« Etre juif en Prison »

publié le samedi 2 octobre 2004
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A l’heure où les Médias français alertent l’opinion publique sur le recrutement sauvage des Intégristes musulmans au sein des établissements pénitentiaires, les questions nous assaillent. Est-il permis aux détenus de confession juive de pratiquer en toute liberté leur religion ? Sont-ils victimes d’actes antisémites ? Comment vivent-ils leur incarcération ?
Manuel Azogui, aumônier de prison a tenté de répondre à nos questions, nous parlant de sa fonction d’agent de l’Etat et de son devoir de rabbin. Il nous éclaire sur le quotidien des détenus, sur le climat qui règne actuellement dans les prisons françaises.

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C’est l’espoir que l’aumônier de prison, Manuel Azogui, apporte à chacun de ces prisonniers, un « rayon de lumière » dans l’obscurité, comme ils l’appellent. Il ne faut pas essayer de les comprendre, ni de cultiver la compassion, il faut juste les aider à trouver le chemin qui ne les ramènera pas en cellule. Son devoir, dit-il : « planter au fond de leurs cœurs la graine de la foi juive, qui prendra pour donner de beaux fruits ou qui ne prendra pas, le tout est d’essayer de sauver des âmes ».

Manuel Azogui, de formation rabbinique est à la fois, professeur à Yavné et Agent de l’état. Une à deux fois par semaine, il se rend à la prison de Fleury-Mérogis, où une trentaine de prisonniers juifs sont incarcérés, dispersés dans les cinq bâtiments réservés aux hommes, dans le centre des jeunes détenus et dans la Maison d’Arrêt des Femmes.

L’aumônier tente d’aller les voir dès leur incarcération, afin de rassurer rapidement les familles n’ayant pas obtenues de droit de visite. Son rôle : Etre la passerelle entre la famille et le prisonnier, le lien entre le consulat et les avocats pour les détenus israéliens. Il est le seul à avoir le droit de remettre aux détenus leurs « Téphilines », leurs « Thaliths » et un livre de Psaumes. Des plats cuisinés et des produits cachers sont mis à leurs dispositions dans une cantine spéciale. L’inconvénient est le manque de variété dans les menus et surtout le prix exorbitant de ces repas. Pour les fêtes de Kippour, H’anouka et Pourim, tous les prisonniers juifs sont exceptionnellement réunis, des colis de nourriture leurs sont offerts par l’aumônerie Générale.

L’administration pénitentiaire est à l’écoute de l’aumônier vis à vis des problèmes que rencontrent ces prisonniers avec d’autres détenus. Dans la cour, unique espace de liberté, les prisonniers musulmans se regroupent pour faire leurs prières, ne permettant pas « le droit de passage » aux autres détenus. La prison offre un véritable vivier pour les Imams clandestins qui viennent aux parloirs prêcher la parole de l’Intégrisme, aidés de l’intérieur par la présence de nombreux prisonniers liés à des actes terroristes.
Mr Raffin, directeur de la prison de la Santé a prévenu le gouvernement de l’activisme religieux qui règne dans sa prison. Malgré, la réalité de cette montée de l’intégrisme musulman en prison, la cohabitation juif-arabe se passe relativement bien. Lors de ses visites hebdomadaires, Mr Azogui, est confronté à des réactions de tout genre de la part des autres détenus : parfois salué d’un Shalom, de jets d’objets ou d’insultes. Une fois seulement, « l’insulte à agent » a été constatée et a conduit l’un de ses prisonniers au Mitard.
M, 52 ans, père de 3 enfants, arrêté pour recel de téléphones portables a été condamné à 30 mois de prison dont 10 mois fermes. Incarcéré à Fleury Mérogis et en liberté conditionnelle, depuis quelques mois, il décide de nous parler de sa détention  : « La prison ne change pas l’homme, elle n’offre pas une “bonne conscience” à ceux qui n’en ont pas au départ. J’étais conscient de ma faute avant même de purger ma peine. La chose la plus difficile pour moi a été d’être séparé de ma femme et de mes trois enfants. Une demi heure de parloir, trois fois par semaine, ça ne suffit pas. Mes enfants sont très religieux, ils ont eu du mal à comprendre mon erreur. Concernant l’insécurité, il n’y a rien à craindre en cellule, seule la promenade reste une source de danger. Le seul moyen de survivre en prison, c’est de savoir se débrouiller. Il faut également un peu d’argent pour améliorer son quotidien, acheter des cigarettes, avoir la télé. Entre prisonniers, il y a un grand respect pour la religion de l’autre. Concernant les bagarres, c’est une guerre de domination, de petits pouvoirs que chacun tente de prendre à l’autre. Pas d’affrontement au nom de nos croyances respectives. Si l’on respecte l’autre, on se fait respecter. Entre les Imams officiels et l’aumônier, cela se passe bien. Il est arrivé qu’en raison de l’absence momentanée de l’Imam, l’aumônier porte le Coran à certains prisonniers musulmans ou que des prisonniers d’autres religions se confient à lui ».

Un jeune homme incarcéré, quant à lui, à la prison de Fresnes raconte : « Je partageais ma cellule avec un musulman. Pendant Chabbath, il éteignait la lumière pour moi et me faisait bouillir de l’eau pour mon thé. Il baissait le son de la télévision lorsque je priais. La souffrance intérieure, de ne plus être libre et de ne plus voir ceux qu’on aime, est suffisante, pourquoi aller chercher d’autres sources de peine ! ».

Il faut donc rester très prudent devant certaines affirmations écrites dans la Presse de ces derniers jours, qui tente comme toujours de stigmatiser l’affrontement de la communauté juive et de la communauté musulmane. La vie dans les prisons n’est finalement que le reflet plus condensé de ce qui se passe dans nos villes et nos banlieues, la vie d’une micro-société où « le pouvoir et la débrouille » restent les seuls moyens de survie.
La France semble avoir beaucoup de mal à gérer cette société où l’intégrisme religieux empoisonne la laïcité, perturbant le quotidien et la liberté des autres communautés et des non-croyants. A force de se voiler les yeux et de refuser une position claire, le communautarisme et l’extrémisme politique deviennent des « valeurs refuges » grignotant peu à peu le droit démocratique de chacun des citoyens de notre chère République.





Interligne : Aux termes de l’article, D 439 du code de procédure pénale « les détenus sont autorisés à recevoir ou à conserver en leurs possessions des objets de pratique religieuse et les livres nécessaires à leurs vies religieuses ».

Encadré : Appel à la Solidarité avec les prisonniers juifs français. Envoyez vos dons à : l’Aumônerie Générale Israélite des Prisons, Consistoire Central. 19 rue saint Georges, 75009 Paris. (Un reçu Cerfa vous sera délivré).



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  • « Etre juif en Prison »
    4 juillet 2009, par delacourt martine
    je vis en israel j aimerai dialoguer par mail avec un ou deux detenus lui apporter un peu de reconfort loin de france est ce possible j aimerai pourvoir aider un etre dans la souffrance merci de faire passer mon message


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