« Négationnistes de tous pays... »

BILLET DU 16 JANVIER 2005
publié le dimanche 16 janvier 2005
Partagez cet article :


publicité

Bonjour,

Alors que le monde, 60 ans après, s’apprête à commémorer la libération du camp d’extermination d’Auschwitz, certains n’hésitent pas, par des petites phrases ou des comportements à glorifier le nazisme.

Deux faits au moins dans l’actualité récente ont défrayé la chronique. Le Prince Harry, troisième héritier du trône britannique, qui à l’occasion d’une soirée privée, s’est déguisé en officier de l’Afrika Korps, arborant un brassard frappé d’une croix gammée au bras. Erreur de jeunesse ? Rien n’est moins sûr tant on imagine que de son intendant en passant par son chauffeur, certains adultes ont dû le mettre en garde contre l’émotion qu’il pourrait susciter. Et de l’émotion il y en a eu puisque le jeune Prince a finalement présenté ses excuses. Une famille royale qui n’en est pourtant pas à une bavure prête si l’on considère l’héritage du trône, d’un Duc de Windsor en 1937 qui fit l’apologie d’Hitler, en passant par son épouse Wallis qui se transforma en agent de renseignement au profit des allemands. Les vieux démons sont de retour.

En France, c’est du coté de Jean-Marie Le Pen, une fois encore, que l’on trouve un nouveau dérapage très contrôlé. Le leader du Front National, seul parti fasciste en France à être encore toléré, s’est distingué en considérant que l’occupation allemande n’avait pas été inhumaine ! Convoqué devant la justice, Le Pen a appuyé ses propos en déclarant : « Oui j’ai trouvé, oui, c’est l’avis de tous les gens qui ont vécu ce temps là ». Il est certain que tout est question d’appréciation et du camp dans lequel on se trouvait à cette époque. Les collaborateurs et autres miliciens à la solde de Vichy avaient une certaine empathie pour le régime nazi. Jean-Marie Le Pen, l’éternel collabo qui n’a pas dû comprendre que la guerre était terminée, continue de déverser sa hargne en s’affirmant, plus que jamais, l’héritier des Pétain, Hitler et autres amis du même ordre.

Il faudra tout de même un jour que les responsables politiques français aient le courage de s’interroger sur la légitimité du Front National. Du parti Socialiste jusqu’à l’UMP tous ont de bonnes raisons de conserver le Fn sur l’échiquier politique. Mais alors parlons un peu de moral et de sens éthique. Car cette seule phrase du Führer français qui rend humaine l’occupation réduit à néant les heures passées sur les bans de l’école de la République à enseigner un programme scolaire dont on admet qu’il puisse, quasi impunément, être mis à mal par une déclaration irresponsable et provocante. Parce qu’il s’agit bien de provocation. Le Pen est un fin politicien, un homme qui connaît tout des médias, qui sait comment les utiliser, qui connaît la formule qui fera mouche et qui ne lui causera que peu de soucis avec la justice. Ce ne sont pas les 45.000 euros d’amende qu’il encourt qui le priveront d’une campagne publicitaire qui lui serait bien plus coûteuse.

On semble avoir bien vite oublié que Le Pen est arrivé à se trouver face à Jacques Chirac au deuxième tour des dernières présidentielles. Il a monopolisé le débat présidentiel en le concentrant autour de sa personne. Il en fait de même aujourd’hui. Nous ne devons pas et nous ne pouvons pas tolérer qu’un fasciste sur le retour s’approprie par ses propos les commémorations à venir. Nous avons une solution qui consiste à interpeller nos élus sur la visibilité accordée au Front National en France. Hors de son parti Le Pen n’aurait plus de tribune pour s’exprimer. La fin du FN ne signifierait pas la fin du fascisme et du négationnisme, mais plutôt la fin d’une hypocrisie politique bien française.

Shavouah tov, bonne semaine à tous et à dimanche prochain.



Gabriel Farhi
Rabbin
AJTM - Alliance pour un Judaïsme Traditionnel et Moderne
Aumônier israélite des hôpitaux de l’AP-HP
Chroniqueur sur Judaïques FM 94.8




blog comments powered by Disqus



Articles incontournables