Parasha chemoth 5765

Chabbath 1er janvier 2005 - 20 Teveth 5765 - Début : 16 heures 45 — Fin : 17 heures 56.
publié le mardi 28 décembre 2004
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Lecture de la Torah : Exode 1, 1 — VI, 1 : Esclavage d’ISRAEL ; jeunesse de MOISE ; sa vocation. Haphtara : Achkenazim : ISAIE XXVII, 6 - XXVIII, 13 ; XXIX, 22-23 : Les exilés seront réunis. Sepharadim : JEREMIE 1, 1 - II, 3 : La vocation. Tunisois : EZECHIEL XVI, 1 - 13 : Comment D.ieu s’est épris de son peuple.

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Commentaire de la Torah :

Nous débutons cette semaine la lecture du second livre de la Torah, celui de CHEMOTH, ainsi appelé car notre paracha commence par nous donner les noms des membres de la famille de JACOB qui se sont installés en EGYPTE. Nous apprenons que c’est dans ce pays que les Hébreux ont subi un dur esclavage qui durera deux cent dix années. Notre paracha portant le même nom que l’ensemble du second livre du Pentateuque, généralement appelé l’EXODE, va nous décrire les débuts de cet esclavage et les mesures répressives prises par le Pharaon contre les Hébreux, entre autres, celle de vouloir mettre à mort tous les enfants mâles qui viendraient à naître.

Par cette mesure, le Pharaon, ayant appris par les astres, qu’un Hébreu viendrait un jour délivrer ce peuple d’esclaves, voulait empêcher une telle éventualité. Il ignorait que les voies divines sont mystérieuses et que MOISE, dont nous allons suivre l’itinéraire, serait miraculeusement protégé. C’est donc à lui en effet, que sera confiée la grande mission de faire sortir les HEBREUX du pays d’EGYPTE.

C’est aussi dans notre paracha que nous allons trouver le récit du " buisson ardent." Par ce moyen, D.ieu se révèle à MOISE pour lui apprendre qu’il était choisi en tant que prophète, en tant que guide, destiné à accomplir la volonté de D.ieu en s’adressant à la fois à son peuple mais surtout à PHARAON et aux EGYPTIENS. Ajoutons au passage, en nous inspirant de l’enseignement du Midrash, que l’image du buisson ardent comporte de nombreux enseignements. D’une part, ce petit buisson a été choisi pour nous enseigner que la Torah passe par les plus modestes, qu’elle nous apprend à devoir rester humbles. D’autre part, ce n’est pas sur des sommets immenses que D.ieu doit se révéler, mais au milieu des hommes. Il n’est pas nécessaire d’être un génie en telle ou telle matière scientifique ou religieuse, pour recevoir l’influx divin. La plupart de nos prophètes n’étaient que des bergers ou des hommes simples, qui ont malgré tout été jugés dignes de recevoir la parole divine.

Quant à MOISE, avant de recevoir la mission de guider le peuple Hébreu à sa sortie d’EGYPTE, il émet quelques doutes sur ses capacités. D.ieu tient alors à le rassurer. Pour l’aider dans sa mission auprès de ses frères les Hébreux pouvant mettre en doute la sincérité de son discours, MOISE s’entend dire les mots suivant : « Parle ainsi aux enfants d’ISRAEL : « l’Eternel, le D.ieu de vos pères, le D.ieu d’ABRAHAM, d’ISAAC et de JACOB, m’envoie vers vous. Tel est mon nom à jamais, tel sera mon attribut dans tous les âges. » (Exode III, 15).

Dans le verset précédent, D.ieu s’était déjà présenté en disant : « Je suis l’Etre invariable ». C’est donc par le TETRAGRAMME, le nom ineffable de Hachem, composé de quatre lettres, que D.ieu va désormais s’adresser à MOISE et au peuple d’ISRAEL. Rappelons ici la règle rabbinique selon laquelle HACHEM est toujours en rapport avec la notion de miséricorde, de compassion, tandis que le nom de ELOKIM est davantage en relation avec la notion de DIN, de JUSTICE.

Pour mieux faire comprendre cette notion d’éternité concernant D.ieu, au moment où Il s’adresse à MOISE, puisque ce discours n’est pas assez accessible à la perception humaine, l’existence de D.ieu ayant sa cause en Lui-même et en Lui seul ( Rabbi Itshak ALBO - IKKARIM II, chapitre 27), il a donc été nécessaire de compléter cette définition du D.ieu qui a été, qui est et qui sera. Nous la retrouvons également dans les quatre lettres de HACHEM, par une référence historique, ce qui explique la fin du verset cité.

Pour ce qui est de la promesse selon laquelle le nom de Hachem sera toujours uni à celui des patriarches, comme nous le voyons d’ailleurs dans la première bénédiction de la AMIDA récitée trois fois quotidiennement, « cette promesse donc, relève autant de leur mérite personnel que de la nécessité de rappeler à l’humanité, par des exemples concrets, les premiers Justes ayant réussi à s’élever au degré supérieur, tout en vaquant à leurs occupations terrestres. » (MAIMONIDE - Guide des Egarés, Livre III, chapitre LI).

