut et doit jouer dans le concert des nations, ce qui naturellement les gêne beaucoup et nous crée tant d’inimitiés.

Autre concrétisation de cette image : Notre refus de nous laisser fondre parmi les nations avec le risque de notre perte d’identité, c’est malgré tout notre manière originale de contribuer au progrès de l’humanité. Notre fonction vise à éclairer les autres peuples par notre contribution à l’enrichissement de toutes les civilisations, si elles acceptent de s’inspirer de notre culture et de nos traditions.

Le début de notre paracha nous a parlé de la lumière perpétuelle. Il s’agit là encore d’un symbole très fort pour ce qui nous concerne. Ainsi, par la richesse de ses exemples, « celui qui tient une bougie ou une lampe dans sa main, même s’il avance dans le noir, il ne peut trébucher sur aucun obstacle », une petite lumière est capable de chasser une grande obscurité. Telle est l’image que nous fournit la TORAH, car elle nous éclaire partout, elle nous sert de guide, elle nous indique la direction à prendre, pour ne risquer de nous perdre dans les voies tortueuses que nous présente le monde environnant. Et le Midrash d’ajouter : « Celui qui accomplit une bonne action (MITZVAH) c’est comme s’il allumait une lumière devant D.ieu en vivifiant son âme. » Nous savons qu’à l’aide d’une seule lumière, on peut allumer mille autres lumières. C’est donc par ce dernier exemple fourni par le Midrash que nous comprenons mieux la manière de rendre plus actuelle notre paracha. Si le Temple et les Prêtres ne sont pour le moment plus en fonction comme c’était le cas autrefois, le devoir du Juif reste malgré tout le même. Il consiste à utiliser la lumière de la Torah pour sa propre édification et pour son élévation spirituelle, aussi bien que celle de tous les êtres humains parmi lesquels nous vivons. Il serait souhaitable que tous puissent un jour partager avec nous la richesse de nos valeurs permanentes et éternelles que D.ieu accorde à l’ensemble de l’humanité, étant bien entendu que chacun restera libre de sa manière de servir D.ieu..

HAPHTARA :

Nous devons rappeler que si le prophète EZECHIEL vivait en Babylonie, il fut cependant le seul prophète physiquement en exil en mesure de prophétiser, ses textes figurant ainsi dans notre canon biblique, ayant été spirituellement transporté en Terre Sainte pour nous adresser ses messages inspirés. Ainsi, dans notre haphtara il nous livre le fin d’une grande vision prophétique. Il y voit le Temple de l’Avenir, qui sera éternel, ce troisième temple pour la restauration duquel nous prions quotidiennement afin que nous ayons le privilège d’y participer.

Notre texte nous en fournit une description détaillée, nous indiquant notamment ses dimensions et ses mesures. Il convient de se référer à cet égard aux chapitres XL, XLI et XLII du même auteur. Alors que celui-ci est chargé d’expliquer au peuple la vision exacte dont il fut l’objet, EZECHIEL fait comprendre qu’elle est la concrétisation d’un idéal. Sa réalisation doit être le résultat de l’aspiration de tous nos efforts quotidiens.

A partir de là, notre prophète cherche à nous faire prendre conscience de la grandeur de notre destinée. Il nous met également en garde contre la tentation toujours actuelle de croire que ce Temple et le culte qui y serait célébré auraient une valeur mystique et magique. Or, malgré la double destruction du Temple de Jérusalem et l’abolition des sacrifices, le Judaïsme a réussi à se perpétuer. Il a prouvé tout au long des siècles qu’il y avait d’autres manières de réaliser la Loi de D.ieu, ne dépendant pas exclusivement d’un rituel.

Tout au long de ses chapitres, EZECHIEL utilise l’expression « Toi, fils de l’Homme (BEN ADAM). C’est sa particularité. Il est d’avis que dans la Diaspora, le peuple d’Israël n’en continue pas moins d’assumer le rôle de « prêtre de l’humanité », chargé de l’instruire, de l’éduquer dans le sens d’un idéal plus élevé, à savoir de se considérer comme étant au service de chaque homme, comme nous l’avons déjà indiqué à la fin de notre commentaire sur la paracha.

Dans EZECHIEL XLIII, 12 nous lisons ceci : « Voici la règle relative au Temple : situé sur le sommet de la montagne, tout son circuit alentour est éminemment saint. Telle est la règle relative au Temple. »

Tous les textes qui nous en font la description nous montrent que toutes les pièces du sanctuaire et leur contenu font l’objet de règles et codifications. Tout peut être simplement résumé par ce seul passage biblique : « tout un circuit alentour éminemment saint. » (v. 12). Cela signifie que l’idéal auquel nous devons aspirer est celui de nous permettre de nous élever sans cesse dans la voie de la sainteté, car tous ensemble, nous formons le domaine sacré de D.ieu, placé au sommet de la sainteté, car Il est source de toute vérité à laquelle viendront s’abreuver les hommes.

Le thème de la montagne sainte, à l’image du caractère sacré que devrait représenter notre propre existence, est par ailleurs utilisé par d’autres prophètes. Ainsi, dans ISAÏE II, 2 il est dit : « toutes les nations y afflueront », tandis que dans MICHEE IV, 1 nous lisons : « sur cette montagne afflueront les nations ».

Pour sa part, ISAÏE utilise l’expression « GOÏM - NATIONS », tandis que MICHEE parle de « AMIM - les PEUPLES ». Nous pouvons en déduire qu’un jour viendra - et c’est là en principe le but de tous nos efforts, où l’on finira par se grouper en peuples, unis et liés (par exemple, l’image de l’EUROPE si longtemps divisée), préfiguration des temps futurs où toutes les nations, sans distinction, reviendront vers la maison paternelle, celle du D.ieu Unique, père de tous les hommes, qui finiront un jour par comprendre l’inutilité de toutes les haines et de toutes les divisions.



Alain Goldmann
Grand Rabbin




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