Parasha vaera 5765

Chabbath 8 janvier 2005 - 27 Teveth 5765 - Début : 16 heures 53 - Fin : 18 heures 03
publié le lundi 3 janvier 2005
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Lectures de la Torah : Exode VI, 2 - IX, 35 : Les premières des dix plaies. HAPHTARA : EZECHIEL XXVIII, 25 - XXIX, 21 : Pharaon, l’homme grisé par le succès.

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Commentaire de la Torah :

Nous savons par expérience, que chaque génération produit des hommes dont le comportement tyrannique provoque d’innombrables morts d’êtres humains, croupissant sous leur joug intraitable, au mépris de ce que l’on considère comme relevant du respect des droits de l’homme. Tout l’enseignement de la Bible tend à nous montrer l’importance de ces droits qui ne souffrent aucune exception.

S’il est bien un exemple de tyran dont nous avons eu à souffrir dans l’Antiquité, c’est celui que nous offre le Pharaon, dont les sections que nous traitons actuellement nous montrent les excès.

Ainsi, la paracha de cette semaine, aussi bien que celle qui la suivra, soulignent-elles clairement le caractère opiniâtre et despotique de ce Pharaon ayant réduit à l’esclavage les Hébreux. Il marquait ainsi son ingratitude envers JOSEPH, leur ancêtre, appelé à sauver l’Egypte de la famine. Bien souvent, et c’est presque une règle générale, les bienfaiteurs d’une nation ou d’une collectivité, sont peu payés en retour, pour les services qu’ils ont pu rendre. L’on constate également cela au niveau individuel où une personne ayant bénéficié d’un service refuse par la suite de témoigner la moindre reconnaissance envers son bienfaiteur.

Le Pharaon est pourtant témoin de plusieurs miracles et malgré cela il s’oppose à la volonté de D.ieu. Il endurcit son cœur et persiste dans le mal. A six reprises, selon nos textes, il use de son libre-arbre, comme tout homme il peut agir dans le sens du bien ou celui du mal. C’est seulement lors de la septième plaie qu’il sera précisé : « car c’est moi (l’Eternel) qui ai appesanti son cœur et celui de ses serviteurs. » (Exode IX, 12).

Le Pharaon avait acquis l’habitude de l’insoumission. Il est donc maintenu dans cette mauvaise voie, comme disent nos Sages : « On conduit l’homme dans la voie qu’il veut prendre. » (Talmud MAKKOTH 10 b). D.ieu n’ayant pu vaincre la résistance de Pharaon par un seul miracle décisif, lui donne cependant la possibilité de résister plusieurs foi, tout en persistant malgré tout, dans son entêtement. Dès lors qu’il a persévéré à trois reprises, sa perversité est prouvée et la voie de la pénitence ne lui est plus offerte. (MAIMONIDE : Les huit chapitres, se fondant sur le Talmud YOMAH, concernant les problèmes liés à la Techouvah).

A ce propos, NAHMANIDE cite l’opinion de Rabbi CHIMONE ben LAKISH, selon lequel, un troisième avertissement est décisif pour fermer la porte de la pénitence pouvant justifier le châtiment ultérieur. Il est d’avis que le passage de Exode VII, verset 3 disant : « Et moi, j’endurcirai le cœur de Pharaon.... », ne se rapporte pas aux plaies. C’est délibérément que le Pharaon endurcit son cœur, sans l’intervention divine. Mais D.ieu informe MOISE de ce qui se passera à l’avenir, à savoir, que lorsque le roi d’Egypte, opprimé par les plaies successives, sera disposé à céder, sa pénitence ne sera désormais plus possible ni agréée.

Tout ce que nous apprenons de l’Histoire de toutes les époques, et la nôtre n’a pas échappé à la règle, n’est qu’une variation de certains faits importants pour l’humanité. Il en va ainsi du nazisme comme du communisme, avec leurs scènes de destructions et de meurtres. Cependant, les leçons du passé qui auraient pu en être retirées sont volontairement et sciemment oubliées. Seuls, nos Maîtres, inspirés par la sagesse divine supérieure, en font usage et nous en rappellent l’importance sous diverses formes.

Ainsi, selon le ZOHAR, nous apprenons le rôle néfaste que joueront dans l’histoire les descendants de l’Egyptienne HAGAR (femme d’ABRAHAM). Rabbi HIYA dit avoir entendu de la bouche de Rabbi SIMEON, l’exclamation suivante : « Malheur au jour où naquit ISMAEL, car, malgré l’annonce de la naissance d’ISAAC, leur père ABRAHAM s’était déjà attaché dans l’intervalle à ISMAEL, comme le ferait tout naturellement n’importe quel père, et le patriarche ne cessait de prier pour lui, jusqu’à ce que le Saint, béni soit-Il, lui promit « Quant à ISMAEL, je t’ai exaucé » (Genèse XVII, 20). ISMAEL fut ensuite circoncis et entra ainsi dans l’Alliance sacrée avant la venue au monde d’ISAAC ». Selon ce passage du ZOHAR, le chef céleste des enfants d’ISMAEL plaida leur cause : « ISMAEL qui se circoncit ne mérite-t-il pas pour cela une récompense ? » « Aussi, malheur au jour où ISMAEL vint au monde et où il se circoncit. »

Que fit D.ieu ? Il exclut ISMAEL de l’héritage céleste, en le récompensant ici-bas pour l’acte de la circoncision. Il lui laissa la domination sur la terre sainte. La domination de ses descendants sur cette terre si âprement disputée, et nous en sommes les témoins journellement, sera de longue durée et empêchera les enfants d’ISRAEL de retourner dans leur pays, jusqu’au jour où le mérite des enfants d’ISMAEL sera épuisé. Ces derniers feront de grandes guerres dans le monde. Les enfants d’EDOM (ROME) se ligueront contre eux et leur livreront bataille, l’une sur mer, l’autre sur terre, et une autre près de JERUSALEM. (ZOHAR sur VAERA). Curieusement, on peut lire à travers cette citation, l’histoire de la bataille de Charles MARTEL à POITIERS, celle des rois de France contre les Sarrasins et bien d’autres exemples tirés de l’histoire des peuples, pour la conquête de JERUSALEM. Cela devrait nous faire réfléchir.

