Parasha bechallah 5765

Chabbath 22 janvier 2005 - 12 Chevath 5765 - Début : 17 h 12 - Fin : 18 h 21
publié le lundi 17 janvier 2005
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Lecture de la Torah : Exode XIII, 17 - XVII, fin : Passage de la mer Rouge ; Cantique de MOISE ; la Manne ; AMALEK. Haphtara : JUGES IV, 4 - V, fin : Sepharadim : chapitre V seulement : DEBORAH et BARAK ; le cantique de DEBORAH.

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Commentaire de la Torah :

Nous savons que la possibilité pour l’homme, de connaître et de comprendre les mystères éternels lui impose une certaine conduite. S’il s’y refuse et s’écarte de la voie qui lui est fixée, il peut encourir des peines qui lui sont en partie indiquées par la Torah (Lévitique XXVI, 14 à 44 et Deutéronome XXVIII, 15 à 68). Ces peines ont pour but de lui faire expier son péché.

« Les précisions nécessaires à cet égard ne sont apportées que par la Torah et l’enseignement des prophètes, afin que soit atteint le but visé, par la coopération de la raison et de la Torah, c’est-à-dire la soumission au Très-Haut. L’avertissement de la raison n’est pas susceptible d’être reçu par tout le monde, étant donnée l’inégalité intellectuelle des hommes. » (BAHYA ibn PAKUDA : Les Devoirs des Cœurs, Portique III).

Les hommes en s’éloignant des lois divines qui leur furent prescrites, deviennent dangereux pour la collectivité. Aussi, incombe-t-il à la société de se défendre, d’où la nécessité et l’obligation de mettre en place des moyens de justice dans lesquels sont respectés les principes des Droits de l’Homme sans laisser commettre des iniquités ou des abus de pouvoirs. « Contre les criminels, contre les hors-la-loi, sois audacieuse, pour ordonner le bien, interdire le mal.... Et furieuse contre ceux qui détournent du chemin de vérité et de la juste loi, pour le triomphe du mensonge. (Ib.)

Ce conseil, comme s’il s’adressait à la Loi, ne nous est pas donné pour nous ériger en justiciers, mais il nous invite à nous protéger du Mal, car celui-ci a un pouvoir beaucoup plus étendu que le Bien. Cet avis semble également concerner les événements que nous subissons de nos jours.

C’est donc dans ce sens que MAIMONIDE expliquera le commandement nous ordonnant de détruire et d’effacer le souvenir d’AMALEK, dont l’attitude belliqueuse envers les Hébreux à leur sortie d’EGYPTE nous est rapportée dans notre paracha (Exode XVII, 8). L’obligation prescrite le concernant nous est indiquée dans Deutéronome XXV, 17 à 19 : « Souviens-toi de ce que t’a fait AMALEK, lors de votre voyage, au sortir de l’EGYPTE ; comme il t’a surpris chemin faisant, et s’est jeté sur tous tes traînards par derrière. Tu étais alors fatigué, à bout de forces et lui ne craignait pas D.ieu...... »

Comme nous venons de l’indiquer, notre paracha nous rappelle ceci : « L’Eternel dit à MOISE : « Consigne ceci, comme souvenir, dans le Livre et inculque-le à JOSUE : j’effacerai la trace d’AMALEK de dessous les cieux » (Exode XVII, 17-19). De la comparaison avec le texte de Deutéronome XXV, se dégage la question suivante : Quel rôle ISRAEL doit-il exercer pour effacer le souvenir d’AMALEK ? Cette question est toujours d’actualité. Elle se pose en effet après la tragédie de la SHOAH, car nous pouvons considérer que cet ennemi héréditaire s’est présenté contre nous depuis l’Antiquité, sous diverses appellations, tout au long de l’Histoire. Nous n’avons nulle vocation à vouloir tuer qui que ce soit. Ce serait totalement en opposition avec notre conception de la morale liée au Décalogue que nous lirons dans quelques jours. Mais c’est davantage par la parole, par la persuasion qu’il s’agit d’éradiquer tout ce qui, de près ou de loin, représente l’esprit du Mal cherchant à nous détruire ou à porter atteinte à l’humanité dont nous faisons indissociablement partie. Ce Mal est notamment personnifié par AMALEK, notre ennemi héréditaire. Il reste malheureusement présent à en juger par les propos tenus par les NEGATIONNISTES dans un grand nombre de pays, ou par les actes antisémites et racistes commis sur des personnes, contre des lieux de cultes et contre des cimetières.

