Parasha vayishlakh 5765

Chabbath 27 novembre 2004 - 14 Kislèv 5765 - Début : 16 heures 41. Fin : 17 heures 48.
publié le mardi 23 novembre 2004
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Lecture de la Torah : Genèse XXXII, 4 - 36 fin : JACOB - ISRAEL ; mort d’ISAAC. HAPHTARA : OBADIA : Châtiment d’ESAU - EDOM.

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Commentaire de la Torah :

Dans notre paracha, on nous rapporte un fait similaire à ce qui avait déjà été indiqué dans la section LEKH-LEKHA, à propos de la mention du changement de nom du patriarche ABRAHAM. Celui-ci fut longtemps appelé ABRAM avant que ne soit modifié son prénom en ABRAHAM (Père de toutes les multitudes). (Genèse XVII, 5). Il en est de même dans notre passage biblique. Nous y apprenons que le troisième de nos patriarches, JACOB, après son combat avec l’ange de D.ieu dont il a triomphé, sera désormais appelé ISRAEL. (Genèse XXXIII, 29 et XXXV, 10). Dans le premier passage, l’explication est claire. L’ange dit à JACOB : « car tu as jouté avec des puissances célestes et humaines, et tu es resté fort. » Ce changement d’identité nous semble extrêmement important. Il est particulièrement suggestif pour nous-mêmes. Il n’est que de songer à tous ceux de nos frères, qui, durant la période de l’Inquisition et surtout celle de l’occupation allemande dans les pays d’Europe pendant la seconde guerre mondiale, durent modifier leur identité pour échapper aux poursuites dont ils furent l’objet.

Ce ne fut pas le cas pour le patriarche JACOB. Ce n’est pas lui qui demanda le changement de nom, mais D.ieu qui en décida ainsi, pour des raisons que nous pourrons analyser plus loin. Toutefois, les cas des patriarches ABRAHAM et JACOB, s’ils apparaissent identiques, sont en réalité différents. Selon le Talmud Berachoth 11 b, une discussion existe entre deux de nos maîtres à propos de ces deux patriarches. Pour ABRAHAM, dire ABRAM au lieu de ABRAHAM c’est enfreindre un commandement positif car il est écrit : « Ton nom sera ABRAHAM » (Genèse XVII, 5), et selon la Halakha, il ne faut plus garder l’ancienne dénomination. Par contre, nous rappelle ce même passage talmudique, il faut savoir que le changement de nom de JACOB remplacé par celui d’ISRAEL est important. Certes, le prénom de JACOB restera conservé, D.ieu lui-même l’ayant encore appelé ainsi au moment où celui-ci s’apprêtera à se rendre en EGYPTE. (Genèse XLVI, 2).

Mais pour quelle raison, demandent nos Rabbins, le prénom de JACOB ensuite transformé en ISRAEL est-il malgré tout maintenu ? Il existe de nombreuses explications à ce sujet. Nous n’en retiendrons qu’une. Elle permet de nous éclairer du point de vue de la philosophie et de la pensée juive.

Nous sommes placés face à deux phénomènes. Pour ce qui concerne ABRAHAM, l’essentiel ne réside pas dans son prénom, car pour lui, le prénom ABRAHAM tel que nous l’avons conservé correspond bien à un titre qui lui fut décerné comme il est écrit : « car je te fais le père d’une multitude de nations. » (Genèse XVII, 5).

ABRAHAM a commencé à apporter à l’humanité la connaissance du D.ieu Un. Il a lutté pour imposer le droit et la justice, fondements essentiels sur lesquels repose l’équilibre du monde. Au moment de détruire les cités de SODOME et de GOMORRHE, D.ieu n’a t-il pas estimé nécessaire de consulter ABRAHAM ? En effet, dit le texte : « Si je l’ai distingué, c’est pour qu’il prescrive à ses fils et à sa maison après lui d’observer la voie de l’Eternel, en pratiquant la vertu et la justice. » (Genèse XVIII, 19). Ainsi, pour D.ieu, ABRAHAM était celui devant être en mesure de transmettre ces vertus à ses descendants. Le chemin de D.ieu doit permettre de guider les hommes dans la pratique de la JUSTICE et du DROIT. ABRAHAM est donc celui qui n’a cessé de lutter pour ces principes dont notre époque semble tellement dépourvue. Par conséquent, il est indispensable de conserver son nom modifié et non celui d’origine.

Par contre JACOB a directement reçu de la part de D.ieu cette mission ancestrale destinée à faire connaître le grand idéal de D.ieu reposant sur ces principes de JUSTICE et de DROIT. A cet égard, le prophète ISAIE dit ceci : « Donc, ainsi parle l’Eternel à la maison de JACOB, lui, le libérateur d’ABRAHAM : « Désormais, JACOB ne sera plus mortifié, désormais son visage ne doit plus pâlir. » (XXIX, 22). La suite de ce passage prophétique nous dit encore : « Car, lorsque ses enfants le verront, l’œuvre des mains que j’accomplirai au milieu de lui, ils rendront hommage à mon nom ; ils sanctifieront le Saint de JACOB et exalteront le D.ieu d’ISRAEL. »

JACOB porte sur ses épaules une lourde responsabilité, celle de réussir à maintenir l’œuvre d’ABRAHAM, comme le conclut le prophète ISAIE en disant : « Alors les esprits égarés connaîtront la sagesse, et les révoltés accepteront l’instruction. » JACOB sert de moteur pour donner au monde sa véritable physionomie. A travers notre texte biblique, nous voyons que c’est seulement lorsque tous porteront témoignage en sa faveur d’avoir réussi à triompher du prince d’ESAU qu’il pourra être dénommé ISRAEL.

