3e Congrès de la Fédération des communautés juives de Russie

publié le lundi 8 novembre 2004
Partagez cet article :


publicité

Le 3e Congrès de la Fédération des communautés juives de Russie (FEOR [2] ) s’est ouvert à Moscou le 25 octobre. Il a réuni pendant deux jours plus de 400 délégués représentant les 178 communautés membres de la FEOR. On remarquait parmi les personnalités présentes, outre le grand rabbin Berl Lazare, le président de la Fédération des communautés juives de la CEI, Lev Levaev, des représentants de l’Administration présidentielle, plusieurs ambassadeurs dont celui d’Israël ainsi que des représentants de la Direction spirituelle des musulmans de Russie, de l’Eglise orthodoxe russe et de l’Eglise bouddhiste.
Le congrès a adopté plusieurs résolutions, notamment sur l’état de la communauté, la lutte antiterroriste, les rapports interconfessionnels, la lutte contre l’antisémitisme et la xénophobie. Les congressistes relèvent, dans une de ces déclarations, que « les juifs peuvent aujourd’hui vivre pleinement leur nationalité, pratiquer librement leur culte, participer activement à la vie économique, politique et sociale du pays, être fiers d’appartenir au peuple juif, être fiers de leurs traditions ancestrales. »

La renaissance de la vie religieuse et culturelle

La fréquentation des salles de prière a augmenté de 15 à 20% en un an. Les 178 communautés déploient leur activité dans 170 villes. Elles ont à leur disposition 35 synagogues, et 36 rabbins exercent leur ministère dans 33 villes. Il existe 4 établissements d’enseignement supérieur religieux, 19 écoles, 16 jardins d’enfants et 20 centres de vacances pour enfants offrant une composante culturelle juive. 94 écoles du dimanche fonctionnent et 368 clubs proposent des activités. En outre, un orphelinat juif a été ouvert à Moscou.
Plus de 100 000 personnes participent aux programmes humanitaires de la FEOR, qui distribue gratuitement plus de 90 000 repas chaque mois. Une aide est accordée à 128 orphelinats. En deux ans, plus de 300 tonnes d’aide alimentaire ont été distribuées.
11 centres communautaires ont été refaits à neuf et des centres devraient être construits dans encore 30 villes.
La FEOR s’est dotée d’un département chargé de protéger les communautés contre le prosélytisme des sectes (telles que les « Juifs pour Jésus » ou « La voie juive »).

La question identitaire

Le problème de l’identification ethnique reste capital pour la plupart des Juifs de Russie, a déclaré le Grand rabbin de Russie Berl Lazare au cours de la séance d’ouverture du congrès. Il a proposé aux familles juives de reconstituer leur généalogie. "Selon les résultats du dernier recensement, nous ne sommes que 230 000 Juifs, a-t-il dit. Nous comprenons tous que c’est absurde. J’ai parlé avec de nombreux fidèles dont seulement un sur dix s’est déclaré de nationalité juive lors du recensement". Selon la FEOR, la Russie compterait près de 1 million de juifs, dont 500 000 à Moscou. Le grand rabbin a regretté que les Juifs soient nombreux à craindre que leur nationalité puisse leur nuire.
L’émigration vers Israël s’est notablement ralentie ces dernières années : tout au plus 10 000 par an, contre près de 100 000 au début des années 1990. Par contre, les juifs sont de plus en plus nombreux à revenir en Russie. Ainsi, l’an dernier, 50 000 ont quitté Israël. Le phénomène concerne essentiellement les jeunes car, pour les personnes âgées, la vie en Israël reste plus facile qu’en Russie.
La FEOR a décidé de procéder à son propre recensement en prenant en compte tous ceux dont un des deux parents est juif. Elle espère avoir accès aux archives de la Russie et se dit prête à collaborer avec toute organisation à même de lui fournir des données généalogiques. Elle en publiera les résultats dans la presse.