Des textes cités plus haut, on peut également se poser les questions suivantes : ISRAEL doit-il être un simple spectateur passif et assister au châtiment qui attend AMALEK, en tiantr ainsi une inoubliable leçon que lui fournit la justice divine (ce qui découlerait de la lecture de notre paracha) ? Ou bien, lui incombe-t-il d’anéantir directement son ennemi, au besoin par les armes. (ce qui semble se dégager du texte du Deutéronome) ?

ABRAVANEL (exégète du 15° - 16° siècle) : né à LISBONNE en 1437- Mort à VENISE et inhumé à PADOUE en 1508, a personnellement connu l’expulsion des Juifs d’Espagne en 1492. Il est en droit d’émettre l’opinion selon laquelle AMALEK, en attaquant ISRAEL et en l’ayant attaqué de manière traître, avait notamment péché contre D.ieu lui-même, se rendant ainsi passible de la peine capitale. Ce n’est pas à titre de vengeance qu’ISRAEL devra combattre AMALEK, mais pour obéir à la volonté divine. Aussi, les deux passages de la Torah déjà cités ne forment-ils en réalité qu’un seul. Ils se complètent et constituent le même commandement positif. (Mitzvoth Hachem).

Selon nos Sages, c’est au premier roi d’ISRAEL, à SAUL, celui qui siègera sur le trône désigné par D.ieu, du fait qu’AMALEK a voulu porter la main sur le trône de D.ieu (Exode XVII, 16), qu’incombera le soin d’anéantir celui qui a voulu anéantir notre spiritualité et par conséquent devenant en même temps l’ennemi du genre humain tout entier, en raison du mal qu’il peut occasionner.

IBN EZRA considère que ce commandement relatif à la mise au ban d’AMALEKdevait entrer en vigueur et être appliqué par les enfants d’ISRAEL après l’établissement de l’ordre dans le pays de CANAAN et la consolidation de leur pouvoir.

Enfin, NACHMANIDE est d’avis que l’anéantissement d’AMALEK aura lieu non pour avoir offensé D.ieu mais à cause de l’attitude prise envers ISRAEL. C’est pourquoi le texte souligne : « Souviens-toi de ce que t’a fait (à toi) AMALEK..... » (Deutéronome XXV, 17). On peut donc considérer que D.ieu châtie plus un crime contre les hommes que celui commis contre la divinité. Rappelons-nous d’ailleurs l’exemple des hommes de la génération du déluge. En effet, ils furent tous condamnés pour leur perversité, alors que ceux de la Tour de BABEL dont le projet consistait à élever une tour devant atteindre le ciel, furent punis pas la dispersion aux quatre coins de la terre et par la confusion des langages, mais ils ne furent pas condamnés à mourir, car ils n’avaient pas directement porté atteinte à la vie des autres.

Il serait assez simple de dire qu’aujourd’hui encore, des hommes se prétendant croyants, osent porter la main sur d’autres hommes, tout en étant persuadés qu’ils agissent au nom d’une cause religieuse. C’est ce que nous pouvons notamment observer dans le cas des terroristes prétendant agir au nom d’une idéologie religieuse. Il convient de s’y opposer par tous les moyens possibles, en tentant malgré tout d’agir dans un cadre légal de justice et de démocratie.

Ceci dit, même des personnes sans croyance religieuse, comme ce fut déjà le cas pour AMALEK, commettent elles aussi des exactions ou des violences, telles que nous les observons dans la période moderne, n’ont aucune justification morale pour agir au nom d’une dictature ou d’un état totalitaire quelconque. C’est tout cela que nous pouvons classer dans la catégorie de ceux qui se comportent comme le fit AMALEK et contre lesquels il nous appartient d’agir fermement pour les empêcher de nous détruire.

