Parasha miketz 5765

Chabbath 11 décembre 2004 - 28 Kislev 5765 - Début : 16heures35 - Fin : 17heures45
publié le lundi 6 décembre 2004
Partagez cet article :



Lecture de la Torah : Genèse XLI, 1 - XLIV, 17 : JOSEPH, maître de l’Egypte. 2ème rouleau : Nombres VII, 30 - 35 : Liste des Princes ayant participé à l’inauguration du Tabernacle. HAPHTARA : ZACHARIE II, 14 - IV, 7 : « Non par la force, mais par mon esprit. »

publicité

Commentaire de la Torah :

« Après un intervalle de deux années, PHARAON eut un songe, où il se voyait debout au bord du fleuve. »

JOSEPH était déjà resté en prison durant dix ans, après avoir été vendu par ses frères. Deux années supplémentaires lui furent encore imposées après qu’il eut interprété le songe de l’échanson du Pharaon. Il lui avait demandé de le rappeler au bon souvenir du maître de l’Egypte afin de le faire libérer. Il avait donc eu tort de mettre sa confiance en un être humain, alors qu’il devait attendre sa libération de D.ieu Lui-même. A ce propos, le Midrash, pour nous montrer combien il est illusoire de croire en une parole ou une promesse humaine cite le passage biblique suivant : « Heureux l’homme qui cherche sa sécurité en l’Eternel, et ne se tourne pas vers les orgueilleux et les amis du mensonge. » (Psaumes XLV, 5).

Nous pouvons aisément comprendre à quel point, après tant d’années d’emprisonnement, JOSEPH a cru utile de s’en remettre à une personne en laquelle il avait mis toute sa confiance. Mais cette confiance mal placée, nos Sages la considèrent comme une sorte de faute, car en disant à deux reprises : « Que si tu te souviens de moi » et « parle de moi à PHARAON » (Genèse XL, 14), D.ieu lui a imposé de rester deux années supplémentaires en prison.. En fait, il ne pouvait pas en être autrement. En effet, nous lisons dans le livre de JOB, chapitre XXVIII, 3 : « Il a posé des limites à l’obscurité ; jusqu’aux extrêmes profondeurs il va chercher le minerai caché dans les ténèbres et l’ombre de la mort. »

Selon le Midrash, il y a là une allusion à D.ieu, car c’est Lui qui fixe le terme mettant fin à l’obscurité qu’Il impose à l’univers. L’obscurité désigne en fait également le « YETSER HARA - le mauvais penchant. » Car aussi longtemps que celui-ci règnera, sous toutes les formes possibles, aussi longtemps l’obscurité et l’ombre de la mort domineront le monde. Le verset cité plus haut est donc une allusion générale au YETSER HARA empêchant de laisser passer la lumière.

Mais selon une autre interprétation du Midrash, ce verset peut également s’appliquer au cas de JOSEPH pour lequel D.ieu a fixé les limites de son emprisonnement. C’est à son terme seulement, que par coïncidence, le PHARAON eut son rêve pour lequel il fallait trouver une interprétation que JOSEPH réussit lui fournir, pouvant ainsi être libéré de prison.

La stature humaine et morale de JOSEPH lui a permis de lutter contre son YETSER HARA, au prix de sa liberté, au prix de dures souffrances. C’est en rencontrant en prison l’échanson du roi qu’il put, par son intermédiaire, obtenir sa libération. Celle-ci eut pour effet de transformer le prisonnier d’hier en un homme de gouvernement hautement apprécié par le PHARAON. Celui-ci lui laissa alors les rênes du pouvoir afin de sauver le pays de la famine, grâce à un génial plan économique proposé par JOSEPH et que lui avait inspiré D.ieu.