Cette guerre universelle a coûté et coûtera encore des sacrifices innombrables, comme l’annonce le prophète HABACUC, chapitre III, versets 15 à 18, que je conseille à chacun de lire. Il s’agit en effet du texte de la Haphtara que nous avons l’habitude en dehors d’ISRAEL, de lire le second jour de la fête de CHAVOUOTH.

Un autre prophète complètera cette vision : « Le malfaiteur ne connaît pas la honte..... Je disais : si seulement tu me craignais et acceptais une leçon !.... Aussi bien, c’est l’arrêt (de ma volonté) de réunir les peuples, de convoquer les royaumes, afin de déverser sur eux mon courroux..... Mais alors aussi, je gratifierai les peuples d’un langage épuré pour que tous invoquent le nom de l’Eternel et l’adorent d’un cœur unanime. » (SOPHONIE III, 8 - 9).

A travers l’étude faite au début de notre texte sur les tyrans et leur fin, sur le déroulement de l’Histoire pour nous mener un jour à la fin de toutes les rivalités entre les peuples, en particulier pour l’avenir et le destin de JERUSALEM, objet de tant de luttes et de convoitises, nos prophètes viennent donc nous rassurer sur le destin du peuple juif. Nous pouvons simplement constater que leur enseignement reste toujours d’actualité.

Avant de vous proposer un commentaire sur la Haphtara, je crois utile de faire une mise au point relative à mon commentaire précédent sur CHEMOTH. Un de mes lecteurs, fidèle et très vieil ami, m’a fait remarquer une erreur commise. En effet, j’avais cité un passage de OHR HA’HAYIM disant que les premières lettres du prénom des patriarches, ALEPH pour ABRAHAM, YOD pour ISAAC et YOD pour YAACOV, avaient la valeur numérique de VINGT-et-UN, tout comme le mot EHYE, nom sous lequel D.ieu avait chargé MOISE de le présenter aux enfants d’ISRAEL. J’avais ajouté que cela correspondait à la valeur numérique des lettres du Tétragramme, soit vingt-six. Aucun rapport avec le nombre vingt-et-un. Bien entendu, je rectifie, car « errare humanum est - l’erreur est humaine », encore que cette citation latine ne s’applique qu’à des fautes morales, ce qui n’est pas le cas en l’occurrence. Dont acte.

HAPHTARA :

Le texte tiré du prophète EZECHIEL, selon les rabbins ayant fixé cette lecture, a un rapport étroit avec notre paracha. Nous nous souvenons d’abord que l’EGYPTE est qualifiée de crocodile, ainsi que se l’imaginait le Pharaon lui-même. Ceci explique le fait que la première des dix plaies ait permis de changer le bâton de MOISE en serpent. Il fallait que le Pharaon comprenne le sens du message, lui qui se voulait crocodile, selon le texte de EZECHIEL XXIX, 3 disant : « Je m’en prends à toi, grand crocodile, couché au milieu de tes fleuves, toi qui dis : « Mon fleuve est à moi, c’est moi qui me le suis fait. »

Notre paracha nous montrait de quelle manière le Pharaon s’était obstiné, refusant de recevoir le message divin transmis par MOISE destiné à libérer le peuple d’ISRAEL de l’esclavage auquel il avait été réduit. Ce despote devait donc payer les conséquences de son obstination.

Ce que nous retiendrons de notre Haphtara, c’est que l’indépendance économique seule n’est pas en mesure de sauver un pays et de le rendre viable. L’orgueil des peuples riches et bien nantis est donc mal placé, car, ce que nous pouvons affirmer à coup sûr, c’est que la pérennité d’une nation tient avant tout à sa valeur morale et à son esprit d’équité.

En parlant du châtiment que D.ieu infligera aux détracteurs d’ISRAEL renaissant, le prophète s’adresse entre autres à l’EGYPTE : « Ainsi parle le Seigneur D.ieu : Voici, je m’en prends à toi, Pharaon, roi d’EGYPTE, grand crocodile, couché au milieu de tes fleuves, toi qui dis : « mon fleuve est à moi, c’est moi qui me le suis fait... Je rendrai le pays d’EGYPTE désolé entre les pays désolés...(EZECHIEL XXIX, 3 et 12).

Cette prophétie se rapporte à la domination babylonienne. Elle est aussi valable pour les périodes ultérieures. En disant encore : « Je veux les diminuer pour qu’ils ne dominent plus les peuples » (verset 15), nous retiendrons l’idée selon laquelle, un pays autrefois aussi puissant que l’EGYPTE ancienne a pu connaître le déclin. Il en fut de même par la suite, aussi bien pour l’Empire PERSE, GREC que ROMAIN. Et nous savons bien que dans les temps modernes également, des pays ayant connu leur heure de gloire l’ont perdue par la suite. Rien n’est définitif dans le destin des peuples, car il ne faut pas oublier que celui-ci restera toujours placé dans la main de D.ieu. C’est ce que n’avait pas compris alors le Pharaon de la Bible, comme les despotes ayant dominé d’autres peuples.



Alain Goldmann
Grand Rabbin




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