HAPHTARA :

Parmi tous les Juges dont nous parle la Bible (exception faite pour SAMUEL qui termine cette époque), le rôle de DEBORAH semble être particulièrement important. A un moment assez difficile pour la survie du peuple juif, à l’exemple de tous ceux que nous avons connus durant notre histoire, DEBORA va contribuer dans une très large mesure à l’unification des tribus et au développement de la conscience nationale. Cette prophétesse va combattre l’anarchie et l’insoumission, exalter le dévouement et le courage. C’est là notamment l’un des enseignements que l’on peut tirer de la Haphtara.

Les reproches adressés aux tribus défaillantes et indifférentes démontrent de la part de DEBORAH une sagesse supérieure, une ironie fine et subtile qui dissimule l’amertume qu’elle a ressentie. Lorsqu’elle dit : « Pour les groupes de RUBEN, grave est la perplexité d’esprit » (JUGES V, 16). Elle laisse ainsi entendre que pour avoir leur concours, il aurait fallu lui fournir les preuves tangibles d’une victoire éclatante. En proie à de graves préoccupations quant à l’issue des combats, la tribu de RUBEN n’ose pas y prendre part.

Ainsi, après l’éloge des tribus courageuses vient le blâme pour celles qui préféraient la paix provisoire et incertaine à la sécurité nationale. On croirait bien assister aux débats qui se manifestent de nos jours parmi les hommes politiques d’ISRAEL pour combattre ses ennemis ou céder immédiatement à ses exigences sous forme de restitution de territoires par exemple. C’est en tout cas DEBORAH qui a montré la véritable forme de courage en prenant les décisions qui s’imposaient.

Epouse du chef de l’armée, elle le convoque plus en sa qualité de prophétesse, car en tant que JUGE, son autorité sur BARAK n’aurait sans doute pas été suffisante. « Elle envoya quérir BARAK, fils d’ABINOAM, de KEDECH-en- NEPHTALI, et lui dit : « Voici l’ordre de l’Eternel, D.ieu d’ISRAEL : va déployer une armée sur le mont Thabor.... » (JUGES IV, 6)

RADAK estime que l’expression « L’Eternel, D.ieu d’ISRAEL a donc ordonné » indique que l’on ne nous relate ici que les choses essentielles, nécessaires à la réalisation du message et de la mission. Ce même auteur fait également remarquer qu’au moment où elle convoque le Général en Chef qui était également son époux, ce couple était momentanément séparés, cette séparation étant indispensable durant les périodes au cours desquelles DEBORAH était inspirée par D.ieu, tout comme MOÏSE s’était séparé de sa femme TSIPORA pour être en état permanent de pureté lorsque D.ieu s’adressait à lui.

Comme après la traversée de la Mer Rouge constituant un moment important pour la conscience religieuse des Hébreux, lorsque MOISE crut nécessaire d’entonner un Cantique en l’honneur de D.ieu qui les avait sauvés, ainsi, DEBORAH, elle-aussi entonna le Cantique qui porte son nom, pour célébrer la victoire qui sauva ISRAEL à un moment difficile de son existence.

C’est pourquoi, ce chabbat est qualifié de CHABBAT CHIRA. Il convient de lui donner tout son éclat, car nous savons combien notre propre survie ne tient qu’à la volonté de D.ieu de nous protéger contre ceux qui ont toujours souhaité nous voir disparaître.

Rappelons ici que ce chabbat est la veille du 13 Chevat. Il s’agit là de la date anniversaire du 27 janvier 1945, lorsque le camp d’AUSCHWITZ, de sinistre mémoire fut libéré par l’armée russe. Il restait alors peu de survivants dans ce camp, car d’autres déportés qui y avaient été internés avaient dû subir ce que l’on appelle « la longue marche », ayant été obligés sous la menace des nazis de quitter le camp pour tenter d’effacer les traces des sévices abominables qui y avaient été perpétrés. Aussi, entonner le Cantique de MOÏSE ou celui de DEBORAH est pour nous indéniablement le moyen de rendre hommage à Celui qui nous a permis de survivre, en déplorant bien entendu le lourd sacrifice que cela a coûté au peuple juif et aux nations ayant courageusement lutté contre l’ennemi hitlérien. Le devoir de mémoire reste par conséquent un devoir sacré.



Alain Goldmann
Grand Rabbin




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