Parasha lekh-lekha 5765

Chabbath Chabbat 23 octobre 2004 - 8 Hechvane 5765 - Début : 18 h 29 - Fin du Chabbat : 19 h 31.
publié le dimanche 24 octobre 2004
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Lecture de la Torah : Genèse XII, 1 - XVII, fin : L’Alliance avec ABRAHAM. Haphtara : ISAIE XL, 27 - XLI, 16 : Election d’ISRAEL.

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Commentaire de la Torah :

« L’Eternel dit à ABRAHAM : quitte ton pays, de ton lieu de naissance et de la maison de ton père pour aller vers le pays que je t’indiquerai. » (Genèse XII, 1).

Les commentateurs soulignent l’éloignement systématique par étapes successives que peut réaliser un être humain. En effet, notre texte rappelle trois sortes de mentions distinctes. Tout d’abord, il est écrit : « ton pays », ensuite  :« ton lieu de naissance », et enfin  :« la maison de ton père. » Il s’agit donc de trois lieux différents auxquels un homme est relié durant son existence. Ils sont généralement à la base de la formation de l’homme, ils influent sur son caractère et c’est par ces trois éléments que celui-ci se distingue en principe et assez particulièrement des autres.

Chaque pays possède ses qualités. On est attaché à ses spécificités culturelles, linguistiques et pourquoi ne pas l’admettre, culinaires. La ville où nous venons au monde et plus encore la maison où nous avons passé notre jeunesse dans le cadre familial, explique toute l’influence qui en résulte. Il est difficile de s’en défaire, quoique l’on fasse par la suite. Pour autant qu’il se maintient dans l’état d’esprit qui lui a été insufflé, même s’il veut adopter une autre langue, une autre culture, l’homme restera toujours sous l’influence des bases acquises dans sa prime-jeunesse.

Aussi, pour le faire sortir de l’ambiance qu’il avait connue jusqu’alors, ABRAHAM reçut l’ordre divin de quitter son foyer paternel, son lieu de naissance UR, et son pays, la Chaldée. Pour devenir le grand personnage dont l’histoire des religions a retenu le modèle, ABRAHAM devait impérativement s’éloigner de tout ce qu’il avait connu dans ses premières années d’existence.

C’est à partir de cet homme exceptionnel, véritable fondateur du monothéisme biblique, lequel va trancher par rapport aux civilisations païennes qui l’entouraient alors, qu’à travers ABRAHAM, nous allons découvrir le sens profond de la FOI. Il sera le véritable précurseur du Judaïsme. On peut alors se demander pour quelle raison ABRAHAM reçut l’ordre de tout quitter, précisément les lieux où, par son obstination, il avait pourtant réussi à communiquer ses idées relatives au monothéisme. Lui qui était appelé ABRAHAM l’Hébreu, parce que disent nos sages, il s’était mis d’un côté « EVER », d’où son nom d’HEBREU, face à tous ceux qui l’entouraient, fut malgré tout contraint de partir pour mieux diffuser sa Foi en D.ieu à travers la Mésopotamie et jusqu’en terre de CANAAN, futur berceau du peuple juif. Le Midrach cite d’ailleurs l’opinion des sages selon laquelle ABRAHAM fit descendre la SHE’HINA du septième au sixième ciel. Il a conduit le monde à la croyance en un D.ieu Un et a fait reculer la superstition de l’idolâtrie.

Si malgré ses réussites antérieures dans son pays natal, ABRAHAM a accepté de tout abandonner pour suivre la voie que D.ieu venait de lui dicter, c’est qu’il était essentiellement mû par un sentiment profond, généralement inexplicable, celui de l’AMOUR qu’il portait à son Créateur. L’un de nos théologiens du Moyen-Age, BAHYA ibn PAKOUDA (1ère moitié du 11° s.), répondant à la question de savoir s’il est au pouvoir d’aimer D.ieu, dit : « ABRAHAM, notre père, prouva son amour pour D.ieu de plusieurs manières : il fit offrande de ses biens, de son corps, de son âme.

Allant au-devant des pèlerins et des pénitents, leur donnant ce qu’il pouvait, de manière à leur faire connaître le Très-Haut, il a prouvé combien les biens matériels lui importaient peu. Sans hésiter, et pour obéir à l’ordre prescrit de pratiquer l’alliance de la circoncision sur lui-même et sur les siens, il a mis soncorps au service de D.ieu. Enfin, pour marquer son amour pour D.ieu par l’offrande de son âme, il accepta de sacrifier son fils unique ISAAC, qui, heureusement ne se réalisa pas, et dont le récit nous est rapporté le jour de Roch-Hachana. D.ieu n’avait voulu que montrer au monde entier à quel point ABRAHAM était capable de prouver son pur amour pour D.ieu, par la soumission absolue de son être. C’est là le suprême degré de l’amour de D.ieu ; il n’est pas à la portée de tous, parce qu’il dépasse les forces humaines.... (Devoirs des cœurs, Portique X, chapitre IV).

