Le terrorisme en Russie : une guerre contre un adversaire "invisible"

publié le jeudi 2 septembre 2004
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Après l’explosion qui a secoué Moscou dans la soirée du 31 septembre, les terroristes ont perpétré un nouveau forfait le lendemain matin en Ossétie du Nord, s’emparant d’une école à Beslan. Les enfants et leurs parents, 354 personnes au total, qui étaient présents en ce jour de rentrée des classes, ont été pris en otage. Si l’on y ajoute la récente explosion près de la station de métro "Kachirskaïa", à Moscou, et le crash de deux avions de ligne le 24 août, le tableau prend un aspect lugubre. "En fait, on a déclaré à la Russie une guerre sans adversaire visible ni ligne de front", a constaté le ministre de la Défense, Sergueï Ivanov.

Comme cela arrive d’habitude en pareille circonstance, les accusations fusent : la police, l’islam et les Tchétchènes seraient responsables. C’est vrai, mais en partie seulement, car le problème du terrorisme contemporain est international. L’attentat à l’entrée de la station de métro "Rijskaïa" a été revendiqué par une organisation étrangère, les "Bridages Islambouli", qui avait déjà revendiqué le crash des deux avions de ligne russes. L’implication d’extrémistes liés à Al-Qaïda dans ces deux catastrophes aériennes a été évoquée comme une possibilité par le président Poutine également.

Bref, l’attentat au métro "Rijskaïa" et la prise d’otages en Ossétie du Nord sont, malheureusement, des épisodes d’une guerre durable de la civilisation contre le défi nouveau que constitue le terrorisme international. Il s’avère que la Russie n’est pas prête à relever le défi. Tout comme, d’ailleurs, la plupart des pays développés qui ne sont pas prêts à contrer efficacement le terrorisme en dépit des nombreux efforts déployés. L’argent et les technologies modernes ne suffisent pas à régler définitivement le problème.

Aujourd’hui, les kamikazes sont l’une des armes les plus redoutables du terrorisme international. Même les Israéliens, qui sont les experts les plus expérimentés en matière de lutte antiterroriste, n’ont pas encore appris à combattre ce mal. Le jour même où un attentat était commis à Moscou, des explosions retentissaient de nouveau en Israël où des kamikazes s’en prenaient à des bus.

L’islam classique n’est pas prêt, lui non plus, combattre efficacement le terrorisme. Les hommes armés dans les mosquées et les caches d’armes aménagées dans des cimetières musulmans (on l’a vu plus d’une fois en Tchétchénie, on le voit maintenant en Irak) montrent combien les islamistes radicaux se sont écartés du Coran.

Le plus souvent, la piste dite tchétchène ne remonte pas à Grozny mais à l’étranger. Pas seulement parce que ce sont les "Brigades Islambouli" qui ont revendiqué les derniers attentats. Mais, si les femmes kamikazes sont natives de Tchétchénie, il n’est pas dans la tradition du peuple tchétchène de pousser les femmes au suicide. La méthode et l’argent nécessaire pour embrigader ces femmes et organiser les attentats ont des racines étrangères. C’est en règle générale à l’étranger que sont formées les kamikazes.

La Russie n’est qu’une partie de l’immense territoire sur lequel se déroule aujourd’hui la guerre contre le terrorisme international. Tout porte à croire que se sera une guerre de longue haleine. Son manque d’efficacité est aujourd’hui patent, malheureusement. La civilisation contemporaine en est seulement à élaborer une arme opérante contre le nouveau mal. En outre, la coalition antiterroriste n’arrive toujours pas à bien coordonner ses actions, sans même parler des divergences qui la divisent. Les pays les plus touchés sont ceux qui se trouvent sur la ligne de front. La partie de l’Europe qui n’a pas encore vraiment subi les assauts des terroristes critique tantôt Israël, tantôt la Russie pour la Tchétchénie sans vouloir voir l’évolution de la situation,ou s’en prend aux Américains. Ces derniers vocifèrent contre l’Espagne qui a "déserté l’Irak" mais accordent l’asile politique à l’ancien ministre des Affaires étrangères de la "République d’Itchkérie", Ilias Akhmadov. Londres en fait de même pour un des leaders des séparatistes tchétchènes, Akhmed Zakaev, et pratique la politique du "deux poids, deux mesures"... Autant dire que la "ligne de front" passe également entre les membres de la coalition. La guerre contre le terrorisme ne se gagnera pas ainsi.

En ce qui concerne la Russie, elle n’est pas près de se rendre. Elle combattra en usant des méthodes aussi bien musclées que politiques. Le processus de règlement politique en Tchétchénie sera poursuivi. Ainsi que l’a fait remarquer le président Poutine : "Nous sommes prêts à dialoguer avec toutes les forces, sauf avec les terroristes et les séparatistes". La récente élection présidentielle en Tchétchénie, où 80% des électeurs se sont rendus aux urnes, a montré que la politique du centre fédéral bénéficiait d’un soutien régional. C’est une ressource importante dans la guerre contre le terrorisme.

Piotr Romanov







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