Parasha vaye’hi 5765

Chabbath 25 décembre 2004 - 13 Teveth 5765 - Début : 16 heures 40. - Fin : 17 heures 50.
publié le dimanche 19 décembre 2004
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Lecture de la Torah : Genèse XLVII, 28 - L, 26 : La mort de JACOB et celle de JOSEPH. Ultimes recommandations.

Haphtara : I Rois II, 1 - 12 : Mort de DAVID.


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Commentaire de la Torah :

Avec cette paracha, nous allons achever la lecture du premier livre de la Torah, celui de BERESHIT. Il y sera question de la fin de l’histoire de JACOB et de celle de ses douze fils. Aussitôt après commencera l’esclavage des HEBREUX en Egypte.

Le premier verset de la paracha dit : « JACOB vécut, dans le pays d’Egypte, dix-sept ans ; la durée de sa vie fut donc de cent quarante-sept années. » (Genèse XLVII, 28). Ce passage soulève plusieurs difficultés. En effet, comment est-il possible que la Torah puisse nous dire que JACOB a vécu en Egypte ? Est-ce que l’on peut « vivre » en toute quiétude, quand on se trouve dans un lieu rempli d’idoles, où règne la violence, où les meurtres étaient monnaie courante ?

A ces questions, en observant tous les malheurs qu’ont connus les juifs en EUROPE durant près de dix siècles, en particulier en POLOGNE où vécurent trois millions de juifs avant la SHOAH, ayant subi l’antisémitisme et les pogroms, le SEFAT EMETH, l’un de nos grands maîtres, se pose lui aussi le problème concernant le séjour de JACOB durant les dix-sept dernières années de son existence terrestre. Un tel séjour est-il synonyme de vie normale et paisible ?

Pour y répondre, il cite le dernier verset du prophète MICHEE - chapitre VII, 20 : « Tu témoigneras à JACOB la fidélité, à ABRAHAM la bienveillance, que tu as jurées à nos pères dès les premiers âges. » Dans ce même chapitre, au verset 15, il était déjà question de la sortie d’Egypte : « Oui, comme à l’époque de la sortie d’Egypte, je lui ferai voir des prodiges. » On veut démontrer d’où JACOB tirait sa force de caractère durant son séjour en Egypte.

Il est possible de voir un miracle dans le fait qu’un juif tel que JACOB est soutenu par la vérité de sa foi. Il peut alors vivre en EGYPTE et surmonter toutes les épreuves qu’il y a rencontrées. C’est ce que veut souligner le SEFAT EMETH dans son premier commentaire sur notre paracha. Il indique que la bienveillance (HESSED) qui a soutenu ABRAHAM et la vérité (EMETH) qui était la marque spécifique de JACOB durant leur séjour respectif en EGYPTE les a protégés. Ces deux vertus ont également protégé nos ancêtres durant tous temps, dans toutes les adversités qu’ils eurent à connaître.

Notre auteur montre l’importance que prend le début de notre texte disant : « JACOB a vécu - VAYE’HI et non a été - VAYEHI », car vivre c’est traverser l’existence avec tout ce qu’elle comporte de beau. En général, le terme « VAYEHI - ce fut », comporte toujours un côté malheureux, fait référence à un événement triste. Or, JACOB, en rejoignant son fils JOSEPH après une si longue absence, pouvait estimer que les dernières années de sa vie étaient les plus heureuses, même s’il se trouvait obligé de vivre dans l’exil de l’EGYPTE.

Par sa foi, qui lui donnait sa force spirituelle, en ne vivant que pour servir D.ieu, JACOB pouvait certes considérer que ce qu’il trouvait sur cette terre d’accueil ne correspondait nullement aux valeurs auxquelles il était si fortement attaché.

La Torah veut donc nous montrer que JACOB, arrivé en EGYPTE, n’a pas faibli dans ses convictions. Nulle influence liée généralement à l’exil n’a eu prise sur lui. Il se doutait que le séjour qu’il y ferait ne serait que d’une durée limitée et non définitive. Nous avions déjà constaté la fermeté de sa position religieuse lors de la rencontre avec son frère ESAU à qui il dit : « J’a séjourné chez LABAN, et prolongé mon séjour jusqu’à présent. » (Genèse XXXII, 5). Nos Sages indiquent entre autres que JACOB, bien qu’ayant demeuré chez un homme de peu de foi tel que LABAN, a néanmoins continué à respecter les traditions et les coutumes qu’il avait apprises au sein du foyer familial, c’est-à-dire les 613 commandements de la Torah, bien avant que celle fut promulguée au Mont Sinaï.

Au seuil de la mort, poursuit le texte, JACOB ayant réuni ses fils, voulut leur dévoiler ce que serait sa fin dernière, ainsi que le rappelle RACHI. Cependant son esprit s’étant obscurci, son don prophétique l’ayant quitté, il ne put rien dire. Il s’est seulement contenté de faire des recommandations à chacun de ses douze fils. C’est ce qui explique que notre paracha est dite « SETOUMA - fermée ». En effet, il n’existe aucun blanc sur le rouleau de la Torah, comme c’est généralement le cas, pour séparer notre paracha de celle de VAYIGASH qui l’a précédée. SETOUMA, ce qui obstrue, c’est donc également la vision des choses lui ayant été cachées, sans pouvoir dévoiler les mystères eschatologiques. Il fallait que l’exil de ses descendants puisse se dérouler jusqu’au terme fixé par D.ieu pour assurer notre délivrance. Par son message, JACOB, s’adressant à ses fils et par-delà eux-mêmes à nous tous, a voulu montrer qu’on ne peut surmonter les difficultés liées à un séjour sur une terre d’exil, qu’au prix de lourds sacrifices. Seule la fidélité à nos valeurs ancestrales peut nous aider à les supporter et à les surmonter.