Le Midrash a précisément voulu utiliser le verset de JOB cité plus haut en l’appliquant à JOSEPH. JOB veut en effet nous enseigner qu’un homme assumant pleinement ses responsabilités est en mesure de changer le monde en chassant l’obscurité pour laisser place à la lumière. JOSEPH y est parvenu. D’autres grands hommes de l’Histoire ont eux aussi réussi à modifier le cours de l’Histoire. Que l’on songe avant tout à MOISE, aux Rois d’Israël, ou plus près de nous à de grands personnages de l’histoire contemporaine tels que les dirigeants américains ou anglais durant la seconde guerre mondiale luttant contre le nazisme ou les dirigeants sionistes tels Théodore HERZL, Haïm WEITZMAN, BEN GOURION et tant d’autres.

JOSEPH est la flamme dont l’exemple servit plus tard ceux qui, par leur détermination ont permis que se réalise le miracle de HANOUCA. Il a soulevé le voile recouvrant l’obscurité, il a mis fin à celle-ci. Il a montré l’exemple aux HASMONEENS. Dans une période difficile, par leur courage, ils ont ranimé une flamme quand les maisons juives étaient plongées dans l’obscurité des despotes grecs. Sans JOSEPH, MATATHIAS n’aurait pas eu le réflexe d’agir comme il le fit par la suite pour s’opposer aux Grecs dans leur projet de vouloir imposer les cultes païens aux Juifs.

Pour en revenir à JOSEPH, on peut dire qu’il commit seulement l’erreur de vouloir faire confiance à l’échanson lorsque celui-ci sortit de prison deux ans avant lui. Il lui avait dit : « souviens-toi de moi » (Genèse XL, 14). Pour s’être rapproché d’un méchant, la délivrance lui a donc échappé. Ce n’est que lorsque celui-ci l’eut complètement oublié, qu’est malgré tout intervenu son salut. Mais même lorsque l’on se trouve dans une situation désespérée, et ce fut souvent le cas tout au long de notre Histoire, il convient de ne pas perdre de vue ce que nous inspire le roi DAVID en disant : « Aies confiance en l’Eternel et agis bien ; ainsi tu habiteras le pays en cultivant la loyauté. » (Psaume XXXVII, 3).

Comme JOSEPH luttant contre le milieu néfaste où il se trouvait, les HASMONEENS eux également, avaient compris l’importance de refuser la civilisation grecque cherchant à dénier aux Juifs le droit de pratiquer leur religieux et de rester eux-mêmes. On peut prendre l’exemple de la prière de la HAVDALA (séparation), récitée après la sortie du Chabbat. Par elle, l’on comprend mieux la nécessité de se séparer de tout ce qui peut contribuer à avoir une mauvaise influence sur nous. C’est ce qu’avait déjà compris JOSEPH tout comme bien plus tard les HASMONEENS, dont nous venons de parler. En effet, dans cette prière de la HAVDALA, il est question de trois sortes de séparations. Il est dit notamment : 1° « entre la lumière et l’obscurité. » 2° « entre ISRAEL et les nations. » 3° « entre le septième jour et les six jours de la Création. »

Ces trois modèles de séparation nous renseignent sur trois types de réflexion : à propos de l’univers, du temps - l’année, et de l’esprit - notre âme.

Le monde fut créé avec ces deux contrastes que sont la lumière et l’obscurité. Pour l’âme, notre tradition nous renseigne également sur la spécificité juive par rapport aux nations du monde. Enfin, pour le temps, nous avons les commandements relatifs à l’observance du Chabbat que D.ieu nous a ordonnés. Comme nous le savons, ce jour hebdomadaire de repos, de méditation, est distinct des autres jours de la semaine. Mais par-dessus tout cela, ce qui est essentiel, c’est notre âme. Si celle-ci fait bien la distinction entre le sacré et le profane - le KODESH et le ‘HOL, il sera bien plus aisé pour elle de faire la séparation d’éléments opposés, aussi bien dans le temps que dans l’espace.