JACOB-ISRAEL est chargé d’accomplir une mission de longue durée. Elle ne saurait se réaliser en un seul jour. Lorsque D.ieu (Genèse XLVI, 2) s’adresse à lui, JACOB répond : « HINENI - me voici ». Il sait qu’il doit assumer ses responsabilités face à un ESAU qui ne cherche qu’à faire le mal. Pour l’en empêcher, JACOB doit « tenir de sa main le talon de son frère » (Genèse XXV, 26).

Il est significatif que c’est à son retour en terre de CANAAN où il va retrouver son vieux père ISAAC, que JACOB reçoit officiellement le nom de ISRAEL qui ressemble en quelque sorte à un titre décerné. Se trouvant en Terre Sainte, c’est là que D.ieu le prénommera enfin ISRAEL. La raison nous en est fournie à la lecture du texte qui fournit la précision suivante sous la forme d’une recommandation faite par D.ieu : « Je suis le D.ieu tout-puissant : tu vas croître et multiplier ! Un peuple, un essaim de peuples naîtra de toi, et des rois sortiront de tes entrailles. » (Genèse XXXV, 11).

En fait, c’est bien en Terre Sainte que l’on atteint son objectif, celui de vivre dans une sorte de royaume, de MALKHOUT, grâce à laquelle on obtient sa véritable indépendance d’homme. Sur le point de rejoindre en Egypte, son fils JOSEPH qu’il n’avait pas revu depuis 22 ans, le patriarche déjà âgé de 130 ans, est préoccupé. Dans une vision nocturne, D.ieu lui apparaît pour le rassurer. C’est bien de la nuit de la GALOUTH qu’il pourrait s’agir. Quoique l’on fasse, lorsqu’on se trouve en dehors d’ERETZ ISRAEL, on ne peut garantir son indépendance, pas plus au plan physique qu’au plan spirituel.

Il est donc primordial de réaliser pleinement la vocation qui fut celle d’ABRAHAM, à savoir celle de lutter pour le droit et la justice, en faveur des individus et en faveur des peuples. Mais cet idéal ne peut aboutir que par la volonté de JACOB, homme fort dans sa spiritualité. Il est parvenu à dominer les êtres célestes et terrestres. L’on comprend alors combien il était nécessaire de voir transformé ce nom prestigieux en celui d‘ISRAEL, qui correspond à une plénitude de réalisations spirituelles que seule peut donner la royauté, la MALKHOUT que procure le fait de vivre en Terre Sainte. Tel fut en effet le rêve de tant de générations jusqu’à ce que nous ayons eu le privilège de voir renaître un ISRAEL, qui nous fournit l’image d’un état fort et indépendant dans lequel il reste cependant encore beaucoup de choses à faire avant de parvenir à la grandeur spirituelle que nous ont léguée les patriarches. Tous ceux qui s’en réclament, doivent être convaincus qu’elle seule, pourra nous garantir une véritable indépendance.

HAPHTARA :

En parlant de JACOB, comme nous l’avons fait dans notre commentaire sur la paracha, il faut nous souvenir que son principal ennemi fut son frère ESAU. Comme l’on sait, ils représentent chacun une conception différente de l’homme. ESAU ne veut se préoccuper que des biens terrestres obtenus souvent par la force et l’agression physique, alors que JACOB, homme intègre ne recherchant que la méditation dans l’étude « YOCHEV OHALIM », vise essentiellement le domaine du spirituel. Il s’agit là d’une vision du monde très particulière qui nous a donné la force de résister à toutes les périodes de persécutions dont bien souvent, ESAU fut l’initiateur.

Ainsi, cet antagonisme entre deux univers reste celui d’ISRAEL face à EDOM. C’est l’objet même de notre Haphtara généralement lue dans la plupart des communautés. Or nous devons rappeler ici que nos Sages voient en ROME la personnification d’EDOM. Autrefois, l’empire romain n’avait aucun égard pour le droit et l’humanité, utilisant tous les moyens de la violence et de la ruse. Il ne faut pas pour autant oublier tout ce que nous avons supporté de la part de YSHMAEL, prototype de l’Islam qui n’a pas encore accepté l’existence d’ISRAËL comme communauté religieuse autant que peuple indépendant sur sa terre.

Bien des exemples de persécutions contre les grands maîtres du Talmud et en général contre tous ceux qui voulaient observer la Torah nous sont fournis par l’Histoire. Les tyrans ont disparu, mais le Judaïsme reste bien vivant quoiqu’on en pense. Il n’est que de penser au judaïsme renaissant dans les ex-républiques du bloc soviétique après la chute du Mur de BERLIN en novembre 1989.

Avec un certain nombre de nos collègues rabbins européens, nous avons eu le privilège tout récemment, en nous rendant à BERLIN, de prier pour la première fois dans les ruines d’une synagogue qui n’avait plus été utilisée depuis novembre 1938, soit, depuis la tristement célèbre NUIT de CRISTAL. Cette synagogue en train d’être restaurée, sera désormais le siège d’une yeshiva comportant déjà actuellement près d’une trentaine d’étudiants. Il s’agit bien là d’une magnifique revanche sur l’adversité, dont le patriarche JACOB sur nous donner un exemple.



Alain Goldmann
Grand Rabbin




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