Ainsi, en parlant des versets 13 et 14 du chapitre III de l’Exode, concernant le sens de EHEYEH - je serai l’invariable, MAIMONIDE veut nous enseigner que ce nom a été communiqué à MOISE pour convaincre ses contemporains « de l’existence de D.ieu. » Il est intéressant de rappeler ce que nous dit « l’Aigle de la Synagogue » nom donné à MAIMONIDE.

En effet, voici son explication : « Tous les hommes, à l’exception de quelques uns d’entre eux, ignoraient alors l’existence de D.ieu, et leur plus haute méditation n’allait pas au-delà de la sphère céleste, de ses forces et de ses effets ; car ils ne se détachaient pas des choses sensibles et ne possédaient aucune perfection intellectuelle. D.ieu leur donna alors une connaissance qu’il devait leur communiquer, afin d’établir pour eux l’existence de D.ieu. Et c’est en effet, ce que l’on peut rigoureusement établir par la voie démonstrative, à savoir qu’il y a quelque chose dont l’existence est nécessaire, qui n’a jamais été non existant et qui ne le sera jamais. » (Guide des Egarés, Livre I, chapitre LXIII).

De son côté, BAHYA ibn PAKOUDA dit : « Si nous pouvions connaître la réalité de D.ieu, Il se serait révélé à nous par elle seule. Mais elle échappe à notre esprit, et D.ieu se qualifie en révélant son essence, comme étant le D.ieu des plus nobles parmi les hommes qu’Il a créés. C’est pourquoi Il dit à MOISE : « Je serai ce que je serai (Je suis l’Etre invariable)... Ainsi diras-tu aux enfants d’ISRAEL : « EHEYEH - Je serai » m’a envoyé vers vous. » (Exode III, 13).

Mais il sait bien que ce nom ne sera pas compris par le peuple et Il juge alors nécessaire d’expliquer ceci : « Ainsi tu diras aux enfants d’ISRAEL : « l’Eternel, le D.ieu de vos pères, le D.ieu d’ABRAHAM, d’ISAAC et de JACOB, m’envoie vers vous. Tel est mon nom à jamais, tel est mon attribut à tous les âges. » Si le peuple ne comprend pas ces paroles et leur signification au moyen de la raison, dis-lui que je suis celui qui se révéla à la tradition de ses ancêtres.

En effet, il n’y a que deux manières de connaître D.ieu : la première, par la raison qui prend en considération toutes les preuves de son être données par ses œuvres et ses créatures ; la seconde étant la connaissance que l’on tire de la tradition des ancêtres. C’est ce que nous appelons la transmission par l’exemple ou le mode de vie que nous ont légué les générations qui nous ont précédé. JOB y fait d’ailleurs allusion en disant : Les Sages l’ont déclaré d’après leurs ancêtres et n’ont rien caché. » (JOB XV, 18).

Nous avons bien conscience de l’impossibilité de percevoir le Créateur par nos sens. C’est pourquoi, notre auteur BAHYA ibn PAKOUDA conclut en ces termes : « Nous ne pouvons donc Le connaître que par une tradition authentique ou bien par les certitudes que nous inspirent Son action. » (Devoirs des cœurs, Portique I, chapitre X).

OR HA’HAIM est d’avis qu’il incombait à MOISE de faire connaître à ISRAEL l’immutabilité de D.ieu, de Celui qu’ils connaissaient déjà en tant que D.ieu révéré par les Patriarches. Il est d’ailleurs intéressant de noter que les initiales des trois patriarches : le ALEPH d’ABRAHAM, les deux YOD d’ITSHAK et de JACOB confondus ont la même valeur numérique que EHIYE (je serai), correspondant au chiffre vingt-et-un.

SFORNO, estime que le passage « tel sera mon attribut de génération en génération » (Exode III, 15), se rapporte bien au Tétragramme, à l’Etre Immuable qui témoigne de son ancienneté et de son éternité. Beaucoup peuvent douter de son existence parce qu’ils ne le perçoivent pas. Un rabbin demanda un jour à un jeune élève de lui dire où se trouvait D.ieu, et l’élève de répondre : « où n’est-Il pas ? »

Enfin, pour NACHMANIDE, le passage cité se rapporte au « D.ieu d’ABRAHAM, d’ISAAC et de JACOB ». En effet, l’Eternel n’oubliera jamais l’alliance des patriarches. Dans toutes les générations on sera exaucé lorsque l’on évoquera le D.ieu des patriarches, comme nous le faisons nous-mêmes, par fidélité à Celui qui nous a si souvent aidés dans des circonstances difficiles, comme ce fut déjà le cas à l’époque des Hébreux en Egypte. Quant à savoir le sens de toutes ces épreuves, cela fera sans doute l’objet d’un autre de nos commentaires.