Nous trouvons d’ailleurs ces mêmes questions quand il s’agit de la fête de HANOUKA. En effet, aussi longtemps que les HASMONEENS se sont tus et n’ont pas réagi, l’influence des Grecs par leurs formes d’idolâtrie s’est répandue au milieu du peuple juif de l’époque. Beaucoup de ces juifs ont adhéré à cette culture païenne sans en mesurer tous les dangers. Tout cela ne s’est achevé que par la résistance qu’ont su opposer les HASMONEENS. Vus dans la perspective actuelle, ils pourraient apparaître comme constituant une forme d’intégrisme religieux dont il est beaucoup question de nos jours. Ce serait une erreur de jugement, car ils ont combattu pour l’essentiel, à savoir la défense de la pratique de la TORAH sérieusement menacée alors.

Nous connaissons la question soulevée dans le Talmud Chabbat 21 b, quand les Rabbins demandent : « Qu’est-ce que HANOUKA ? » Il est évident que chacun est censé connaître l’Histoire telle qu’elle nous est rapportée au chapitre X du second Livre des MACCABEES. Mais il convient de se souvenir de la réponse donnée par RACHI, à propos de la question : « quel miracle a-t-on voulu célébrer lors de cet événement ? » Et de préciser que nos Sages ont davantage mis l’accent sur la victoire spirituelle que sur celle des armes. En allumant le chandelier dont les huiles avaient jusqu’alors été souillées par les Grecs, nos Maîtres tenaient avant tout à mettre en relief la notion de LUMIERE et de HAVDALA pour séparer le peuple de la Torah de ceux qui voulaient l’empêcher de la pratiquer. Par ce geste de l’allumage des lumières de HANOUKA, on peut comprendre la distinction faite entre LUMIERE et OBSCURITE. Sans cette distinction faite dès les origines, le peuple d’ISRAEL aurait disparu depuis fort longtemps.

De tout ce que nous venons d’exposer, et en nous reportant au verset de JOB cité plus haut, nous pouvons aussi admettre la nécessité de mettre fin, par notre combat incessant, à tout ce qui pourrait contribuer à mettre en cause la spiritualité et la morale telle que nous l’enseigne la TORA.

Comme nous l’avons déjà amplement démontré, JOSEPH a su vaincre son mauvais penchant, notamment lorsque la femme de PUTIPHAR son geôlier, a tenté de le séduire et qu’il a eu le courage de dire : « Comment pourrais-je commettre un si grand méfait et offenser le Seigneur ? » (Genèse XXXIX, 9). Ce grand personnage de la Bible que l’on appelle d’ailleurs JOSEPH HATSADIK, Joseph le Juste, a réussi à apporter de la lumière au monde, par l’exemple qu’il nous laisse. De la même manière, MATATHIAS a lui aussi refusé le paganisme des Grecs et ce sont les lumières de HANOUKA qui nous servent de leçon. Elles nous rappellent à nos devoirs en tant que juifs, pour préparer la délivrance ultime de tous nos malheurs.

HAPHTARA :

Le texte du prophète ZACHARIE que nous lisons cette semaine a été choisi parce qu’il mentionne le chandelier en place dans le premier et le second Temple. Nous comprenons donc le rapport existant entre ce passage biblique et le CHABBAT HANOUKA que nous célébrons cette semaine.

Rappelons brièvement ici l’histoire des événements ayant conduit à la victoire des Hasmonéens et à l’instauration de la fête de Hanouka. Nous analyserons succinctement quelques idées se dégageant de notre Haphtara. Il s’agit de la période de reconstruction du second Temple qui avait détruit en 586 avant l’ère vulgaire, par NABUCHODOSOR.

Au mois d’août 520 avant l’ère vulgaire, un prophète nommé ‘HAGGAÏ (Aggée) dont nous n’avons conservé que deux chapitres de ses prophéties, mandaté par D.ieu, mit en demeure les chefs et le peuple de JUDA d’entreprendre la réédification du Temple. Il tenait ainsi compte des événements politiques de l’époque. En effet, l’Empire Perse était alors en prie à une très violente agitation. Beaucoup de prétendants au trône central se présentèrent à la suite de la mort de CAMBYSE, au printemps 522.