L’amour et la crainte sont donc les fondements du monothéisme pur tel que l’a déjà compris et pratiqué ABRAHAM, et tel que nous ses descendants spirituels nous continuons à le proclamer matin et soir en disant : « Ecoute ISRAEL, l’Eternel est notre D.ieu, l’Eternel est UN. » (Deutéronome XI, 4).

Ainsi, du début de notre sidra, nous pouvons dégager l’idée selon laquelle, ABRAHAM, fut incontestablement le premier qui remplit dans tous ses détails, les manifestations de l’amour pour D.ieu, en rendant à l’univers la possibilité de se réaliser et en conférant à l’homme - l’image divine selon laquelle il fut créé.

On comprend alors mieux le sens de cette bénédiction accordée par D.ieu à ABRAHAM en lui disant : « Je te ferai devenir une grande nation.....par toi seront bénies toutes les familles de la terre ». (Genèse XII, 2-3).

ABRAHAM le père de tous les croyants monothéistes était notamment reconnu pour son sens de l’hospitalité, comme l’indiquera le début de la prochaine paracha. A l’occasion de la circoncision qu’il accepta de subir à l’âge de 99 ans, il reçut la visite de D.ieu venu le réconforter dans ses souffrances. De là nous apprenons notamment l’importance de la mitzwa que représente le BIKOUR ‘HOLIM, la visite aux malades.

Elle est généralement bien pratiquée dans nos communautés depuis des temps immémoriaux. Il convient de rapporter ici ce que l’on raconte au sujet de Rabbi AKIBA, l’un de nos grands maîtres de la période de la Mishna ( 1er - 2ème s.). Un de ses élèves tomba gravement malade. Ses camarades d’études, considérant qu’il n’était pas aussi instruit qu’eux, négligèrent de lui rendre visite. Apprenant cela, Rabbi AKIBA en personne, se rendit au chevet son élève, lui demanda ce dont il avait besoin, et en fin de compte, après cette visite, l’élève recouvra sa santé. De retour à la Yechiva, Rabbi AKIBA, s’adressant à ses élèves et se tournant vers celui qui avait été guéri, leur dit : « Sachez qu’en ne rendant pas visite à un malade cela équivaudrait à précipiter sa mort et à verser son sang. » Je suppose que la leçon a bien été retenue ce jour-là et que cet exemple parmi bien d’autres doit toujours rester gravé dans notre esprit, pour nous permettre de lutter contre notre égoïsme ou notre indifférence à l’égard de ceux qui souffrent.

HAPHTARA :

Le prophète ISAIE d’où est tiré notre texte, semble opposer à la clairvoyance de l’ancêtre JACOB (petit-fils d’ABRAHAM), l’aveuglement de ses descendants dans la Diaspora : "« Pourquoi dis-tu, ô JACOB, t’écries-tu ô ISRAEL : Ma voie est inconnue à l’Eternel, mon droit échappe à mon D.ieu ? »" (ISAIE XL, 27). La suite de ce passage nous retrace la puissance et l’immutabilité divine à laquelle aucune force temporelle ne pourra résister.

Quant à ISRAEL, il sera sauvé grâce au mérite d’ABRAHAM qui sut comprendre le sens de l’AMOUR pour D.ieu et le pratiqua dans tous ses actes. Comme nous l’avons vu précédemment, il n’ait émis aucune objection en recevant l’ordre de quitter sa patrie pour se diriger vers une destination inconnue, avec, pour devise, la mise en pratique de l’amour pour autrui et de la justice. Comme le souligne RADAK, tous ceux qui ultérieurement mettront ces principes en pratique, seront bien traités par D.ieu, tout comme le fut ABRAHAM. 

"« Ne crains pas, je viens à ton secours. Ne crains rien, vermisseau de JACOB, faible reste d’ISRAEL ! C’est moi qui te prête secours, dit l’Eternel, le Saint d’ISRAEL est ton libérateur. » (verset 14)." La leçon que veut nous donner notre prophète, c’est qu’en mettant en pratique le principe d’ABRAHAM, de charité et de justice, nous ses descendants, parviendrons à accélérer l’avènement de la rédemption. Après avoir balayé l’iniquité et la perversité, "nous nous réjouirons en l’Eternel et nous serons glorifiés par le Saint d’ISRAEL. (verset 16). "



Alain Goldmann
Grand Rabbin




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