C’est là aussi le secret de notre survivance en tant que peuple juif. Si nous n’y prêtons garde, nous risquons par l’assimilation de nous perdre dans le flot des nations. Nous savons que toute notre Histoire est traversée de toutes sortes d’épreuves. Elles pourraient nous faire plier devant ceux ayant décidé et espèrent encore de nos jours, de nous effacer, de nous anéantir, tantôt par les pogromes, tantôt par les conversions doucereusement suggérées ou parfois imposées. Comme pour JACOB, c’est donc une FOI sans compromissions qui n’a cessé de nous soutenir pour nous permettre d’atteindre la fin de tous nos exils liée à l’arrivée de l’ère messianique à laquelle JACOB a sans doute voulu faire allusion.

On pourrait chaque jour se poser la question de savoir à quel moment il viendra. Pour nous, c’est une question de FOI sans pouvoir donner une réponse ferme et définitive. Peut-être, les rabbins ont-ils voulu nous donner un début de réponse en disant : « Le fils de DAVID (le Messie) ne viendra que lorsque l’on désespèrera de la délivrance finale, quand il ne se trouvera plus de soutien ou d’aide pour le peuple d’Israël ». (Sanhedrin 97 a). Phrase curieuse, qui peut nous laisser penser que nous vivons cette époque où nous pouvons compter les rares amis qui nous restent.

HAPHTARA :

« Prends courage, et sois homme. » (I ROIS II, 2). La recommandation du roi DAVID mourant à son successeur, ne prend pas en compte les charges de la royauté, ni les préoccupations personnelles. Il s’agit en premier lieu de l’obéissance à la Loi : « Obéis fidèlement à l’Eternel, ton D.ieu, en marchant dans ses voies, en observant ses lois, ses préceptes, ses règles et ses statuts, comme il est écrit dans la Loi de MOISE, afin que tu prospères dans tes œuvres et dans toutes tes entreprises. » (verset 3).

RADAK est d’avis que dans ce passage, DAVID recommande à son fils SALOMON, avant toute chose, d’imiter la miséricorde divine, d’accomplir les lois dont le sens nous est voilé, ainsi que les différents préceptes et règles qui nous rapprochent de plus en plus de l’idéal divin, seule source de réussite et de prospérité.

« La loi dont l’utilité n’est pas évidente, n’est pas une chose vaine, même si elle nous paraît telle. » (Talmud de Jérusalem, traité de PEA, chapitre I). Qu’est-ce que cela signifie ? « Cette législation n’est pas une chose vaine sans but utile, et s’il vous semble qu’il en est ainsi à l’égard de certains commandements, la faute en est à votre compréhension insuffisante. » (MAIMONIDE - Guide des Egarés, III, chapitre XXVI).

Nous savons que le vœu de DAVID ne se réalisa que partiellement. Certes, SALOMON fut en possession de presque tous les mystères de la pensée et de la religion, mais il connut une certaine défaillance dans l’observance de la Loi. « Tu connais cette tradition si répandue parmi nous selon laquelle SALOMON connaissait la raison de tous les commandements, à l’exception de celle relative à la Loi de la vache rousse » (Midrash KOHELETH VII). Nous connaissons l’opinion de nos Sages selon laquelle D.ieu a caché la raison des commandements, pour ne pas risquer de les négliger, comme cela arriva à SALOMON à l’égard des trois commandements dont la raison est pourtant expressément indiquée - voir Deutéronome XVII, 16-17. (Guide des Egarés, texte cité plus haut).

Rappelons ici ces trois commandements que SALOMON a négligés : 1° de multiplier le nombre de chevaux (pour éviter les relations avec l’Egypte où l’on aurait été tentés de retourner, ce pays étant à l’époque un grand centre d’approvisionnement en chevaux. 2° d’avoir trop de femmes (pour ne pas risquer d’être entraîné vers des cultes païens). 3° de ramasser beaucoup d’or et d’argent (pour ne pas devenir orgueilleux), selon le commentaire du SEFER HAMITZWOTH.

Dans le Talmud (Sanhedrin 21 b) on ne parle que des deux premières défenses que SALOMON transgressa. On avait pensé qu’il aurait été capable d’éviter les relations avec l’Egypte et de résister à la séduction des femmes. Il n’en fut malheureusement rien.

En effet, l’on sait comment la fin de son règne fut constituée d’une série de dérèglements dans le comportement de ce roi dont les débuts de règne avaient pourtant été si prometteurs. Il n’a donc nullement tenu compte des leçons de son père, contrairement à ce qu’il recommande lui-même dans l’un de ses propres textes disant : « Ecoute, mon fils, les remontrances de ton père, ne délaisse pas les instructions de ta mère. » (Proverbes I, 8). Nous savons combien cela eut une influence néfaste sur la suite de l’histoire des rois d’Israël entraînant bien des malheurs pour le peuple subissant les mauvais exemples constamment dénoncés par la Torah.



Alain Goldmann
Grand Rabbin




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