Nous avions rappelé au début de notre commentaire l’épisode du buisson ardent que MOÏSE put voir sans que celui-ci se consume. Comme l’expliquent beaucoup de nos commentateurs, il s’agit là du symbole selon lequel ISRAËL, bien que souvent attaqué, ne peut disparaître totalement, malgré les nombreuses tentatives effectuées contre lui par des adversaires numériquement plus nombreux que lui. Le Talmud PESSA’HIM 87 b explique que l’on peut ainsi comprendre la raison pour laquelle le peuple d’Israël est dispersé à travers toutes les nations. Ainsi, s’ils sont persécutés dans un pays, ils peuvent trouver refuge dans d’autres. L’Empereur HADRIEN s’exclama un jour en disant : « Combien forte est la brebis qui résiste à soixante-dix loups. » Rav YEHOSHOUA lui répondit : « Combien grand est le berger qui guide et veille sur un tel troupeau. » A constater les multiples tentatives de destruction et d’anéantissement dont nous fûmes l’objet, nous ne pouvons que reconnaître la constante protection que D.ieu n’a cessé de nous prodiguer.

HAPHTARA :

Nous commenterons le texte lu dans les communautés achkenaze, car s’il n’est pas directement lié à la période égyptienne qu’ont vécu les Hébreux, il a une vision messianique, celle qu’attendent depuis tant de siècles tous les réprouvés, tous les exclus, pour que soit mis fin à leurs souffrances.

Le prophète ISAIE s’adresse donc à ses contemporains pour leur reprocher d’avoir provoqué le désastre de la destruction de JERUSALEM. Livrés aux plaisirs terrestres et enivrés par la boisson, ils n’étaient point capables de recueillir les paroles du prophète. C’était comme s’il parlait à des petits enfants, à des nourrissons à peine sevrés. Cependant, l’ivrognerie et la perversion, ces maux que connaît malheureusement notre société contemporaine avec tous leurs effets néfastes, ne sauront détourner JACOB de sa mission. Grâce au concours divin, le peuple se ressaisira.

Le prophète s’exclame : « Aux temps futurs, JACOB étendra ses racines, ISRAEL donnera des bourgeons et des fleurs, et ils couvriront de fruit la surface du globe. » (ISAIE XXVII, 6). En relisant ce passage, nous nous rendons bien compte combien il se rapproche de notre réalité quotidienne, à voir le rayonnement technologique et scientifique d’ISRAEL à travers tous les continents. Il n’est que de voir le développement prodigieux des relations entre ce petit pays et la CHINE ou l’INDE, les deux pays les plus peuplés de l’univers.

Mais pour notre prophète, sa vision future, en ayant présent à l’esprit l’esclavage en EGYPTE qui fut le premier de nos exils, c’est le retour du peuple sur la terre d’ISRAEL autrefois appelée terre de CANAAN. En disant : « Aux temps futurs, JACOB étendra ses racines, ISRAEL donnera des bourgeons et des fleurs, et ils couvriront de fruits la surface du globe. » (ISAIE XXVII, 6), notre prophète, en contrepartie des exils successifs subis par ISRAEL, considère que celui-ci prendra racine sur sa terre d’élection. Dans la dispersion, et même dans les meilleurs des cas, il ne peut que ressembler à une racine déracinée.

Ce n’est que lorsque ISRAEL se trouve bien installé sur sa terre, qu’il peut mesurer la grandeur de la faveur divine à son égard. « D.ieu les a-t-il frappés comme Il frappa leurs agresseurs. Ont-ils péri comme périrent leurs victimes atteintes par lui. C’est avec modération que tu as puni ce peuple en le congédiant... »

Pour expliquer ce dernier passage, RADAK croit nécessaire d’ajouter : « La colère du Créateur envers ISRAEL n’était que passagère et en rien semblable à celle qu’Il éprouve à l’égard de ses bourreaux. »

A cet égard, comment ne pas rappeler ici que dans quelques jours nous célébrerons le 60ème anniversaire de la libération du camp sinistrement célèbre d’AUSCHWITZ. Des millions de nos frères y sont morts, gazés pour la plupart, et brûlés dans les fours crématoires.

C’est aussi pour nous l’occasion de mentionner une nouvelle fois qu’en janvier 1942, les nazis réunis à WANSEE dans la banlieue de BERLIN, avaient mis définitivement au point leur plan dit de la « solution finale ». Nous ne savons que trop les conséquences diaboliques et dramatiques qui en résultèrent. Aussi, à la fois pour donner une explication d’actualité à notre sidra et à notre haphtara, nous semble-t-il utile de voir dans ces deux textes fondamentaux de notre tradition religieuse, bien des raisons de croire à la vérité de cette phrase du Psalmiste que nous lisons dans nos prières tous les soirs : « Non certes, il ne s’endort ni ne sommeille, celui qui est le gardien d’ISRAEL. » (Psaumes CXXI, 4).

Le peuple juif a bien souvent pu constater, quand il croyait avoir tout perdu, combien reste vraie et toujours actuelle ce verset des Psaumes pour maintenir et renforcer notre espérance dans un avenir plus radieux.



Alain Goldmann
Grand Rabbin




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