« Un petit miracle... »

Billet du 5 décembre 2004
publié le samedi 4 décembre 2004
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Bonjour,

Nous sommes à un peu plus de 48 heures de la fête de Hannouka et l’on peut se demander si les miracles et les prodiges que nous rappelons durant cette fête devront éternellement se conjuguer au passé. Pourquoi le « nes gadol », le grand miracle n’aurait-il pas lieu aujourd’hui ? Des miracles nous en aurions bien besoin et le fait est que depuis l’histoire de Hannouka, c’est à dire il y a 22 siècles, les miracles, les manifestations divines n’existent plus. Il y a bien ci et là des « petits miracles », des situations compliquées qui se dénouent sans que l’on y perçoive obligatoirement l’action de l’homme, des guérisons inattendues, des malheureux qui connaissent le bonheur, mais tout cela est tellement épisodique que l’on en revient inexorablement à prier Dieu, comme dans « Un violon sur le toit » pour qu’Il nous accorde un « petit miracle ».

Alors avec Hannouka nous nous mettons à rêver. Et si par enchantement les juifs de France et d’ailleurs pouvaient vivre heureux en paix avec les autres peuples. Et si la vision de Zacharie que nous évoquerons prochainement pouvait se réaliser de notre vivant à savoir que l’esprit triomphe sur la force. Et si nos frères et nos sœurs en Israël pouvaient prendre le bus le matin en allant à l’école ou au travail sans avoir la peur au ventre. Et si en Israël toujours, les barrières pouvaient tomber pour laisser place à des frontières naturelles reconnues par tous. Et si, et si seulement...

Mais voilà, les lumières de Hannouka ne doivent pas nous aveugler mais nous éclairer. Un récent sondage en Israël commandé par l’association Natal qui aide les victimes de traumatismes psychologiques subis par les actes terroristes fait résonner une triste réalité. 11% des israéliens se déclarent touchés directement par un acte terroriste depuis le début des violences palestiniennes il y a quatre ans. Plus encore, 20% de la population israélienne se déclare déprimée à cause de la situation sécuritaire. Et comme un cri unanime, 82% des Israéliens se disent inquiets pour leur avenir personnel.

Alors Hannouka dans tout cela... Les miracles se font attendre. Pourtant être juif c’est croire en nos actions et en notre responsabilité. Nous n’attendons rien d’un Dieu providentiel. Tout au moins peut-Il nous aider dans nos actions pour autant que nous en ayons la volonté. La déprime du peuple juif n’est pas nouvelle. Chaque siècle nous a donné notre lot d’anxiété et d’inquiétudes. Mais ce qui fait la force de notre petit peuple c’est d’avoir toujours conservé l’espoir et la force de la vie. C’est bien ce que révèle la conclusion de sondage qui affirme que 56% des Israéliens jugent qu’il faut être optimiste pour l’avenir du pays. Huit Israéliens sur 10 sont inquiets pour eux et plus de la moitié sont optimistes pour l’avenir du pays. Le paradoxe israélien est ici résumé. Tous les instituts de sondage seraient déboussolés face à de tels chiffres pour les interpréter alors qu’ils ne sont que l’émanation de l’âme juive dans sa profondeur, sa complexité et ses traumatismes.

La vie est faite de petits miracles et à mesure que nous avancerons dans la fête de Hannouka, chaque bougie nous aidera à mieux les percevoir.

Hag Saméah, bonne fête de Hannouka, Shavouah tov, bonne semaine à tous et à dimanche prochain.



Gabriel Farhi
Rabbin
AJTM - Alliance pour un Judaïsme Traditionnel et Moderne
Aumônier israélite des hôpitaux de l’AP-HP
Chroniqueur sur Judaïques FM 94.8




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