C’est donc dans ce contexte que le prophète « ’HAGGAÏ a pu considérer que les heurts qui s’étaient produits entre les nations étaient en quelque sorte un préllude à l’écroulement de l’Empire Perse et de l’ébranlement final de la terre. Ce prophète estima donc qu’il y avait pour les Juifs le devoir de reconstruire sans tarder le Temple. Devant les lenteurs rencontrées auprès de ses frères juifs, il leur fit de sérieux reproches. (‘HAGGAÏ I, 9). Bientôt, un autre prophète, ZACHARIE se joignit à ses appels et déclara : (Chapitre I, verset 1 à 6) : « Revenez à moi, et je reviendrai à vous. » Il résulta de cet appel que la première pierre du nouveau Temple fut solennellement posée en décembre 520. ( ‘HAGGAÏ II, 18 - ZACHARIE IV, 9). Les travaux de restauration furent achevés en quatre années et demies (août 520 à mars 515).

Le choix de notre Haphtara parlant d’un chandelier, avec la lecture dans le second rouleau de la Torah se trouve justifié puisque dans ce dernier, il est question de l’inauguration du Tabernacle dans le désert, après la sortie d’Egypte. (Nombres Chapitre VII). Nous savons également que HANOUKA signifie « INAUGURATION ». Il est facile de le comprendre. En effet, il s’agit de la dédicace du Temple, après qu’il eût été souillé et profané par les occupants grecs que les HASMONEENS finirent par vaincre. La source la plus ancienne relative à cet événement brièvement cité dans le Talmud Chabbat 21 a, déjà rappelé plus haut dans notre commentaire sur la Torah. La fête de HANOUKA se trouve par ailleurs mentionnée dans le second livre des Macchabéens, chapitre X, versets 5 à 8. Il s’agit là d’un texte ne faisant pas partie de notre canon biblique.

A présent, essayons brièvement, à la lumière de ce que nous venons de rappeler, de tenter de comprendre le sens de notre Haphtara. Le prophète ZACHARIE a pour objectif d’annoncer le retour de la prophétie en Israël, à une époque où tout semblait déjà perdu pour la perpétuation du message divin. Dans un monde de violences, d’incrédulités, au temps où il vivait et qui n’a rien à envier à notre période actuelle, il était indispensable de se sentir rassurer quant à la permanence et à la valeur de cette parole sacrée, même si nous n’en avons pas toujours une perception claire et directe.

Aussi, ZACHARIE tient-il à dire : « Ceci est la parole de l’Eternel à ZOROBAVEL : « ni par la puissance ni par la force, mais bien par mon esprit ! dit l’Eternel Cebaot. » (ZACHARIE IV, 6). Pour ceux que cela pourrait intéresser, précisons que ce verset biblique figure devant la Synagogue de la Paix à Strasbourg, lorsqu’elle fut inaugurée après la destruction par les allemands dans l’ancienne synagogue du quai Kléber. C’était bien la réponse qu’il fallait donner à ceux qui avaient programmé la destruction du peuple juif par la solution finale.

Notre verset est donc chargé de beaucoup de significations. Il entend nous rappeler qu’un jour viendra où le centre de la spiritualité sera situé dans une JERUSALEM restaurée et pacifiée. Nous savons que l’ère messianique à laquelle correspond cette vision prophétique, doit se préparer. Comme au temps de ZOROBAVEKL, aussi qu’à notre époque, bien des conditions mises pour la réalisation ultime de ce projet restent encore à remplir. Travailler à la paix dans le monde, à la paix entre les hommes, pour que vienne enfin le règne du D.ieu Un que nous ne cessons de vénérer et servir.



Alain Goldmann
Grand Rabbin




blog comments powered by Disqus



Articles incontournables