La tolérance

Dans le message qu’il a adressé au congrès, le chef de l’Etat note que ce forum "contribuera à consolider les forces constructives de la société, à affirmer, en leur sein, la paix civile et l’entente". "Les activités de votre Fédération concourent à l’initiation des juifs de Russie à leur culture nationale, sert les idéaux nobles de la renaissance des valeurs morales et spirituelles, la préservation des traditions séculaires du respect mutuel, du bon voisinage et de la tolérance", souligne Vladimir Poutine.
La FEOR a appelé à élaborer un nouveau programme conjoint de tolérance. Selon elle, "la cause principale du manque d’efficacité du programme de tolérance en vigueur en Russie est qu’il a été élaboré sans la participation des représentants des confessions religieuses traditionnelles".
D’autre part, les congressistes ont estimé que "le temps est venu de créer, dans le cadre de la Fédération, un département de lutte contre l’antisémitisme". Ils rappellent qu’en Russie l’antisémitisme n’existe pas au niveau officiel mais perdure dans la vie quotidienne. Dans la résolution qu’ils ont adoptée, ils se disent soucieux face au regain d’activité de « forces occultes, prônant l’intolérance raciale et religieuse ». Ils sont préoccupés par le peu d’empressement des forces de l’ordre à prévenir et élucider les délits d’incitation à la haine ou d’atteinte à la dignité pour des motifs ethniques ou religieux.
De nombreux intervenants ont souligné les rapports de bon voisinage existant entre les musulmans et les juifs en Russie. Lecture a été donnée du message du chef du Conseil des muftis de Russie, Ravil Gaïnoutdine. Ce dernier déclare notamment : "Nos rapports ne sont pas assombris par la xénophobie ni par l’animosité religieuse, comme cela est malheureusement le cas dans de nombreuses régions du monde".

Le terrorisme

Tout en notant que « le congrès soutient le travail effectué par les parlementaires russes pour améliorer la législation antiterroriste » La FEOR propose à toutes les confessions, au pouvoir laïc et aux médias de mettre au point un programme de prévention de l’extrémisme et du terrorisme. Dans la résolution qu’ils ont adoptée, les congressistes soulignent que « le rôle de la religion peut être très important et efficace, car la parole d’un serviteur du culte a parfois plus de poids que des opérations militaires ; or un crime évité, un homme qui se reprend avant d’avoir saisi son arme, représente infiniment plus que la liquidation des conséquences des actes terroristes (...) Même la seule démonstration que les chefs de file du christianisme orthodoxe, de l’islam, du bouddhisme et du judaïsme sont capables de collaborer sur cette question revêtira une grande valeur éducative pour les âmes fragiles parmi lesquelles les instigateurs du terrorisme recrutent leurs partisans, les envoyant semer la mort et les ruines. »
Au plan mondial, la FEOR appelle tous les pays civilisés à bannir toute politique du « deux poids, deux mesures » et à s’unir pour combattre le terrorisme « ce mal suprême de l’époque moderne, qui a des racines communes et des buts communs marqués par la haine de l’humanité. » Les congressistes soulignent que « les explosions qui ont retenti en Russie durant l’été et l’automne 2004 sont la suite de la vague d’attentats terroristes qui a déferlé sur les villes d’Israël, d’Espagne, de Turquie et d’Irak. Ce sont les maillons d’une même chaîne, il existe un lien direct évident entre les terroristes à l’œuvre dans notre pays et leurs complices dans les autres villes du monde frappées par des actes tout aussi lâches. »

Les relations avec le Congrès juif russe (REK)

L’idée d’une collaboration entre les deux grandes organisations juives a été soulevée par le sénateur Vladimir Sloutsker, membre du bureau du REK. Il s’est prononcé pour l’union des deux organisations, ce qui donnerait aux Russes un bon exemple de communauté spirituelle, de lutte « contre cette menace qui déchire aujourd’hui le monde, la haine interethnique et interconfessionnelle ».
Berl Lazare s’est montré favorable à une collaboration entre les deux grandes organisations juives. Il a d’ailleurs rappelé, dans une interview à la presse, qu’il était prêt à collaborer avec toutes les organisations, juives et non juives dès lors que la cause était juste.

Le dialogue interconfessionnel

Dans la résolution qu’ils ont adoptée à ce sujet, les congressistes notent que la lutte antiterroriste et la propagande des bases de la morale constituent les priorités de la coopération interconfessionnelle. Ils veulent poursuivre le dialogue à tous les niveaux, surtout avec les religions traditionnelles de la Russie et de la CEI, dans le cadre du Conseil interconfessionnel de la Russie. Il a été décidé de créer, au sein de la FEOR, un département des relations interconfessionnelles, chargé d’élaborer un programme de coopération.
En outre, ils soulignent qu’une des conditions premières de la poursuite du dialogue demeure le renoncement mutuel à un prosélytisme agressif et l’inadmissibilité de masquer l’extrémisme politique sous des slogans religieux.





[1] La FEOR est officiellement enregistrée en tant qu’organisation religieuse pan-russe relevant du judaïsme orthodoxe. Elle a pour principal objectif de faire renaître la vie juive dans toute sa plénitude et sa diversité.

[2] La FEOR est officiellement enregistrée en tant qu’organisation religieuse pan-russe relevant du judaïsme orthodoxe. Elle a pour principal objectif de faire renaître la vie juive dans toute sa plénitude et sa diversité.



blog comments powered by Disqus



Articles incontournables